Mohamed Yousfi, président du SNPSSP : Réviser le statut particulier du spécialiste de santé publique

Entretien réalisé  par Kamélia Hadjib

Dans un entretien accordé à El Moudjahid, le président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique, le Dr Mohamed Yousfi, affirme que les travailleurs demandent l’amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles tout en tenant compte de la crise financière.

El Moudjahid : Comment qualifiez-vous la situation socioprofessionnelle des travailleurs en Algérie ?
Dr Yousfi : Le monde du travail est en ébullition ces dernières années avec la situation financière que connaît le pays depuis la chute drastique des prix du pétrole.
La situation des travailleurs a été stable jusqu’à 2013 et 2014 avec l’élaboration de nombreux statuts particuliers, notamment dans la fonction publique. Ces statuts ont permis d’améliorer la situation du fonctionnaire en particulier et des travailleurs de manière générale. Mais depuis la crise financière, la situation s’est dégradée, surtout du point de vue pouvoir d’achat, touchant les couches défavorisés mais également la classe moyenne.
Les acquis enregistrés il y a une dizaine d’années commencent à s’effriter avec la dévaluation du dinar et l’inflation et le pouvoir d’achat du travail a nettement diminué sous l’effet de la crise financière.
Ce que le travailleur attend des pouvoirs publics, notamment après l’adoption de la dernière Constitution et à travers les mesures décidées par le Président de la République et par le gouvernement, c’est l’amélioration de ses conditions socioprofessionnelles en tenant compte de cette crise financière qui dure depuis sept ans et des moyens du pays. Il y a eu une augmentation avec le dernier décret d’application sur le SMIG, mais tous les spécialistes s’accordent à dire que cette augmentation ne répond plus aux doléances et à la réalité des travailleurs sur le terrain.
Le challenge du gouvernement est l’amélioration de la situation des travailleurs en terme du pouvoir d’achat et de booster l’économie nationale.
Je rappelle que dans tous les pays du monde qui ont vécu des crises, l’investissement dans les ressources humaines par l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des travailleurs s’est répercuté automatiquement sur l’économie du pays pour une sortie de crise.

Qu’en est-il de l’impact de la crise sanitaire sur l’emploi et sur le travailleur ?
La détérioration des conditions des travailleurs dure depuis maintenant huit ans causée par le chute drastique des prix du pétrole, à laquelle s’est greffée la crise sanitaire mondial avec toutes ses conséquences économiques et sociales. Cette pandémie mondiale qui n’est pas propre à l’Algérie a causé la perte d’une centaine de milliers de postes d’emploi. Si chez les travailleurs de la fonction publique ou certaines sociétés, on a pu préserver et maintenir des postes de travail, beaucoup de travailleurs dans l’informel avec des postes précaires ont été fortement impactés. A quoi s’ajoute l’impact sanitaire de l’épidémie et toutes ses conséquences en termes de décès, de contamination de personnes et le confinement qui a eu un impact économique.

La situation socioprofessionnelle des spécialistes de santé publique a-t-elle subi les mêmes conséquences ?
Les spécialistes de la santé publique au même titre que les autres travailleurs ont été impactés dans leur pouvoir d’achat. Un autre volet qui est antérieur à la crise financière et qui persiste toujours, c’est le droit de ces spécialistes qui ne sont pas réhabilités en termes de statut particulier au niveau de la fonction publique.
Ce qui est paradoxal est que le corps le plus gradé avec le parcours universitaire le plus important se retrouve avec un statut des plus pénalisants datés depuis 2009. Nous, en tant que syndicat, nous sommes en train de batailler pour qu’il ait un secteur de Santé publique fort comme tous les pays du monde.
Si l’État a investi dans les structures, et là on est fier d’avoir toutes ces établissements sanitaires à travers toute l’Algérie, ce qui n’existe pas dans d’autres pays y compris les pays développés, mais l’État doit investir dans les ressources humaines et particulièrement dans les spécialistes de Santé publique. Ce qui permettra d’assurer une meilleure couverture en soins spécialisés de qualité à travers toute l’Algérie. Les compétences existent même le nombre de spécialistes est suffisant, on doit juste les encourager.

Est-ce que les décisions qui ont été prises par le président de la République portant abrogation du service civil et instauration des mesures incitatives au profit des spécialistes de santé publique ont eu leur impact sur le terrain ?
Pour la première fois en Algérie le président de la République a donné des instructions pour l’instauration des mesures incitatives pour les spécialistes de santé publique avec l’abrogation du service civil que nous réclamions depuis 20 ans. Il faut savoir que le spécialiste de santé publique est le seul corps qui est soumis au service civil.
Depuis 18 ans, nous avons saisi toutes les instances pour trouver des solutions au problème relatifs au service civil mais on a toujours refusé de nous écouter malgré que tout le monde est d’accord sur le fait que le service civil est un échec qui revient plus cher que les mesures incitatives.
Il n’y avait pas une volonté politique de régler ce problème, Jusqu’à juillet 2019, il y a eu un conseil de gouvernement consacré à la santé et qui a parlé des mesures incitative avec augmentation de salaire et amélioration des conditions des travailleurs. Ceci a été consolidé par la décision prise du président de la République portant abrogation du service civil et instauration des mesures incitatives.
Ceci dit, nous attendons toujours la concrétisation de ces décisions. On doit instaurer ses mesures incitative et de réhabiliter le statut particulier du spécialiste de la santé publique.

Quel effet aura l’application des mesures incitative en termes de couverture sanitaire au niveau des régions enclavées du pays ?
L’application de ces mesures incitatives va nettement changer la donne pour la simple raison qu’elle va inciter et encourager les spécialistes à aller dans d’autres régions du pays et à rester dans le secteur public pour faire face à l’hémorragie des spécialistes vers le secteur privé et vers l’étranger où beaucoup de pays sont en train de bénéficier des compétences algériennes formées à coups de milliards en Algérie. C’est notre cri de détresse.

Parmi les revendications socioprofessionnelles des spécialistes de santé publique, quels sont les points qui ont été pris en charge et ceux toujours en suspens ?
Les spécialistes de santé publique, comme d’autres corps de santé, sont sur le front de la lutte contre le coronavirus depuis 14 mois et ils ont mis de côté toutes leurs revendications socioprofessionnelles.
Ceci dit certaines revendications sont en voie de règlement. Là, on salue le travail qui a été fait par le Premier ministère pour le déblocage des concours de progression dans la carrière. Il y a eu un deuxième point relatif à la mise en conformité de la prime d’intéressement qui existe depuis 18 ans mais n’est pas en conformité avec les trois grades. Elle est à présent prise en charge au niveau du ministère.
Pour ce qui est des revendications en cours et l’application des décisions prises par le président de la République et la levée de discriminations sur l’imposition auront un impact important sur les salaires.
Aussi, nous appelons à la révision du statut particulier des spécialistes de santé publique qui n’a pas changé depuis 2009, d’autant plus que la Fonction publique reconnaît les anomalies contenues dans ce statut qui est pénalisant le corps. K. H.

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