Journée internationale des droits des enfants : pour la promulgation d’un code de l’enfance

Comme de tradition, chaque 1er juin est la Journée internationale de l’enfance. Il s’agit de mettre en avant l’enfant à travers son quotidien, ses centres d’intérêt, ses droits, son éducation, sa santé et son bien-être.

Il y a plus de 25 ans, le monde inscrivait les enfants dans le texte d’une convention pour les défendre, les promouvoir et surtout reconnaître leurs spécificités, le besoin pour les mineurs d’être protégés et d’avoir une assistance adaptée à leurs réalités, le droit de survivre et de se développer. Le droit d’apprendre et de s’épanouir. Le droit de faire entendre leur voix et d’atteindre leur plein potentiel. Plus d’un quart de siècle plus tard, quel bilan fait-on de la situation des enfants dans le monde ? Comment va l’enfant algérien ? Il est incontestable de reconnaître que de nombreux progrès ont été enregistrés en matière de droits des enfants dans notre pays, notamment dans l’éducation avec près de 100% des enfants de 6 ans inscrits à l’école et 90% des enfants inscrits dans le cycle primaire. En matière de santé , la baisse du taux de mortalité infantile pour les moins de 5 ans, et de plus en plus pour les moins de un an, est considérée comme un important acquis.
L’Algérie occupe la 69e place dans le classement par pays pour ce qui est du taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans. La malnutrition diminue, bien que lentement. Selon l’enquête MICS-OMD, la situation nutritionnelle des enfants algériens révèle un taux de malnutrition de près de 18 % chez les enfants de moins de 5 ans, dont 106.000 connaissent une insuffisance pondérale, 320.000 souffrent d’un retard de croissance et 83.000 d’une insuffisance staturo-pondérale. Néanmoins, ces avancées, aussi importantes soient-elles, ne correspondent pas aux efforts considérables déployés par l’Etat. Au plan de l’éducation, 15% des enfants quittent l’école avant la fin du cycle primaire et l’Unicef estime même que 27,2 % des enfants de moins de 15 ans sont analphabètes. Au plan santé, les ruptures fréquentes de vaccins et médicaments divers mettent en danger la santé des enfants et créent un dysfonctionnement dans le programme national de vaccination. Au plan nutritionnel, l’absence d’une politique d’éducation sanitaire est derrière le recul constant de l’allaitement maternel, moins de 13% des enfants de moins de 6 mois sont allaités au sein. A cela, il faut ajouter que 20.000 enfants décèdent avant leur naissance en Algérie et qu’environ 20.000 autres meurent avant d’avoir atteint leur première année. La couverture sanitaire n’est pas équitable comme en témoigne le fort taux de décès des femmes en couches dans les zones excentrées, des Hauts-Plateaux et du Sud.

En dépit d’un arsenal de textes,  la protection de l’enfance  reste à parfaire

En matière de législation, l'accent a été mis en particulier sur la protection des enfants et adolescents contre toutes les formes de violence. Force est d’admettre, en effet, que le législateur algérien a élaboré quasiment tous les garde-fous nécessaires à l’effet de prémunir notamment ce que les spécialistes appellent la petite enfance contre toute atteinte à leur intégrité physique et morale. A cet égard, la minorité tentée par les enlèvements d’enfants a tôt fait de déchanter face à la rigueur de la loi et de facto à la détermination des pouvoirs publics à mener une lutte implacable contre tous les pervers et autres bourreaux patentés d’enfants. Pourtant et malgré cet arsenal juridique, «beaucoup reste à faire». Tel est le constat, amer, quand on lit les chiffres des actes de violence commis à l'encontre des enfants présentés par les services de sécurité. Sur les cas de violence liés à des maltraitances physiques, des agressions sexuelles et des enlèvements, les intervenants de la protection des droits des enfants appellent à ce que la mise en conformité de la Convention internationale des droits de l’enfant avec nos lois nationales soit accompagnée par la promulgation d’un Code de l’enfance.

Violences et agressions, faut-il  encore faire évoluer les lois ?

De toutes les violences, les violences envers les enfants sont certainement les plus dramatiques, les plus cachées et paradoxalement les plus condamnées. Maltraitance, agressions sexuelles, violence physique, enlèvement, assassinat, un constat qui nous bouleverse parce que ce sont ceux chargés de les protéger et de les aimer qui sont le plus souvent à l'origine de cette violence. Les chiffres présentés sont effarants et dénotent de la situation alarmante dans laquelle sont nos enfants et le degré de décomposition de notre société. Des enfants arrachés de leur innocence pour être jetés dans la violence, ceux qui ont connu le malheur trop tôt, trop crûment dans leur chair et âme, ce sont les victimes d'une main baladeuse vilaine, d'un attouchement vicieux, d'un viol. Malgré le refoulement, le mal est ancré, palpable, les cicatrices ne se tarissent pas et se manifestent différemment. Au-delà des statistiques, c’est l’indignation face à l'inconcevable qu’exprime la société face à un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. Les professionnels de l'enfance, les médecins, les travailleurs sociaux, les professionnels de l'animation, les magistrats doivent être mieux sensibilisés et formés pour ne plus passer à côté de ces drames.
Nous, citoyens, avons aussi un devoir de vigilance qui nous oblige à ne plus fermer les yeux face à un enfant en danger. Du harcèlement au viol, les peines encourues sont lourdes dans la législation algérienne. Ils sont passibles dans certains cas de la peine de mort. Pourtant, certains spécialistes estiment que la législation est «inadaptée». «D'abord, la législation ne mentionne pas le viol à l'égard des garçons, il est répertorié dans la case de l'atteinte à la pudeur. C'est abjecte quand on connaît le nombre élevé d'agressions sexuelles envers les garçons», déplore maître Bouchakou, avocat, avant d'ajouter que «l'inceste non plus n'est pas mentionné dans le code pénal. La loi est relative à la protection de l'enfant, laquelle englobe les différents principes des droits de l'enfant et comporte plusieurs mécanismes devant protéger l'enfant des dangers. A l'instar de la création de l'Organe national de la protection et de la promotion de l'Enfance (ONPPE) chargé de la coordination entre les différents secteurs, établissements et organes concernés par la protection de l'enfance afin de mettre en place un programme sur la promotion des droits de l'enfant, assurer leur suivie et les évaluer en vue d'intervenir sur le terrain pour remédier à certaines situations. Toutefois, et face à un phénomène plus qu’inquiétant, les décideurs ne doivent plus se contenter de mettre en place les textes de loi adoptés, mais plutôt veiller à leur application sur le terrain et surtout leur impact sur la vie des enfants algériens.
Farida Larbi

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