Le Président Tebboune accorde un entretien à la chaîne Al Jazeera : «Le pays a dépassé la phase de danger»

  • «L’état était menacé d’effondrement par l’Issaba»
  • «La corruption était une tradition d’État»
  • «L’ANP est une institution constitutionnelle»

«L’Algérie fait l’objet de complot. Elle est ciblée, car elle ne permet pas de complots contre des pays arabes, mais elle est également ciblée, car c’est un pays sans dette extérieure et de ce fait indépendant dans sa décision et souverain», a déclaré le Président Abdelmadjid Tebboune à la chaîne qatarie Al Jazeera.
«On veut faire taire la voix de l’Algérie qui porte la voix de la Palestine et de la RASD et des peuples opprimés, et cela ne se réalisera jamais. Nous sommes la seule République debout. L’Algérie jouit aujourd’hui d’une stabilité permanente, grâce à la force de son armée, alors qu’il était attendu que l’Algérie tombe après la Syrie.»

Menace sur la capitale libyenne Tripoli
«L’Algérie était prête à intervenir d’une manière ou d’une autre»

Le président de la République a affirmé que Tripoli est une ligne rouge : «L’Algérie a rejeté le fait que Tripoli soit la première capitale arabe et maghrébine occupée par des mercenaires.»
En réponse à la question sur une éventuelle intervention militaire, M. Tebboune a répondu que «l'Algérie était prête à intervenir d'une manière ou d'une autre, pour empêcher la chute de Tripoli, la capitale libyenne.
Quand l’Algérie a annoncé que Tripoli était une ligne rouge, elle le pensait réellement. Le message a atteint les destinataires concernés et il n’y a pas eu chute de Tripoli».
Il a ajouté que «les frères libyens ont demandé la mise en œuvre de la réconciliation libyenne en Algérie, et c’est ce qu’a confirmé le chef du Gouvernement de l’unité nationale libyen, lors de sa visite en Algérie», tout en réaffirmant «la position de respect de la souveraineté des pays et la non-ingérence dans les affaires internes».
À cette occasion, il a relevé «le retour de la diplomatie algérienne».
Le Président a rappelé qu’il avait demandé, lors du sommet tenu à Berlin, «l’organisation d’élections générales en Libye supervisées par les Nations unies, pour identifier les représentants, précisant que la situation s’est détériorée réellement au Mali et dans la région du Sahel, suite à la déstabilisation de la Libye». Il ajoute que «des lots d’armes lourdes ont été localisés par les satellites à destination des pays du Sahel sans qu’ils soient interceptés. Ces agissements visent à encercler l’Algérie afin de l’affaiblir et de faciliter son infiltration, et c’est pour cela que l’on travaille au renforcement davantage des capacités de notre armée».
À une autre question sur la position de l’Algérie quant à l'établissement de relations avec Israël, le Président Tebboune a réitéré la position constante de notre pays sur la question palestinienne, qui «ne change pas avec l’indifférence ou par prescription».
Le Président a rappelé que l’accord au niveau de la Ligue arabe et avec des pays arabes «porte sur le principe de la terre contre la paix, mais, aujourd’hui, il n'y a ni paix ni terre, alors pourquoi la normalisation ?»
De même pour la question du Sahara occidental : la position de l’Algérie est constante. «On refuse la politique du fait accompli quelles que soient les circonstances. La RASD est membre fondateur de l’Union africaine et 65 pays ont reconnu la République sahraouie, nous ne sommes pas des hors-la-loi.»
Le Président a précisé que «le président de la RASD Ibrahim Ghali a quitté l’Espagne sur autorisation du gouvernement espagnol. Nous n’avons pas de problème avec le Maroc, c’est lui qui a un problème avec notre pays. Le dossier du Sahara occidental est entre les mains de la commission onusienne».
Concernant les relations de l’Algérie avec la France, le président de la République a évoqué «l’existence de trois lobbys qui visent l’Algérie et qui ne sont pas en accord entre eux. Le premier est constitué de colons ayant hérité de la haine de colonialisme, le second est une extension du colonialisme, dont des membres de l’OAS, tandis que le troisième est constitué d’Algériens aux côtés de la France».
M. Tebboune a saisi l’occasion pour répondre à l’éditorial du journal français Le Monde : «Ce média était interdit en Algérie, c’est moi qui ai autorisé son retour. L’Algérie dont parle Le Monde n’est pas celle que l’on connaît.»

