Stress hydrique : Hausse des prix de l’aliment de bétail

Office national de météorologie :
«Le déficit pluviométrique est bien réel»

La responsable de la communication à l’Office national de météorologie (ONM), Mme Houaria Benrekta, a indiqué que des perturbations sur les régions de l'ouest sont prévues à partir de jeudi, et vont progressivement s’étendre aux régions du centre du pays.

Jointe, mercredi par téléphone, elle a fait savoir que sur la base des données recueillies par l'ONM, «le constat d'un déficit pluviométrique est bien réel», mais il n'y a pas une raison pour évoquer des scénarios pessimistes, pour les agricultures en particulier, car la campagne agricole n'a débuté que le premier septembre dernier.
Mme Benrekta explique que la pluviosité est très faible dans les régions de l'ouest, notamment, et que «l'Oranie n' pas enregistré des quantités importantes. À titre d'exemple, du 1er septembre jusqu'à ce 25 novembre (mercredi, NDLR), il y a à peine 1 mm». La responsable précise que le data du réseau d'observation météorologique informe sur de faibles quantités de pluies à l'Ouest. «Il y a plus de pluies à Touggourt qu'à Oran», a-t-elle noté.
«Les perturbations qui sont venues vers l'est du bassin méditerranéen ont donné des quantités appréciables, surtout sur les régions côtières de l'est : 290 mm à Jijel de septembre jusqu'à ce 25 novembre», explique Mme Benrekta. Elle note que c'est presque pareil pour les régions de Souk-Ahras et d'Annaba.
Or, poursuit-elle, «plus on va vers les régions intérieures de l'est, plus les quantités diminuent, et se limitent à 80 et 88mm», en abordant Constantine, Sétif et Mila. Dans les régions de l'ouest, c'est également le manque de précipitations qui se limitent à 18 mm à Relizane, 25 mm à Saïda et Sidi Bel-Abbès.
La responsable explique que Météo Algérie «prévoit, à partir d’aujourd’hui, une perturbation qui va intéresser les régions ouest du pays, voire des chutes de neige sur les reliefs qui dépassent 1.300 mètres d'altitude». Mme Benrekta indique que de fortes pluies et averses orageuses ont été enregistrées ces derniers jours sur plusieurs régions du pays, suite à l’arrivée progressive d’une perturbation pluvieuse sur la région du bassin méditerranéen avec un air frais et des vents forts, et de rappeler que «la fréquence des perturbations dans les régions de l'est est plus importante que celle à l'ouest».
Tahar Kaidi

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Aliment de bétail
Les prix s’envolent

