Filière tomate : Le défi relevé de l’autosuffisance

  • Production de près de 2 millions de tonnes en 2020
  • Aucune importation depuis 2017

Le prix de la tomate a pris des ailes depuis le début du mois de Ramadhan, vendue dans certains marchés à 180 DA. Pourtant, et selon le président du Conseil national interprofessionnel de la filière tomate (CNIFT), Mostefa Mazouzi, «la disponibilité est assurée toute l’année, grâce à une production continue».

La production de la tomate industrielle a atteint, en 2020, près de 2 millions de tonnes. Toutefois, la transformation fait défaut, pour cause de concentration des unités de transformation à l’est du pays et d'absence d’unités dans les wilayas «élites de production de la tomate», à l’instar d’Aïn Defla, d’Oued Souf et de Mostaganem.
Dans un entretien à El Moudjahid, le président du CNIFT présente son éclairage sur cette filière très prometteuse mais…
Il affirme d’emblée que «la hausse exagérée des prix est constatée à chaque début de Ramadhan, où en général la première semaine, les prix s'envolent, cela étant dû à la loi de l’offre et de la demande. Face à cette offre, il y a une demande hors norme durant le début du mois béni. Après les dix premiers jours, l'offre restant la même, la demande diminue et les prix rechutent».

Seules les tomates de serre sont disponibles

Pour la tomate classique, l’offre reste stable. «Les quantités alimentant les marchés restent les mêmes. En cette période, seules les tomates de serre sont disponibles sur le marché, car celles du plein champ d’Oued Souf, d'Adrar, d’El-Ménéa et d’In Salah sont en fin de récolte. La tomate n’est pas un produit stockable», dit-il. Il défend fortement l’agriculteur, qui «n’a aucune relation avec le marché de détail. Sa responsabilité se limite au volume de production du fruit et à sa qualité».
La filière tomate est en plein essor, selon notre interlocuteur qui se félicite de l’arrêt de l'importation du triple concentré de tomate depuis l’année 2018. «Depuis maintenant trois campagnes, la tomate est vendue entre 40 et 60 DA en novembre, décembre et janvier, en raison de sa disponibilité, notamment au Sud. Il faut savoir que l’Algérie dispose d’une grande superficie de serre», ajoute-t-il. En effet, la disponibilité est assurée toute l’année, grâce à la mise en place d’un plan de culture dans l’espace et dans le temps.
Ainsi, avec les surfaces de serre multi-chapelles, pour la production d’extra-primeur, de serres tonnelles et celles cultivées en pleins champs. La disponibilité de la tomate fraîche est assurée toute l’année, le dégagement d’un éventuel excédent de production pourrait être destiné à l’exportation (extra-primeur et primeur de mi-novembre à mi-avril).
Il convient de noter que les productions de tomate de pleins champs peuvent faire l’objet de produits destinés au marché de frais ou à la transformation.

