Du bon usage du prêche

La science fait partie des bases autour desquelles doit s’articuler l’éveil islamique. On entend par là une connaissance de la législation d’Allah recueillie essentiellement à partir des deux sources fondamentales que sont le livre d’Allah et la Sunnah de Son messager. Conformément à la parole d’Allah:
«Et vers toi, Nous avons fait descendre le Coran, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu’on a fait descendre pour eux»
Et comme l’illustre Sa parole :

«Allah a fait descendre sur toi le Livre et la Sagesse, et t’a enseigné ce que tu ne savais pas. Et la grâce d’Allah sur toi est immense».
Ainsi la science constitue le fondement et la matière de la prédication. Et il est strictement impossible que celle-ci s’accomplisse de la manière qui satisfait Allah autrement qu’en étant basée sur la science. A cet effet, Al-Bukhârî a intitulé l’un des chapitres de son recueil authentique de hadiths comme suit : «Chapitre : la science précède la parole et l’action «en se référant à la parole du Très-Haut : «Sache donc qu’en vérité il n’y a point de divinité à part Allah et implore le pardon pour ton péché.»
En conséquence, tout prêche effectué sans science est voué à contenir une part de déviation et d’égarement. C’est pour cela que le prophète a mis en garde contre ce phénomène, qui se multipliera lorsque les savants viendront à disparaître, ne laissant derrière eux que des dirigeants ignorants qui donnent des verdicts religieux sans science, et qui par là s’égareront et égareront les autres.
On observe beaucoup de gens qui portent en eux cette ferveur, portés par ces sentiments islamiques – et nul doute que ceci est un bien, car sans enthousiasme ni ardeur, il n’y aura pas de prise d’initiative. Cependant, ce sentiment n’est pas suffisant en lui-même. Il est indispensable qu’il s’accompagne de science sur laquelle les gens fondent leurs actes ainsi que leur prêche. Cette pour cette raison que le prophète a dit : «Transmettez de moi, ne serait-ce qu’un verset». Or, il nous est seulement possible de transmettre ce que l’on connaît de sa religion. En effet, sa parole «Transmettez de moi» signifie qu’il nous a délégué la mission de transmettre ce qui est venu de lui.
Il incombe donc au prêcheur d’appeler les gens avec savoir, un savoir correct qui se fonde sur le livre d’Allah et la Sunnah de Son messager, car toute science acquise en dehors de ces deux références doit d’abord leur être confrontée [pour en attester de sa conformité]. Après avoir été confrontée, elle sera soit en concordance ou bien en contradiction. Si elle concorde, elle sera alors acceptée. Dans le cas contraire, elle sera rejetée et renvoyée à son énonciateur, quel qu’il soit. En effet, il a été rapporté de manière authentique d’Ibn Abbâs a dit : «Peu s’en faut pour que des pierres ne vous tombent du ciel. Je vous dis : «Le messager d’Allah a dit...» et vous me dites : «Abû Bakr et Umar ont dit…»!
S’il en est ainsi de la parole d’Abû Bakr et Umar lorsqu’on l’oppose à celle du messager d’Allah, alors que pensez-vous de celle d’un individu qui n’a pas atteint leur niveau de science et de piété, et qui n’a pas eu la même proximité avec le prophète ni atteint le rang de calife ! Nul doute que la parole de ces individus, lorsqu’elle contredit le livre d’Allah et la tradition de Son messager sera encore plus évidemment rejetée. A cet effet, Allah a dit :
«Que ceux, donc, qui s’opposent à son commandement prennent garde qu’une épreuve ne les atteigne, ou que ne les atteigne un châtiment douloureux».
L’imam Ahmad a dit : «Sais-tu ce qu’est cette épreuve? Cette épreuve est le polythéisme («shirk»). Si jamais quelqu’un rejette une partie de Sa parole, il se peut que son cœur soit atteint d’une déviation qui le conduira ainsi à sa perte».
Pour résumer : il est impératif que l’individu prêche en ayant une bonne connaissance de ce à quoi il appelle.
Il existe par ailleurs certaines personnes qui s’imaginent qu’une chose soit obligatoire, en se basant probablement sur un effort de compréhension erroné de leur part. Si seulement ils pouvaient se cantonner à cela…Aussi, le mufti ne délivre pas de fatwâ (verdict religieux) en vue d’obtenir l’éloge des gens, ou afin d’être aimé ou détesté auprès d’eux. Non, il ne fait cela qu’en fonction de ce qu’il juge être la législation d’Allah, car au final, au nom de qui s’exprime-t-il ? Il s’exprime au nom de la religion d’Allah et de ses règles. C’est pourquoi le mufti doit savoir où il met les pieds avant de s’aventurer quelque part, et il doit s’assurer que l’avis qu’il va émettre n’est autre que celui de la législation, car il se fait le porte-parole de la loi d’Allah. En résumé, ce qui importe est que le prêche se fasse avec science.
Pour ces raisons, j’encourage mes frères prêcheurs à ne pas se précipiter et à faire preuve de sagesse, puisqu’ils savent bien qu’Allah (c) a dit :
«Il donne la sagesse à qui Il veut. Et celui à qui la sagesse est donnée, vraiment, c’est un bien immense qui lui est donné»
Ou bien encore :
«Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon».
Et si nous avions voulu, nous aurions pu donner d’autres exemples pertinents sélectionnés de la guidée du messager, l’enseignant du bien, le meilleur et le plus sage des prêcheurs.
Le fait que le prêcheur se dote de science authentique fondée sur le livre d’Allah et la Sunnah de Son messager est non seulement ce qui est prescrit dans les textes religieux, mais c’est également ce à quoi appellent les esprits raisonnables dépourvus d’ambigüités et de passions.
En effet, comment peux-tu appeler à Allah sans connaître la voie qui mène à Lui ni Sa législation ? Comment peux-tu être légitime pour prêcher ?! Et lorsqu’une personne n’a pas de science, il doit logiquement commencer par se cultiver, puis viendra alors ensuite le tour de la prédication.
Il se peut qu’on nous interpelle en disant : «Est-ce que votre parole que voici est en contradiction avec la parole du prophète : «Transmettez de moi ne serait-ce qu’un verset ?».
La réponse est non car le messager a dit : «Transmettez de moi «ce qui implique que ce tu transmets au sujet du messager d’Allah émane réellement de lui, et c’est précisément ce que nous recherchons. Ainsi, lorsque nous affirmons que le prêcheur a besoin de science, nous ne sommes pas en train d’affirmer qu’il doive atteindre un niveau très élevé dans celle-ci. En revanche, nous disons qu’il convient qu’il se restreigne dans son prêche à ce dont il a la maîtrise, et qu’il ne s’exprime pas sur ce dont il n’a aucune science.

 

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