Les éleveurs de bétail expriment leur mécontentement depuis quelques semaines déjà, en raison de la hausse vertigineuse, due à la sécheresse, des prix des céréales nécessaires à l’alimentation du bétail.
En effet, l’absence de pluie, qui perdure ces deux dernières années, a causé des pertes considérables aux agriculteurs, mais surtout aux éleveurs. C’est ce que confirme le président de la Fédération nationale des éleveurs, Djilali Azzaoui, qui tire la sonnette d’alarme. «Si l’éleveur passe par une période critique, c’est tout d’abord dû à la sécheresse qui sévit ces deux dernières années et réduit la production fourragère se traduisant par l’envolée des prix des aliments», dit-il.
Ce dernier estime qu’en dépit des mesures prises par le gouvernement pour approvisionner les éleveurs en orge pour l’alimentation de leur bétail, les quantités restent insuffisantes, ce qui les pousse à recourir au marché parallèle. «La hausse considérable des prix de l’aliment, indispensable pour un bon élevage, ces dernières semaines, a fait que de nombreux éleveurs cèdent une partie de leur cheptel à des prix dérisoires. Un quintal d'orge a atteint 3.500, DA contre 2.500 DA auparavant, et le maïs coûte 3.100 DA le quintal.»
Le président de la FNE attribue cette augmentation sans précédent à la rareté des pluies et à la sécheresse que connaissent plusieurs régions, notamment à l’ouest et au sud. «Nos éleveurs étaient habitués à une légère hausse des prix sur les compléments alimentaires, mais, cette fois, le marché s’est envolé au point qu’ils ne peuvent plus amortir ce surplus de dépenses, ce qui exclut toute rentabilité de l’activité. Les éleveurs n’auront d’autres choix que de réduire leur cheptel afin de pouvoir baisser leurs besoins en aliments, mais au prix d’un grand sacrifice, celui de revoir sensiblement à la baisse les prix de vente, ce qui vient de se confirmer sur le terrain, notamment à l’ouest.»
L’intervenant cite, à titre d’exemple, le marché hebdomadaire d’El-Bayadh qui connaît une affluence record d’éleveurs, ces deux dernières semaines. «Ils tentent d’écouler leurs moutons à des prix bradés, et malgré la chute des prix, les achats sont restés timides, selon les échos qui nous sont parvenus». Il affirme que les éleveurs sont dans une «situation de détresse», raison pour laquelle il lance un appel au ministère de l’Agriculture afin d’intervenir et, tout au moins, faire cesser l’envolée des prix des aliments.
La Fédération des éleveurs réclame également la révision à la hausse des quotas d’orge distribués aux éleveurs par les offices de céréales, qui ne dépassent actuellement pas 300 g par jour par tête. «L'hiver approche et nous souhaitons augmenter le quota d'orge pour nourrir notre bétail et améliorer sa production.
Un mouton a besoin de 500 g d'orge par jour pour l’alimentation et de 500 g supplémentaires pour la production. Il convient de rappeler que l'Algérie a récemment importé plus de 125.000 tonnes d'orge destinées à l'alimentation du bétail», souligne le président, rappelant que la chute des prix du mouton va profiter aux maquignons, toujours à l’affût du moindre recul des cours pour réaliser de gros bénéfices. «Il faut noter également que les prix de la viande ovine sur les étals des points de vente au détail sont restés stables, ces dernières semaines, pourtant, les marchés de bétail ont connu une tendance à la baisse.
Cela pousse à croire que ce sera le même scénario, encore une fois, des prix qui dégringolent sur les marchés à bestiaux, mais qui ne se répercutent pas sur les étals des boucheries», a-t-il en outre estimé.
Salima Ettouahria

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Filière lait
Des mesures pour surmonter les difficultés

Toutes les mesures nécessaires pour permettre à la filière lait de surmonter les difficultés auxquelles font face actuellement ses acteurs, notamment les éleveurs, en raison du stress hydrique et de la crise sanitaire, ont été prises, a assuré mercredi le ministre de l’Agriculture et du Développement Rural, Abdelhamid Hemdani, cité par un communiqué du ministère.
Ces mesures ont fait l’objet d’une réunion de travail, présidée par le ministre et regroupant les cadre du secteur et les membres du Conseil national interprofessionnel de la filière lait, afin de débattre des problématiques et des dossiers qui concernent cette filière stratégique.
Parmi les mesures urgentes prises, M. Hemdani a notamment cité l’envoi d’une instruction ministérielle aux walis, pour veiller au respect du dispositif d’approvisionnement des éleveurs en son et orge, qui font l’objet d’une spéculation, notamment le son en gros ayant atteint 3.500 à 4.000 DA/quintal, indique le communiqué.
En plus de cette instruction, des commissions de contrôle ont été diligentées pour effectuer des contrôles au niveau des wilayas où est observé ce phénomène qui hypothèque les efforts des éleveurs par l’augmentation des charges les rendant plus vulnérables.
À ce propos, le ministre a affirmé que «les autorités publiques vont sévir contre les spéculateurs».
Il a également donné des instructions pour la révision urgente du dispositif d’accompagnement de la filière lait, en insistant sur l’impératif de faire participer tous les professionnels en vue d’adapter les dispositifs au contexte actuel et aux enjeux que porte cette filière au plan économique et social.
Il a aussi insisté sur l’importance de lever toutes ces contraintes afin de permettre à cette filière stratégique de contribuer effectivement au développement de la production nationale et à la réduction de la facture des importations.

