L’inénarrable ville au passé multimillénaire : Constantine racontée par les siens

Ainsi que nous l’écrivions dans un article précédent, le passé n’est pas le seul à avoir trouvé place  dans notre approche de la ville de Constantine. Nous n’avons pas cru, en effet, nécessaire de nous contenter seulement de citations d’œuvres d’auteurs anciens.

Nous avons également cru bon d’ouvrir les colonnes de cette évocation aux auteurs contemporains et notamment ceux qui y sont nés et/ ou y ont vécu, pour certains d'entre eux peut-être (?) encore vivants. Nous avons ainsi rassemblé quelques-unes des nombreuses citations évocatrices et des extraits d’œuvres diverses : extraits littéraires, anecdotes et relations de voyage qui nous ont semblé posséder une valeur durable et dont les générations futures se souviendront sans doute volontiers. Qu’on en juge ci-après :
«Un village en nid d’Aigle, cela se conçoit ; mais une ville, capitale de province ? Le ravin qui isole le vieux Constantine au nord et à l’est se révèle plus profond, plus étroit qu’on se l’imaginait ou qu’on se le rappelle ; la falaise apparaît plus haute et plus vertigineuse, les ponts, plus audacieux ; les passerelles suspendues, plus fragiles». (Malek Haddad, «La dernière impression»).
«Certes la cité a perdu cette altière allure de refuge inexpugnable que montre une peinture exposée au musée, réalisée à l’époque où Constantine donna de la tablature aux armées d’invasion… Et pourtant le vieux Constantine doit se visiter à pied, après qu’un circuit aura permis de relever sous différents angles l’étrangeté du site». (Malek Haddad, ouvrage cité). «Aucune ville au monde ne sait parler comme Constantine»... «Le rocher de tant d’amour et le cœur de la colère»... «Monument où nichent les colombes, où ragent les corbeaux !». (Malek Haddad, ouv. cité).
«Sur le rocher, on respire une atmosphère très particulière, tissée d’histoire et de destinée humaine, du fait qu’elles ont recueilli des vestiges de sept civilisations successives (berbère, phénicienne, romaine, byzantine, arabe, turque et française) dont, au cours des millénaires, les assises se sont superposées sur le large dos de cet illustre rocher. Sorte de géant Atlas tout courbé par l’âge, il exhibe fièrement ses mille cicatrices, témoins glorieux d’une histoire aussi longue que mouvementée». (Malek Haddad, ouv. cité). «Tout comme les escargots, ma ville a choisi la sécurité du roc. Les aigles aussi. Aussi les monuments. Par temps clair, ça et là, un minaret apporte son audace à l’audace des cimes et l’on peut voir celui de la mosquée de Sidi Rached se profiler sous la grande arche du pont comme un rayon céleste, une tour fragile qui soutiendrait pourtant d’autres fondations». (Malek Haddad, ouv. cité)
«Cité d’attente et de menace, toujours tentée par la décadence, secouée de transes millénaires…»
«Constantine, qui s’avance dans l’espace comme un promontoire à travers le temps, massive, énorme, déconcertante, identique à elle-même et toujours renouvelée, immobile et vivante. A tout jamais, elle a pris la mesure exacte des choses et se rassure dans sa permanence. Elle s’offre et se refuse, terriblement attentive et puissamment indifférente. Pour mieux se mériter, et dans un orgueil refusant ses limites afin de plus encore s’honorer, elle s’érige elle-même en monument». (Malek Haddad, in «Une clé pour Cirta», 1966).
«C’est dans ces rues de la ville de toujours, c’est dans ces rues d’abord, dans ces rues surtout que se promène une âme, que rode un souvenir, que s’allume un sourire, et que rêve une chanson que le cri des corneilles et le soupir des tourterelles transportent, une chanson qui raconte Salah Bey, chanson qui s’élève et s’étale à la recherche des belles attitudes et va jusqu’aux Aurès saluer cet autre piédestal, cette autre citadelle de l’amour et de l’honneur du mont Chelia». (Kateb Yacine, «Nedjma»).
«Insoupçonnable promontoire en son repaire végétal, nid de guêpes désertiques et grouillant, enfoui dans la structure du terrain, avec ses tuiles, ses catacombes, son aqueduc, ses loges, ses gradins, son ombre d’amphithéâtre de toutes parts ouvert et barricadé». (Kateb Yacine, ouv. cité).
«Cité d’attente et de menace, toujours tentée par la décadence, secouée de transes millénaires – lieu de séisme et de discorde ouvert aux quatre vents, par où la terre tremble et se présente le conquérant et s’éternise la résistance». (Kateb Yacine, ouv. cité).
«J’aimais cette ville (Alger) accueillante, ses rues qui descendaient, tortueuses, vers la mer. Ses criques et ses petites baies, ses plages de galets, la Méditerranée riche en légendes et mystères, les petites maisons blanches, presqu’aveugles, pour se protéger du vent. (...) Mais c’est à Constantine que j’ai laissé mon meilleur travail : l’université de Constantine. Je ne voulais pas faire une œuvre courante, mais une université qui soit le reflet de la technique d’aujourd’hui». (Oscar Niemeyer, dans un extrait de ses mémoires). «Gens de Constantine, ez-Zilzel ! ez- Zilzel ! ». (Tahar Ouettar, «ez-Zilezel»).
Kamel Bouslama

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