Meziane Meriane, coordinateur du SNAPEST : «nous devons encourager la valeur travail»

Les syndicats autonomes ont réussi à faire adhérer dans leurs rangs des milliers de travailleurs. Meziane Meriane revient sur la lutte syndicale et les acquis obtenus.

El Moudjahid : L’Algérie célèbre le 65e anniversaire de la création de l’UGTA. Que vous inspire l’évènement ?
Meziane Meriane : Le 24 février nous rappelle Aïssat Idir et ses camarades qui ont créé une centrale syndicale pour permettre aux ouvriers algériens de quitter la CGT et rejoindre l’UGTA qui est un vivier de militants syndicalistes révolutionnaires.
On se remémore ceux qui ont sacrifié ce qu’ils ont de plus cher au monde, la vie, pour l’indépendance de notre pays. Des acquis sociaux sont enregistrés mais remis en cause par l’inflation galopante et incontrôlée.
Les pouvoirs publics doivent stabiliser le marché, encourager la valeur-travail. Il faut diriger le peuple vers le chemin de la productivité pour assurer la stabilité.
Le pétrole n'est pas éternel. La chute du prix du baril risque de menacer notre pays et créer un déséquilibre social. Il faut d'ores et déjà entamer un virage économique, les Algériens doivent produire et consommer ce qu'ils ont fabriqué car si l'on reste sur le même paradigme économique, qui va assurer la gratuité des soins médicaux, de l'éducation ? Notre modèle social sera mis en danger.

Quelles sont les insuffisances qui persistent et comment y remédier ?
Pour le bien-être des citoyens en général et du fonctionnaire en particulier, le pari de l'autosuffisance doit être gagné et la balance commerciale doit être excédentaire pour la sauvegarde de l'avenir des générations futures. C'est l'économie fondée sur la connaissance s'appuyant sur le capital humain qui a permis au cours de l'histoire récente de l'humanité d'abord aux pays d'Europe puis à d'autres, d'accéder à la modernité, au développement et au bien-être de leurs populations. Le syndicat unique a montré ses limites, la classe ouvrière algérienne a été la première à payer le prix d'un syndicat bureaucratisé et politiquement dépendant. Il est vital pour notre pays de disposer d'interlocuteurs représentatifs du monde du travail

Les syndicats autonomes contribuent au militantisme. Qu'en est-il pour l'éducation nationale ?
Le SNAPEST demande l’amélioration du niveau de l’encadrement pédagogique par des formations aux TIC et d’autres performances. Nos repères revendicatifs tracés depuis l’année 2003 sont un salaire digne, les dernières augmentations ont vite été rattrapées par cette inflation, une retraite à 25 ans, que les conditions de travail ont rendue nécessaire et enfin un statut pour le corps de l’éducation et l’amélioration de la médecine du travail. D’autres revendications telles le logement, les primes des travailleurs du Sud, la préservation de l’enseignement technique, l’avancement du plan de carrière sont venues s’ajouter à nos luttes émanant toujours de nos bases syndicales. Nous avons constamment appelé à dépasser le corporatisme et établir des liens avec les syndicats de la fonction publique. Nous avons appris à travailler ensemble et à surmonter nos divergences. Nous défendons ensemble les acquis de la fonction publique et des travailleurs. Nous serons toujours exigeants à l’égard des pouvoirs publics pour assurer un niveau de vie décent et digne pour tous les citoyens. Nous serons toujours aux côtés de tous les corps de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur et tous les travailleurs pour la défense et l’amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles ainsi que leur statut. Nous savons qu'il nous faudra beaucoup d'efforts, de temps et de sacrifice pour les réaliser.

Le syndicat a plus de responsabilité. Comment faire pour l’assumer ?
Les syndicalistes ont un rôle moteur à jouer pour faire aboutir ces dossiers et d'une façon générale défendre les droits des enseignants tout en développant un esprit critique. Notre pensée doit se discipliner et on doit préserver la liberté d'agir en réservant la marge de ses possibilités et de ses réalités.
Apprenons à nos jeunes la ferveur de la vérité, de l’authenticité et de la franchise. Prenons soins de nos programmes scolaires. Que l’on y enseigne la neutralité du savoir qui s’exerce à l’objectivité et à la rigueur des disciplines scientifiques, et non des idéologies du parti-pris qui forment un esprit obtus et mènent aux chaos. Nous devons combattre tous les risques d’aliénation, toutes ces forces d’incohérence et d’erreurs qui sollicitent et parfois emportent notre jeunesse. En un mot engageons-nous dans le dur et long combat qui rehausse notre société, l’affranchit de l’assistanat, de la résignation, du fanatisme du fatalisme.
S. G.

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