L’ambassadeur de la RASD, Abdelkader Taleb Omar : « Le Maroc a sous-estimé la réaction du peuple»

Ph. : Nesrine T.
Ph. : Nesrine T.

L’ambassadeur de la RASD en Algérie, M. Abdelkader Taleb Omar, était hier l’invité du forum du quotidien francophone Le Courrier. Il a évoqué la situation qui prévaut dans les territoires occupés caractérisée par une escalade de la répression exercée par les forces d’occupation contre les civils. Une situation que le régime marocain tente d’occulter aux yeux du monde. «Il falsifie la vérité comme si c’était un conflit régional et non pas une question de décolonisation.»
C’est pourquoi il s’attaque à tous ceux qui soutiennent la cause sahraouie et notamment l’Algérie. «Heureusement, dira le diplomate, que les médias permettent de prendre connaissance de la réalité des atrocités et des violations continues des droits de l’homme commises par les Marocains contre les civils sahraouis. Le Maroc, dira encore l’invité du forum, qui pensait pouvoir trancher le conflit par le fait accompli s’est rendu compte qu’il s’est trompé dans ses calculs. «Il a sous-estimé la réaction du peuple sahraoui, déterminé à poursuivre la résistance et la lutte jusqu’à l’indépendance.» Après plus de 29 ans d’attente et d’espoirs déçus de voir l’ONU parvenir à résoudre ce conflit, la nouvelle étape qui a commencé après le 13 novembre, date de la violation par le Maroc du cessez-le-feu en vigueur depuis 1991, se caractérise par une forte couverture médiatique du conflit et par un soutien international renouvelé à la cause sahraouie. Le diplomate rappellera que les Sahraouis ont «attendu 29 ans pour permettre à la paix de s’instaurer», mais celle-ci n’a pas eu lieu, ce qui a encouragé le Maroc à renier toutes ses obligations internationales. S’agissant de la décision de l’ancien président Trump de reconnaître la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, il dira que les Sahraouis souhaitent que son successeur, Joe Biden, procèdera à son annulation.
«Depuis son investiture, le président Biden a annulé de nombreuses décisions prises par son prédécesseur, celle relative au Sahara occidental ne peut pas être une exception à l’exercice de correction auquel il s’est adonné», dira l’ambassadeur sahraoui. Il ajoute que les Sahraouis espèrent «qu’il prendra en compte l’avis de ceux qui l’appellent à annuler cette décision». Car, dira-t-il, même «si la souveraineté revient au peuple et aucun président ne peut la donner à un autre, il n’en reste pas moins que les USA, puissance mondiale, jouent un rôle dans ce conflit». Il sera souligné que ce pays est la plume des résolutions sur le Sahara occidental adoptées à l’ONU. De même qu’il sera rappelé qu’il a demandé la réduction de la durée du mandat de la Minurso et son expansion à la surveillance des droits de l’homme. C’est dire que «les USA ont un rôle d’influence qui ne peut pas être nié», selon le diplomate.
Pour ce qui du retard mis dans la nomination du nouvel Envoyé spécial du SG de l’ONU au Sahara occidental, l’ambassadeur dit y avoir l’empreinte du Maroc qui cherche à geler le processus de négociations et à gagner du temps. Sinon comment expliquer, dira-t-il toutes les conditions posées par Rabat afin de pourvoir ce poste vacant depuis près de deux ans.
En fait, dira Abdelkader Taleb Omar, ce que «le Maroc cherche c’est la nomination d’une personnalité faible issue d’un Etat faible afin de lui imposer sa vision du règlement du conflit», mais les manœuvres du Maroc échoueront, dit-il.

Le 34e sommet de l’UA a infligé une «gifle» au Maroc

Ainsi Rabat, qui a marchandé la normalisation de sa relation avec Israël contre un acte de propriété, n’a pas obtenu au final ce qu’il recherchait. De même que sa politique corruptive en Afrique n’aura pas plus de succès, selon lui. Il en voudra pour preuve la « gifle » infligée au Maroc lors du dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement africain où aucun des candidats marocains n’a été élu à la tête des commissions de l’UA. Et au diplomate de réaffirmer que le peuple sahraoui qui s’apprête à célébrer le 45e anniversaire de la proclamation de la RASD est déterminé à poursuivre son combat. «Notre volonté et notre conviction sont des armes plus fortes que tout ce que pourra leur opposer le Maroc.»
Et d’affirmer : «Les Sahraouis sont décidés à vaincre toutes les manœuvres et dérives du Maroc.» Pour le diplomate, «la cause sahraouie est un cas de conscience pour la communauté internationale, et ce que nous demandons c’est qu’on nous laisse exprimer notre avis via l’organisation d’un référendum. On ne peut pas laisser la force vaincre le droit». Dès lors affirmera-t-il «les Sahraouis n’ont pas d’autre choix que celui de la lutte armée pour arracher leur droit».
D’autant que la RASD est «un élément de stabilisation de la région». En effet, Abdelkader Taleb Omar dira que «la poursuite du conflit constitue une menace pour toute la région, retarde l’édification du Maghreb des peuples et ouvre la porte à la présence étrangère». Car selon lui «le Makhzen est un exécutant de la politique coloniale dans la région».
N. Kerraz

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