«Printemps arabe» : les interventions étrangères ont prévalu sur la spontanéité

Le «Printemps arabe», les interventions étrangères ont prévalu sur la spontanéité et la dynamique interne propre aux peuples, a indiqué vendredi dernier le directeur du Centre arabe de recherches et d'analyses politiques, basé à Genève, Riadh Sidaoui.
«Pendant le Printemps arabe, il y a eu plus d’interventions étrangères que de spontanéité et de dynamique interne propre aux peuples (et) nous remarquons que ce sont les républiques qui ont été visées et non les monarchies», a soutenu Riadh Sidaoui dans un entretien accordé à l'APS.
Le politologue a cité, entre autres, le cas de la Syrie où l’ex-ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas, avait déclaré à une chaîne de télévision française, deux ans avant le soulèvement populaire, qu'il fallait «l’éliminer (le gouvernement syrien)», sous prétexte qu'il «ne veut pas signer un accord de paix avec l’entité sioniste (...)». «Nous remarquons que ce sont les républiques qui ont été visées et non pas les monarchies.
Il y a eu de la fièvre révolutionnaire au sein des monarchies mais l’OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) où les pays occidentaux ont manifesté une certaine solidarité ou protection vis-à-vis de ces monarchies contre les manifestants», a-t-il affirmé, assurant que «ce sont les républiques nationalistes qui sont visées de l’extérieur».
Le système parlementaire a «montré ses limites» et a mis la Tunisie dans «l’impasse totale», a estimé, par ailleurs, le politologue. «Il y a un blocage en Tunisie, avec un système parlementaire qui cohabite avec un système présidentiel limité, autrement dit un système où le président de la République détient deux pouvoirs, à savoir les Affaires étrangères et la défense», soutien le politologue.
Il relève que le «conflit» entre la présidence tunisienne et le chef du parlement, est devenu «public», le président Kaïs Saïed défendant un régime présidentiel et Rached Ghannouchi revendiquant un « régime parlementaire absolu».
Cette situation n'est pas propre à la Tunisie puisque le système parlementaire a montré aussi ses limites dans d’autres pays arabes, à l’instar de l’Irak et du Liban. «Le système parlementaire sied aux monarchies mais dans les républiques, c’est le système présidentiel qui est le plus adapté», soutient Riadh Sidaoui.
Interrogé sur la lecture qu'il fait des dernières manifestations en Tunisie, le politologue estime que «la fièvre révolutionnaire» demeure toujours présente en Tunisie et risque de continuer «pendant des années ou des décennies».
D'ailleurs, elles reconduisent «les même slogans» que ceux de la révolution du Jasmin de 2011, à savoir «une justice sociale en rupture totale avec la politique néolibérale prônée par les gouvernements tunisiens successifs».
Il a néanmoins tenu à souligner l'apport de la révolution tunisienne qui a créé, selon lui, «une rupture totale» avec le régime précédent, en offrant des espaces de liberté aux partis politiques et aux associations ainsi qu'une liberté de la presse.
Toujours en ce qui concerne les raisons qui ont poussé les Tunisiens à réinvestir la rue, M. Sidaoui pointe du doigt «le capitalisme sauvage qui continue à régner» provoquant «un échec et une déception totale au plan social vis-à-vis de la révolution tunisienne.

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