Béchar : Le vieux bâti détrôné par le béton

Une tournée dans le centre de Béchar fait remarquer, avec regret certes, que le vieux bâti a tout simplement disparu. Frappées de vétusté ou tout simplement abandonnées pour diverses raisons, dont des problèmes d’héritage ou de cession, et sous le regard nostalgique de ceux qui les auront connues dans leurs années de prospérité, plusieurs anciennes bâtisses ont cédé la place à de nouvelles structures en béton.

Le vieux bâti, ici, n’a jamais été d’actualité, car seul aura toujours compté ce qu’il pouvait rapporter à ses propriétaires, au moment où l’immobilier est toujours à son apogée. Bien des bâtisses qui ont marqué un pan de l’histoire ou encore le passage de personnes ont disparu, comme c’est le cas de la plus ancienne polyclinique du centre-ville, datant de l’époque coloniale et considérée comme l’un des bastions du secteur de la santé, des petites villas avec leur coupole qui n’avaient rien à envier à la cité aux mille coupoles si ce n’était leur nombre, un bain turc, entièrement abandonné. Le comble est que sur la place de la République toute la verdure a disparu pour laisser place aux carrelages. Considérées comme une partie du vécu des citoyens de la ville, toutes les anciennes bâtisses subissent un rythme accéléré de démolition, en raison de leur vente à des particuliers, suite à des cessions de biens, de ventes ou tout simplement leur entière reconstruction, non plus à des fins d’habitation, mais plutôt de transformation en locaux commerciaux et bureaux, dont la location est bien plus bénéfique aux nouveaux acquéreurs. Selon plusieurs experts en architecture, bien des bâtisses auraient pu constituer un patrimoine très envieux de par leur valeur symbolique, à l’exemple de l’ancienne école primaire des années 50 que dirigeaient des sœurs blanches. Actuellement et sous le regard désespéré des citoyens de la ville, c’est la piscine municipale et le jardin public de la ville qui sont entièrement à l’abandon après les intempéries de 2008. N’ayant trouvé aucun acquéreur pour leur réhabilitation, et la commune n’en ayant pas les moyens, ces structures sont aujourd’hui le refuge d’ivrognes et un dépotoir. Le vieux ksar Tagda, au cœur même de la ville et qui n’était à l’époque qu’une petite oasis, changera de nom le 10 novembre 1903 pour devenir Béchar. Seules quelques habitations ont été rénovées ou entièrement reconstruites par des familles conservatrices, fortement attachées à leur terre. Préserver la mémoire du patrimoine bâti suppose sa sauvegarde, tributaire d’un grand défi en raison essentiellement de l’évolution de l’architecture et des nouvelles techniques de construction.

Ramdane Bezza

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