Zone Rouge : Coup de grisou au Capitole

Si nous vivons ce que nous observons, et si nous considérons ce qui se déroule sous nos yeux, hors du gabarit pré-manufacturé, dans les ateliers où s'usinent les kits argumentatifs du prêt à gober, on serait étonnés de déduire une pensée tout à fait iconoclaste. À telle enseigne que l'on ferait retourner sur soi, les regards les plus ahuris, les froncements de sourcils les plus interrogeants. Ne risque-t-on pas, en effet, la lapidation publique, si, par exemple, on soutenait net, notoirement et en toute impudence, qu'entre la démocratie et la dictature, il n'y a qu'une porte à ouvrir ou à fermer, pour se retrouver ici ou là, selon le côté où l'on se situe, dans ces chambres communicantes. Avouez qu'il faut une sacrée dose d'effronterie, un toupet insondable et une verticalité de fil à plomb, pour ainsi challenger les plus grands théoriciens de la philosophie politique, depuis Solon le «prophète», de la démocratie (640 – 558 av. J.-C.), célèbre homme d'État, juriste athénien. Solon, le Grec, qui serait donc à la Démocratie, ce que l'homme de Tighenif, vieux de 700.000 ans, serait au Genre humain : un ancêtre.
Tout cela pour dire ceci : l'éruption de questionnements successifs à l'élection présidentielle, dans le pays considéré comme LE plus «démocratique» du monde (quoique... ), et, singulièrement, les événements subséquents à la défaite de M. Donald Trump, ont affolé les sismographes politiques de la planète terre. Car, ce n'est pas tant la victoire de M. Joe Biden, comme 46e président des États-Unis, selon le vote — très complexe — des citoyens États-uniens, qui pose problème. En revanche, ce qui a inquiété la communauté internationale, ce sont les ergotements, opiniâtres, désordonnés et dangereux du loser, car il porte en sautoir le code secret de la valise nucléaire, laquelle commande aux armes les plus terrifiantes qui aient jamais existé. Jusqu'au soir du scrutin, tout semblait se dérouler à armes courtoises, selon une liturgie politique entendue depuis la première consultation de 1788.
Ce n'est pas l'heureux gagnant qui a suscité l'effarouchement international. Ce qui en soit aurait trouvé une justification dans ce que les journalistes appellent «le saut dans l'inconnu». C'est la ruade aussi violente qu'incongrue de celui qui a terminé son service et qui était censé rentrer chez lui, tel Lucius Quinctius Cincinnatus, deux fois dictateur de Rome, deux fois sauveur de l'empire, qui est retourné à sa charrue une fois la victoire trompétée. Ces contingences, qui ont fait désordre dans la grande maison Amérique, et ému presque à l'effroi le village planétaire, nous en ont appris plus que tous les discours de philosophie politique, dispensés dans les amphithéâtres des quelque 20.000 établissements d'enseignement supérieur du monde.
«Marchons vers le Capitole !» aurait lancé le président sortant, le jour où les membres du Congrès, qui siègent dans cette bâtisse symbole de la démocratie, s'il en est, allaient entériner le choix démocratique du peuple qui a élu démocratiquement son président, le démocrate M. Joseph Robinette Biden Jr. Il n'est pas inconnu des observateurs ni de l'opinion, puisque par deux fois, il a été vice-président élu sur le ticket du 43e successeur de George Washinton : M. Barack Obama. Ce dernier lui aura d'ailleurs délivré un brevet de confiance en déclarant : «Connaître Joe Biden, c'est connaître l'amour sans faux-semblant, le dévouement sans vanité et quelqu'un qui vit sa vie pleinement.»
Quelle mouche a donc piqué l'homme à la blonde moumoute, pour ainsi mobiliser toute une foule, ignescente, de dépités par la défaite. Tout ce que son électorat — 74. 223.744 électeurs — compte de suprématistes, de conspirationnistes ; complotistes ; islamophobes ; anti-avortement ; sionistes, extrémistes de toutes les chapelles ; ultras de toutes les phalanges, se sont lancés contre le saint des saints : le Capitole des États-Unis, siège du Congrès, le pouvoir législatif. Le Temple de la démocratie américaine. Ceci aurait pu passer pour un coup de vent, avec de violentes bafane, les États-Unis ont l'habitude de ces poussées de fièvre cycliques. Souvenons-nous, entre autres, du mouvement politique Black Lives Matter (La Vie des Noirs Compte) de 2013 et de sa piqure de rappel de la fin mai dernier, avec la mort tragique du rappeur afro-américain George Floyd, étouffé par des policiers à Minneapolis (Minnesota). Ce n'est pas la première fois qu'on assiste à de tels coups de tabac ailleurs. En février 2019, le mouvement protestataire français des «Gilets jaunes», s'en était pris au palais Bourbon siège de l'Assemblée nationale, ils avaient tenté d'en franchir les grilles, mais si l'opinion française s'en était justement émue, c'était loin d'alarmer l'opinion mondiale.
Oubliés les terrifiants body-counting, des victimes de la Covid-19, dans ce pays des extrêmes. Les images du sac du Capitole et des auteurs de ces violences ont tourné en boucle sur les chaînes d'info continue, du monde. Elles ne font pas peur, dirait-on, à la limite. La violence est compagne des siècles qui s'annoncent, se console-t-on. Elles ressemblent à toutes celles des casseurs de tous les pays. Mais il est utile de s'interroger par contre sur leur leader. Celui qui a lancé l'appel à la sédition. Lui s'en est allé, hier. Ceux qui l'ont élu en 2016, Président de la première puissance économique, financière, politique et militaire du Monde, les auteurs du coup de grisou au Capitole, sont toujours là.
B. A.

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