Zone Rouge : pour quelques lingots de plus...

Par Boukhalfa AMAZIT

Dans la vulgate des observateurs politiques de l'Algérie de ces trente dernières années, l'homme s'était vu attribuer toutes les épithètes qualificatives. Particulièrement celles du personnage imbu, jaloux de son autorité, inflexible, raide et cassant, voire vipérin.
Dans son odyssée sur les mers tumultueuses de l'administration des affaires publiques et de la gouvernance de l'Etat, M. Ahmed Ouyahia, qui comparaît devant ses juges, sous le faix de nombreuses charges, n'avait surtout pas bonne presse. Il le savait. Lui et l'autre ne s'étaient pas mutuellement prédilectionnés, dès le départ. Les ponctions sur salaires, les licenciements massifs. On estimait à près d'un demi-million le nombre de travailleurs qui se sont retrouvés au chômage, du jour au lendemain, pour, soutenait-il, réduire l'inflation et ouvrir le marché. Le bradage des entreprises publiques au dinar symbolique, etc. Il avait fini par admettre, non sans une certaine forfanterie malplaisante, qu'il était «l'homme des basses besognes». Et, puisque le fourgon cellulaire est de passage, disons-le tout net, qu'il ne s'accablait pas de trop et que nul, mieux que lui-même ne pourrait valider cette réputation qui l'a accompagné, depuis qu'il s'est assis sur le voltaire de boss, comme on dit. Poste qu'il occupera cinq fois en qualité de Chef du gouvernement, depuis le 31 décembre 1995, la première, sous la présidence de M. Liamine Zeroual et cinq autres, comme Premier ministre, avec le président déchu, M. Abdelaziz Bouteflika. Des gouvernements-lego qui s'enchassaient et se dessertissaient selon le «bricolisme» en cours, du moment. Malgré tout cela, il s'en trouvait qui soutenaient, tout en suçant une tranche de citron, claquant du palais, dodelinant de la tête, que les saillances de cet «animal politique», résidaient dans sa «culture de l'Etat»; son «flair politique»; sa connaissance des dossiers. Bref, un des rares «hommes d'Etat» que comptait la pétaudière d'une présidence valétudinaire. Et même, «le seul chêne dans une forêt de roseaux». Par-dessus tout, qu'il était la pièce de cristal dans un coffre de verroterie. La moralité dans l'amoralité.
On ne peut pas reprocher à un homme politique de faire de la politique et de viser le pouvoir suprême, ce serait faire grief à un boulanger de vouloir fabriquer du pain ou reprocher à un maçon de bâtir, à un écrivain d'écrire.
Mais irait-on jusqu'à l'amnistier d'avoir lourdé et mis aux fers «300 cadres d'entreprises publiques» ; allait-on oublier que la généralisation brutale de l'usage de la langue arabe n'était destinée qu'à faire pression sur le mouvement identitaire amazigh ? Et «l'affaire du yaourt» ? Et celle «du chien qu'on affame» ? C'était donc ça la stratégie que cet énarque proposait pour «tirer les esprits du cachot».
Tous les Algériens savent et/ou l'ont appris que «la vérité ne fait pas de politique et réciproquement», comme dit notre confrère Konop. Ses nombreux passages, près d'une dizaine, on ne les compte plus, mais lui si, à la barre, dans les prétoires, hauts de plafond, et les murs qui renvoient les mots dans une acoustique sépulcrale, du palais Abane-Ramdane, ont révélé un homme, une fois dépouillé de son plastron, qui en fait avait été, comme bien d'autres, formé par un système dans une «star académie» qui en clone les servants et formate leurs esprits.
En se jetant avec ses lingots d'or dans la mare, il a plongé dans le vide à partir d'un précipice tellement élevé qu'il ne touchera pas le sol de sitôt. La justice le jugera pour ses actes, pour ce qu'il a fait envers et contre la loi. Le délit s'acquitte en temps de privation de liberté. Mais là où la justice se suffit dans l'application de la loi, l'éthique politique et la déontologie doivent nous diriger, nous mener dans l'application de notre devoir. La morale, quant à elle, guide le comportement des hommes dans leur relation avec leur conscience propre, d'abord et ensuite tout rapport avec autrui.
Dans tout cela, M. Ouyahia n'est qu'un concept opératoire, comme aurait dit mon ami, le défunt Kheireddine Ameyar, autrement, qu'il devient une abstraction qui sert à la démonstration d'une action possible. Il est vrai que «la raison et la politique suivent rarement le même chemin», il n'en est pas de même pour la morale.
On ne peut traiter des affaires de la cité dans l'irrespect tout ce qui la peuple, jusque et y compris ses... outardes.
B. A.
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