Collecte des déchets en temps de pandémie : Les rejets hospitaliers ont augmenté de 56%

Devant les distributeurs automatiques de billets ou les supermarchés et épiceries, à l’entrée des bâtiments, à même le sol, des tas de gants en plastique et de masques sont jetés par des usagers inconscients du danger que cela représente pour la santé et l’environnement.

Visiblement nombreux sont ceux qui, quand ils estiment ne plus avoir besoin de ces gants et masques, s’en débarrassent n’importe où, font montre d’un irrespect total pour l’environnement et les personnes qui nettoient derrière eux, mais également d’une inconscience quant aux dangers que ces déchets représentent. «La crise sanitaire de Covid-19 a provoqué un «accroissement continu» des déchets ménagers et assimilés. Cet accroissement continu est le résultat d’une consommation effrénée pendant le confinement renforcée par l’usage intense des équipements de protection à usage unique individuels», indique-t-on au ministère de l’Environnement, en soulignant que le problème de leur élimination devient aigu, et leur gestion, collecte et traitement de plus en plus préoccupants. Pour faire face à cela, il faudrait mobiliser radicalement tous les acteurs, départements ministériels, opérateurs économiques, entreprises, collectivités locales et citoyens, a souligné la ministre.

Extranet renforce la collecte des déchets

Dans ce contexte, Extranet, l’entreprise en charge de la gestion des déchets dans les 31 communes d’Alger, a mis à la disposition des autorités algériennes 8 camions-citernes pour la désinfection des quartiers de plusieurs communes. Pour faire face au changement de comportement des populations engendré par les nouvelles mesures liées à la pandémie, Extranet a décidé de renforcer ses services. Selon son directeur Mohamed Daoudia, l’entreprise a doublé les patrouilles de collecte de déchets durant la journée tout en maintenant les patrouilles nocturnes, c’est-à-dire à 20 heures et 23 heures. Pour mieux gérer le flux des déchets, l’entreprise met en service toute sa flotte de 315 camions bennes-tasseuses qui collectent 1.700 tonnes de déchets par jour. Pour ce qui est des moyens de prévention, M. Daoudi a fait savoir qu’Extranet assure à ses employés des gants, des masques et des produits désinfectants de son propre budget. En première ligne, au même titre que les soignants dans les établissements de santé et les services de sécurité, les éboueurs, à l’avant-garde de la bataille sanitaire contre le Covid-19, tentent de s’adapter aux nouvelles règles de distanciation sociale dans un environnement inapproprié eu égard aux conditions extrêmement pénibles de ramassage des sacs poubelles parfois éventrés par les chiens errants ou des masques et bavettes qui jonchent le sol. On a tendance à les oublier, mais les déchets résultant des soins et des équipements de protection (gants, combinaisons, masques...), potentiellement infectés, peuvent être des agents de contamination et doivent faire l’objet d’un traitement séparé. Il faut savoir que les déchets hospitaliers ont augmenté de 56% depuis le début de la pandémie. En raison de la crise de Covid-19, le secteur médical est confronté à une augmentation des quantités de déchets incinérés de l'ordre de 35%, soit 140 tonnes par semaine en temps normal, à 190 tonnes par semaine depuis la pandémie. Les responsables du ministère de l’Environnement expliquent que le département a développé une stratégie pour contribuer à limiter la propagation de la pandémie en Algérie en coopération avec 58 entreprises de collecte de déchets autorisées par le ministère, 13 incinérateurs de déchets ainsi que 276 incinérateurs dans les hôpitaux.

Y a-t-il un dispositif spécial pour la gestion de ces déchets durant cette période de pandémie ?

En fait, on ne devrait pas parler de dispositif spécial si ce n’est de prévoir une capacité de stockage et de transport additionnelles au regard de l’augmentation des déchets produits. Dans le cadre de la gestion des DAS, toutes les activités sanitaires doivent considérer les flux suivants : les déchets mous comme les bavettes, gants, combinaisons à usage unique ; pansements, coton, lingettes… qui doivent impérativement être pré-collectés dans des sachets plastiques d’une épaisseur minimale de 0,1 mm, à usage unique, de couleur jaune, résistants et solides et ne dégageant pas de chlore lors de l’incinération. Il est recommandé dans le cas de cette épidémie, pour plus d’efficacité, de doubler le sachet ou de le mettre dans un carton dédié à cet usage. Il faut s’assurer de la fermeture des sacs avant l’enlèvement. Les déchets infectieux coupants, piquants ou tranchants à mettre dans des récipients rigides et résistants à la perforation, munis d’un système de fermeture, ne dégageant pas de chlore lors de l’incinération et contenant un produit désinfectant adéquat. Les mesures opérationnelles suivantes doivent être considérées :
Les déchets d’activité de soins ne doivent en aucun cas être déposés en dehors des locaux de regroupement. Ces mêmes locaux doivent être nettoyés et désinfectés après chaque enlèvement. Les conteneurs ayant servi à la collecte et au transport des DASRI sont obligatoirement soumis au nettoyage et à la décontamination après chaque utilisation. Le personnel chargé de la pré-collecte, de la collecte, du transport et du traitement, doit être muni de moyens de protection individuelle, résistants aux piqûres et coupures. Il doit être informé des risques encourus lors de la manipulation des déchets et formé aux bonnes pratiques de manipulation de ceux-ci. Dans tous les cas de figure, le personnel en charge de la thématique de la gestion des déchets d’activité de soins devrait se référer aux directives nationales relatives à l’hygiène de l’environnement des établissements de santé publics et privés (MSPRH 2015) et le guide national sur la gestion des déchets d’activités de soins élaboré conjointement en 2019 entre l’Agence nationale des déchets (MEER) et la direction générale de la prévention et de la promotion de la santé (MSPRH).
Farida Larbi

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