L’Algérie sauvée du chaos

Le Hirak a été évoqué dans cette interview. Le Président a rappelé qu’il a déjà parlé du «hirak béni et authentique», qui a sauvé l’Algérie d’un effondrement et d’une catastrophe qui allaient provoquer sa chute. M. Tebboune évoque «le hirak béni et authentique» qui doit sa victoire à son caractère pacifique, mais aussi à la protection assurée par l’ANP et les services de sécurité. «13 millions d’Algériens ont sauvé le pays, grâce à leur prise de conscience. Toutefois, les manifestations et marches tenues ces derniers jours sont dépourvues d’identité, d’union intellectuelle et en matière de revendications et de slogans», relève-t-il, précisant qu’aucune marche n’est signalée dans 51 wilayas. Des manifestants ont tenté de provoquer l’ANP et les services de sécurité, mais leurs tentatives ont échoué.
«L’État était sous l’emprise de la Issaba. Le Président (Bouteflika, NDLR) était malade. Il ne gérait pas et son état ne lui permettait même pas de parler. L’Issaba a accaparé le pouvoir et voulait prolonger le cinquième mandat, pour piller encore les richesses. Des milliards de dollars étaient détournés et transférés à l’étranger, ce qui pouvait conduire à des actions violentes», a-t-il affirmé.
Le volume de la corruption est immense, déplore le Président. «Elle est devenue une tradition d’État. Nous découvrons ses extensions jusqu’à maintenant», poursuit-il. Elles étaient 50 personnes à avoir monopolisé l’importation qui était anarchique, et jouissaient du pouvoir absolu et de la décision dans le choix des investisseurs, selon le Président Tebboune, qui rappelle que la justice a saisi tous les biens identifiés de la Issaba au profit du Trésor public.
Concernant la récupération des avoirs détournés à l’étranger, il a assuré qu’un travail de coordination est en cours. Le Président est rassurant : «Notre pays a dépassé la phase de danger. L’Algérie a vécu un premier printemps arabe, lors des événements d’octobre 1988.»
La relation entre l’ANP et la présidence «est ordinaire, insiste le Président, c’est une question qui revient souvent. L’Armée est une institution constitutionnelle qui respecte la Constitution de l’État. Elle est sortie totalement de la politique».
S’agissant des dernières manœuvres militaires menées par les détachements de l’ANP, le président de la République a répondu qu’elles sont menées dans l’objectif d’assurer la préparation et la disponibilité de l’armée en prévision de toute urgence.
«L’islam idéologique n’existe plus en Algérie, mais le courant islamique actuel est différent du courant dans les autres pays», souligne M. Tebboune, en réponse à une question sur la présence des islamistes dans les législatives.
«Le changement vient des institutions, il y a une prise de conscience politique en Algérie, notamment de la part des jeunes», estime M. Tebboune. «Le peuple a adhéré à mes 54 engagements», a-t-il conclu.
Neila Benrahal

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Tebboune valorise le rôle de la société civile

Le président de la République a mis en avant l’importance des prochaines élections législatives. «Lors de ma campagne électorale, je me suis engagé pour impliquer les jeunes et la société civile dans la gestion des affaires de l’État», dit-il. Il a rappelé qu’il veille, depuis son élection, à «l’organisation de ces catégories pour qu’elles soient capables d’occuper les postes à responsabilités nationales dans l’avenir», assure M. Tebboune. En ce sens, il a indiqué que «l’Algérie compte 10 écoles supérieures et 100 universités, alors que 250.000 étudiants sont diplômés annuellement», dit-il. Il est à préciser que le Président a accordé cette interview, la première du genre, à la chaîne qatarie El Jazeera, qui vient d’obtenir l’agrément d’ouverture de son bureau en Algérie, en octobre 2020, géré par le journaliste Atef Kedadra, après près de 20 ans d’interdiction d’activité. L’interview a été animée par le journaliste algérien et animateur à El Jazeera, Abdelkader Ayadh. L’interview a été diffusée à 17h05 et rediffusée à 23h. Elle a été largement reprise par des médias nationaux et internationaux.
Neila B.

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