Ville au passé multimillénaire : Constantine, un prodigieux destin

Est-il possible, de nos jours, d'avoir ne serait-ce qu'un maigre aperçu sur le parcours multimillénaire de la ville de Constantine, considérée, à juste titre, comme possédant l'un des plus anciens tissus urbains d'Algérie, voire d'Afrique du Nord et de la Méditerranée ?

Nous avons ainsi pensé que par le biais d’extraits, puisés ici et là qui nous ont semblé significatifs, essentiels, de quelques ouvrages clefs auxquels il est possible de se référer rapidement, nous amènerions un certain nombre de lecteurs à s’intéresser davantage au patrimoine multidimensionnel que recèle la ville rupestre aux nombreux ponts.
Ici, donc, quelques unes des nombreuses citations évocatrices et des extraits d’œuvres diverses émanant d’auteurs-voyageurs anciens : littéraires, anecdotes et relations de voyage qui nous ont semblé posséder une valeur durable et dont les générations futures se souviendront sans doute volontiers. Qu’on en juge ci-après :
«On ne peut douter que, du jour où les indigènes de l’Afrique septentrionale ont atteint un degré de civilisation suffisant pour leur permettre de quitter les cavernes et d’habiter dans des villes, c’est-à-dire, à la première période de la vie en société organisée, l’emplacement de Constantine ne leur ait servi de cité, nous dirons même de cité royale. Il est difficile, en effet, de trouver une enceinte naturelle mieux défendue et permettant plus aisément de résister à des ennemis dépourvus d’armes à feu.» (Ernest Mercier, in Histoire de Constantine ; J. Marle et F. Biron, imprimeurs-éditeurs ; Constantine 1903).
«Des tombeaux creusés dans le roc, d'un travail très soigné, ont été mis au jour en du nom de «Cirta» (appelée ainsi par les historiens latins, mot dérivant de «kart» qui, en punique, signifie ville) et des inscriptions en caractères phéniciens frappés sur les monnaies des rois numides, Massinissa et ses successeurs, on peut en déduire que bien des siècles avant l'occupation romaine, une colonie de ce peuple était établie à Constantine et y avait installé son commerce, sa religion et sa civilisation.» (E.Thépenier, dans une étude datée de 1927 sur les vestiges puniques de Constantine).
«Constantine est l’une des places les plus fortes au monde, elle domine des plaines étendues et de vastes campagnes ensemencées de blé et d’orge.» (El Idrissi, Description de l’Afrique et de l’Espagne, XIIe siècle). «Constantine est entourée de rochers abrupts. Le fleuve Sufegemar la contourne, et la rive extérieure est aussi couronnée de rochers, de telle sorte que sa vallée très encaissée forme comme un immense fossé qui défend la ville» (Léon l’Africain, Description de l’Afrique, XVIe siècle).
La cité domine des vallées admirables pleines de ruines romaines…
«Les Phéniciens firent de Cirta la capitale d'un Etat autonome dont l'étendue nous est inconnue et qu'aucun auteur de l'Antiquité n'a indiqué.» (Joseph Bosco, chercheur, dans son étude intitulée Toponymie phénicienne, publiée en 1917).
«C’est le miracle du rocher de Constantine. C’est lui qui donne à la ville son faciès punique.» (André Berthier, ancien conservateur du musée de Constantine jusqu’en 1972, répondant à la question de savoir pourquoi les Phéniciens se seraient installés à l’intérieur des terres).
«Et voici Constantine, la cité phénomène, Constantine l’étrange, gardée comme par un serpent qui se roulerait à ses pieds, par le Rhumel, le fantastique Rhumel, fleuve d’enfer coulant au fond d’un abime rouge, comme si les flammes éternelles l’avaient brûlé. Il fait une ile de sa ville, ce fleuve jaloux et surprenant ; il l’entoure d’un gouffre terrible et tortueux, aux rocs éclatants et bizarre aux murailles droites et dentelées. La cité domine des vallées admirables pleines de ruines romaines, d’aqueducs aux arcades géantes pleines aussi de merveilleuses végétations» (Guy de Maupassant, Au soleil).
«Un cri d’admiration, presque de stupeur d’une gorge sombre, sur la crête d’une montagne baignant dans les derniers reflets rougeâtres d’un soleil couchant, apparaissait une ville fantastique, quelque chose comme l’île volante de Gulliver.» (Alexandre Dumas, in Constantine, par André Berthier et R-Goossens).
«Le Rhumel, espèce de rivière-torrent, tantôt presque à sec, tantôt gonflé outre mesure, comme presque tous les cours d’eau d’Afrique, alimenté par les pluies d’équinoxe ou la fonte des neiges s’est chargée de fortifier la ville et il a réussi mieux que Vauban. Ses infiltrations ont causé dans le rocher une coupure de huit cents pieds de profondeur au fond de laquelle il roule ses eaux troubles et impétueuses, tantôt à ciel ouvert, tantôt sous des arches qu’il a évidés, et dont l’arc immense effraie l’œil par sa hauteur (...)» (Théophile Gautier, in L’Orient, 1884).
«Ville de légende, découvrant...le ravin dantesque, revêtu de roches cyclopéennes, sur lesquelles se sont multipliés les ponts suspendus» (Armand Guibert, in «Tropismes méditerranéens dans l’œuvre de Manuel Teixeira-Gomez»).
En fait, s'agissant plus particulièrement de Constantine, c'est sur la base même de la sphère culturelle nord-africaine à laquelle cette «inénarrable» ville appartient, que nous croyons avoir procédé.
C’est donc de cette modeste synthèse que nous avons tenté, dans la présente approche, qui ne peut être tout au plus indicative, d’être les interprètes fidèles.
Cela dit, nous avons bon espoir, dans l’une de nos prochaines éditions, d’ouvrir les colonnes de cette évocation littéraire aux auteurs contemporains, pour certains d'entre eux natifs de cette ville et/ou encore vivants.
Kamel Bouslama

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