Travail des enfants : un phénomène inquiétant

Des centaines de millions de garçons et de filles à travers le monde sont astreints à des travaux en violation de leurs droits fondamentaux à la liberté, à l’éducation, à la santé et aux loisirs. Cette Journée internationale des enfants est l’occasion de se pencher sur ces milliers d’enfants qui se mettent au commerce. En effet, ce phénomène de travail des enfants prend de l’ampleur, et le pire c’est qu’il passe comme un fait normal puisque les consommateurs se sont habitués au spectacle d’enfants qui fourmillent dans tous les marchés de la capitale, vendant tout ce qui s’achète et faisant concurrence aux commerçants adultes.
Il suffit d’installer des étals de fortune ou d’exposer sa marchandise dans des paniers à même le trottoir pour venir allonger la longue liste des commerçants. Ces enfants vendeurs fourmillent dans tous les marchés d’Algérie. Toutes les régions du pays sont marquées par ce phénomène. Au bord des routes, sur les trottoirs, dans les marchés publics, devant les mosquées…
Pratiquement aucun endroit n’est épargné par l’envahissement de ces écoliers devenus commerçants. «Le phénomène du travail des enfants interpelle toute la société et les pouvoirs publics qui doivent mettre un terme à l’exploitation machiavélique de cette frêle jeunesse par des employeurs qui osent recruter à bon marché des enfants issus des couches défavorisées», dit, dépité, un enseignant. Selon une enquête menée il y a quelques années, la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem) affirme avoir recensé pas moins de «500.000 enfants exploités sans compter ceux qui ne sont pas déclarés, notamment dans les zones isolées». Pourtant, les chiffres donnés par les autorités relatifs au travail des enfants sont dérisoires.
A peine 0,05 % des enfants âgés de moins de 16 ans travaillent depuis ces 10 dernières années selon l’inspection du travail du ministère . Les inspecteurs reconnaissent que ces statistiques ne concernent que les enfants qui sont liés par une relation de travail à un employeur, ceux qui travaillent pour leur famille ou de manière clandestine pour des employeurs qui ne les déclarent pas ne sont guère concernés par ces chiffres. «Aucun contrôle ne peut se faire sur les enfants qui travaillent dans les rues, champs ou commerces car aucune disposition n’existe dans la loi du travail les concernant», affirme avec regret un inspecteur au ministère du Travail qui appelle à l’ouverture d’un débat national autour de cette problématique impliquant plusieurs secteurs. Car il faut savoir que la loi 90-11 ne protège que les enfants âgés de moins de 16 ans qui ont un emploi à travers un contrat de travail et ne protège pas les centaines d’enfants qui travaillent hors du circuit légal. Pour les associations de défense des droits de l’enfant, ce phénomène prend de plus en plus d’ampleur.
Elles dénoncent sa banalisation. Les raisons sont multiples. «En l’absence d’une étude crédible sur ce fléau, les sources se contredisent sur l’évaluation du taux des enfants en milieu du travail. Une lutte organisée entre différents intervenants est plus que nécessaire pour éradiquer ce phénomène», nous dira Marwa Abdelaziz, membre d’une association de défense des droits de l’Homme qui conçoit mal que la législation du travail ne soit pas appliquée avec vigueur pour châtier les contrevenants passibles de peines d’emprisonnement sous d’autres cieux.
Farida L.

Multimedia