Toponymie des lieux habités : D’où viennent les noms de nos villes et villages ?

Le Dictionnaire de toponymie algérienne des lieux habités, de Foudil Cheriguen, vient d’être édité par le Haut-Commissariat à l’amazighité, qui a pour ambition d’expliquer l’ensemble des noms figurant dans le Code postal, faute d’autres documents complets. Il explique que par lieux habités, il faut entendre non seulement ce que les architectes appellent cadre bâti, mais aussi les terres mises en valeur.

Dans l’introduction, il est souligné que le dictionnaire porte sur 13 585 toponymes et que la méthode utilisée pour l’élaboration du dictionnaire consistait, entre autres, en une réécriture systématique des toponymes avec un alphabet approprié restituant ainsi la prononciation que le nom peut avoir en berbère, en arabe ou dans une autre langue. «D’une façon ou d’une autre, l’interprétation des toponymes est le but principal du dictionnaire», ce qui ne va pas sans quelques risques, est-il admis. Il est aussi considéré qu’il y a une toponymie spécifique au Maghreb et surtout à l’Algérie, «à cause des influences dues à un rapport quelque peu à original à l’histoire : terres de colonisation nombreuses et de décolonisation conséquentes, il en est résulté d’importants changements toponymiques : soit par substitution de noms, soit par de nouvelles créations». A propos de l’époque de la colonisation française, il est souligné que «la terre ayant changé non seulement de propriétaires mais aussi de mode de propriété, a dû subir un changement toponymique ; d’où l’abondance de toponymes à partir d’anthroponymes français, ou parfois, européens francisés qui ont fini par devenir des noms propres de lieux habités de fermes, de domaines ou de cités». Mais il y a eu des changements dans la période post-coloniale et une substitution des noms de combattants de la guerre d’Indépendance à ceux d’anciens colons. Les traits caractéristiques des domaines linguistiques de l’actuelle toponymie contiennent toujours des toponymes berbères ou de souches arabe et française.
«Les toponymes de souche arabe et française sont souvent en lutte contre le caractère aborigène d’un toponyme berbère trouvé sur place et en situation permanente», est-il noté.
Toujours à propos de la toponymie des lieux habités, il est mentionné que «l’habitat éparpillé concentre beaucoup de noms et peu de populations. C’est l’inverse qui est vrai pour l’habitat regroupé. 1323 occurrences pour l’arabe Ouled – suivi d’un anthroponyme— et seulement 310 pour son équivalent berbère Aït.»

Ahmed Mesbah

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