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Akli Moussouni, expert agronome :
«Nécessité d’un programme multidimensionnel»

L’Algérie, qui a investi énormément pour garantir l’accès à l’eau potable, se trouve confrontée au risque du stress hydrique engendré par une baisse drastique de la pluviosité.
Pour parer à cette situation, des mesures urgentes ont été prises par les pouvoirs publics à l’effet de garantir, non seulement la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable de la population, mais également la sécurisation du système national de production agricole.
Contacté, l’expert agronome, Akli Moussouni, responsable des projets stratégiques au sein de la Société d’ingénierie, de management et du développement de l’entreprise (SIMDE), affirme que l'Algérie subit, encore une fois, et à la veille de la campagne labours-semailles, un déficit hydrique qui vient se conjuguer à une succession de périodes de sécheresse liées au changement climatique qui affecte la planète. «Cela s'est traduit dans bien des cas par des pluies torrentielles à l'origine des inondations enregistrées durant ces dernières années. La chute des recettes pétrolières, la crise sanitaire liée au Coronavirus et la sécheresse ont de lourdes répercussions socio-économiques», explique-t-il.
Le spécialiste estime que ces mesures d'urgence interviennent à un moment où l'alimentation en eau est menacée du fait d'une baisse importante du niveau des barrages et des nappes. «Les mesures prises par le gouvernement, en particulier pour l'agriculture ne peuvent être efficaces que dans le cadre d'un programme de politique de l'eau», soutient-il. Concernant les mesures prises pour le secteur de l'agriculture, Moussouni fait remarquer qu’il s’agit d’un secteur qui consomme près de la moitié des réserves d'eau et signale que l'agriculture oasienne souffre déjà̀ du rabattement dangereux du niveau des nappes, sans oublier la salinité de l'eau, de plus en plus importante, en raison, selon lui, de l'anarchie enregistrée dans l'exploitation des nappes par les agriculteurs. «Il est difficile d'arrêter objectivement des mesures sans passer par l'identification des zones les plus menacées pour intervenir auprès des agriculteurs qui doivent s'impliquer dans la démarche», considère-t-il.
L’agronome souligne par ailleurs l’importance de déterminer les priorités là où il est possible techniquement de compenser le manque de pluie, et regrette à ce sujet le manque des données du terrain.
Il relève l’intérêt de la mise en place d’un programme multidimensionnel réfléchi, techniquement efficace, en tenant compte de la réalité́ des territoires et en mettant l’accent sur l’intérêt d’une organisation des agriculteurs qui, selon ses termes, continuent d'activer dans l'anarchie, alors que ce sont les chaînes de valeur qui doivent dicter la nature de leur organisation. Notre interlocuteur dit que cela ne sert presque à rien d'irriguer un sol très pauvre en matière organique, si, en parallèle, on en jette annuellement des millions de tonnes dans des centre d'enfouissement technique , au lieu de la recycler. Aussi, il dit que l’usage rationnel de l'eau, que ce soit au niveau domestique, industriel ou en agriculture, doit obéir à des programmes tracés par rapport à des objectifs économiques précis. «Notre pays se situe dans une région semi-aride. L'usage rationnel et efficace de la ressource hydrique ne peut réussir qu'à travers une politique de l'eau, qui doit se traduire par une série de dispositions techniques et organisationnelles», affirme le responsable des projets stratégiques au sein du SIMDE, assurant que le dessalement de l'eau de mer et de l'albien pour les régions du Sud peut être d'un apport important pour la sécurité́ alimentaire.
Pour lui, il est urgent de mettre en place des mesures permettant l’exploitation rationnelle de cette précieuse ressource, en réduisant son gaspillage. «Tel est le défi à relever dans l’immédiat, pour éloigner le pays du stress hydrique», conclut Moussouni.
Kamélia Hadjib

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