Forte production de tomate industrielle

Ainsi, 50% des quantités consommées proviennent des productions de tomate destinée à la transformation pour des raisons de prix proposé sur le marché, et ce malgré les contrats liant les producteurs aux conserveurs. Sur cette question, M. Mazouzi propose une augmentation des surfaces cultivées en tomate industrielle en variétés à double fin.
Par ailleurs, la production de tomate fraîche s’étale dans l’espace et dans le temps sur pratiquement la totalité du territoire national et durant les douze mois de l’année, affirme-t-il, enregistrant «une forte production de la tomate industrielle».
M Mazouzi affirme que «la tomate est disponible toute l’année de janvier à décembre, parce que nous avons la production de plein champ et sous serre ; la production sous serre présente un double avantage : le rendement et la qualité du fruit».
En chiffres, en 2020, la production de tomate industrielle a atteint 24.000 ha, soit 19.400.000 quintaux équivalent à près de 2 millions de tonnes de tomate industrielle. «Nous avons encouragé l’agriculteur à produire, pour faire baisser les prix de la tomate fraîche», affirme-t-il.
Notre interlocuteur explique qu’il existe plusieurs périodes de production, à commencer par «l’extra primeur» produite sous serres multichappelles de novembre à septembre en plein champ ou sous serre, avec une superficie de 400 ha et un volume de production de 70.000 tonnes. Le repiquage est entamé du 15 août au 15 septembre, avec une récolte à partir de la mi-novembre. «C’est une belle tomate qui est un peu chère.» Il y a aussi maintenant la tomate de plein champ d’Oued Souf, dont la superficie est estimée à 3.000 hectares, suivie de la tomate de Biskra sous serre. «La production de la tomate primeur se fait sous serre de la mi-décembre au début d’avril sur une superficie de 5.000 ha au niveau national. De même que la tomate de saison est produite en plein champ dans le nord d’avril à août, et nous avons l’arrière-saison de septembre à décembre, ce qui permet une production durant toute l’année», précise M. Mazouzi. À cela s’ajoute la tomate du grand Sud d’El-Oued, d’Aïn Salah, d’El-Ménéa et d’Adrar. «Cultivée en plein champ le 15 août, elle est prête sur les marchés de gros à 15 DA au mois de novembre.»
La filière tomate constitue aujourd’hui un défi de l’autosuffisance et de l’exportation, en raison de ses différentes perspectives. Toutefois, l’accompagnement des pouvoirs publics est nécessaire, notamment par la mise en place d’unités de transformation à travers le territoire national, ce qui permettra de créer des postes d’emploi. Le président du CNIFT plaide en ce sens pour le développement de la filière, par la transformation à travers l’orientation des agriculteurs. «Nous avons un excédent de production. Nous avons prévu dans le plan d’action du CNIFT, le séchage de la tomate en cas d’excédent, c’est un produit très prisé à l’export.»

Pour la création d’unités  de transformation

L’intervenant lance un appel aux walis, «afin de faciliter la création d’unités de transformation».
Le CNIFT avait saisi par écrit l’ancien ministre de l’Industrie, pour booster les responsables locaux afin de faciliter la création de ces petites unités, sans retour, alors qu’il s’agit de développer le secteur et de contribuer à la promotion de nos produits, pour booster notre économie nationale grâce à ces petits investissements. Il relève ainsi que 75% de la tomate est produite à l’est du pays.
«Notre stratégie au CNIFT porte sur la création d’autres pôles de tomate. Avec l’implantation d’unités, nous avons l’avantage de la transformation de la tomate séchée par des moyens modernes», dit-il encore. En effet, deux investisseurs à El-Oued attendent la création d’une unité de transformation depuis près de 3 ans, alors que la wilaya d’Aïn Defla, dont la production de tomate industrielle a atteint 3.500.000 quintaux sur une superficie de 2.600 ha, ne dispose pas d’unité de transformation de tomate.
M. Mazouzi insiste sur la nécessité de créer des pôles dans toutes les wilayas, afin de suivre la politique d’étalement de la production durant toute l’année, et de promouvoir et développer des petites unités de séchage de tomate, précisant que la durée de vie de la tomate industrielle transformée peut aller jusqu’à 3 ans.
S’agissant de la production de tomate industrielle, il déplore le retard de paiement des agriculteurs par les conserveurs depuis septembre dernier. «Le dispositif de l’État prévoit une prime de soutien pour l’agriculteur de l’ordre de 4 DA/kilo livré et que l’on associe au paiement du conserveur qui est de 12 DA/kilo réceptionné, pour qu’après l’ONILEV libère cette prime.
Les conserveurs bénéficient eux aussi d’une prime de 1,50 DA/kilo, en guise d’encouragement et de soutien à la filière. Le CNIFT appelle à dissocier les deux paiements : transformateur/ONILEV», suggère-t-il.
Selon lui, priver les agriculteurs et particulièrement «les tomatiers» de la prime et le règlement de leurs livraisons aux conserveries se répercutent négativement sur l’achat des intrants (particulièrement l'engrais).
Enfin, le président du Conseil national interprofessionnel de la filière tomate s’engage pour «la promotion et le développement de cette culture, à travers l’accompagnement des agriculteurs, la prise en charge de leurs préoccupations et la collecte des données nécessaires à l’élaboration d’une feuille de route devant guider, à l’avenir, l’activité de la filière».
Neila Benrahal

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