Le Pr Laâroussi, enseignant en sciences politiques : «Réhabiliter la crédibilité de l’acte de vote»

Propos recueillis  par Soraya Guemmouri

«L’article 88 interdit à tout candidat à une élection à un mandat national ou local, de recevoir, d’une manière directe ou indirecte, des dons en espèces, en nature ou toute autre contribution, quelle qu’en soit la forme, provenant d’un État étranger ou d’une personne physique ou morale de nationalité étrangère», indique le Pr Laâroussi, enseignant en sciences politiques .

El Moudjahid : Quelles sont les garanties qu’offrent les textes actuellement en vigueur en vue d’assurer la transparence des futures élections ?
Pr Rabah Laâroussi : Les garanties sont nombreuses. Les amendements de la loi organique relative au régime électoral peuvent constituer de réelles garanties en matière de lutte contre la corruption et les pots-de-vin, et, en particulier, durant les campagnes électorales. Ces amendements viennent réhabiliter l’acte de vote par de nouveaux articles pouvant motiver les citoyens à se rendre plus nombreux aux urnes et de se présenter aux élections.
Cette tentative de réhabilitation de l’acte de vote était nécessaire, en raison de l’abstention devenue un phénomène mondial qui se reproduit généralement à chaque rendez-vous électoral. L’autre garantie concerne les tâches de supervision et d’examen des listes de candidats, qui, pour la première fois, sont confiées à l’Autorité nationale indépendante des élections, laquelle a pour mission, notamment d’exprimer son opinion à ce sujet, que ce soit en donnant son approbation ou en rejetant ces listes, sachant que précédemment, cette opération était du ressort exclusif du ministère de l’Intérieur.
C’est donc une garantie de transparence. La loi a accordé des garanties en cas de rejet des dossiers de candidature, à travers l’introduction de recours devant les tribunaux administratifs dans un délai de trois jours.
La loi interdit aux entreprises ou aux hommes d’affaires de financer des campagnes électorales. L’article 88 stipule qu’il est interdit à tout candidat à une élection à un mandat national ou local, de recevoir, d’une manière directe ou indirecte, des dons en espèces, en nature ou toute autre contribution, quelle qu’en soit la forme, provenant d’un État étranger ou d’une personne physique ou morale de nationalité étrangère. À ceci s’ajoute le changement du mode électoral, en passant du vote proportionnel sur la liste fermée au vote proportionnel sur la liste ouverte. Ce ne sont-là que des points parmi d’autres qui augurent d’une transparence totale des prochaines législatives.

Que préconisez-vous pour optimiser la régularité du scrutin ?
Il serait souhaitable que l’Autorité indépendante explique et simplifie davantage les différentes étapes du processus électoral, pour hisser le niveau de prise de conscience politique au rang voulu en matière de sensibilisation des populations à l’importance du processus électoral, d’autant plus que l’Algérie connaîtra un nouveau mode électoral.
Il est nécessaire de traduire le contenu des textes dans la pratique en protégeant le vote de l’électeur, à travers la consécration efficace de la neutralité de l’Administration pendant l’ensemble du processus électoral, et en particulier au niveau local.
Il est également question d’être rigoureux en frappant d’une main de fer quiconque ose transgresser ou faire obstruction, avec des preuves à l’appui, au processus électoral. Face à ces cas de figure éventuels, il faudrait appliquer les sanctions prévues. Il est important d’adopter un discours qui puisse redonner confiance aux citoyens, à travers une nouvelle approche qui fait de la participation citoyenne, un acteur fondamental de la gestion des affaires publiques.

Qu’est-ce qui caractérise le prochain scrutin et quelle est la différence entre les législatives du 12 juin 2021, et les huit autres législatives précédentes ?
En prévision du vote du 12 juin prochain et par rapport aux élections précédentes, la porte sera grande ouverte, en vertu des dispositions de la nouvelle loi, à des listes indépendantes, et ce fait conduira à la dispersion des voix ; ce qui, à son tour, contribuerait à leur exclusion du fait de ne pas obtenir les 5% qui leur permettent d’entrer dans la compétition électorale pour ces législatives. Par voie de conséquence, il ne resterait en lice que les partis traditionnels qui sont vraiment plus organisés et qui sont au demeurant plus présents dans l’arène politique et électorale.
S. G.

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