Dossier de la mémoire : Pour une excuse globale et définitive de la France

Tlemcen : Les restes mortuaires de cinq martyrs exhumés

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Nombre de Français et d’Algériens sont en «attente» d'une «excuse globale et définitive» de la part de la France, a soutenu mercredi, le député français et membre du Parti communiste français (PCF), Jean-Paul Lecoq, déplorant la politique «des petits pas» menée par le président français, Emmanuel Macron, sur la question mémorielle en Algérie. «Les relations entre la France et l’Algérie sont très complexes, mais doivent être remises à plat une bonne fois pour toutes. L’idée portée par le Gouvernement français ne va pas assez loin. Si le rapport de Benjamin Stora est très intéressant, il ne constitue pas en tant que tel, une réponse à la complexité de nos relations. Beaucoup de Français, et, je pense, d’Algériens attendent une excuse globale et définitive de la part de la France», a déclaré J-P Lecoq dans un entretien exclusif à La Patrie News.
Ce pas, a-t-il ajouté, «permettrait d’avancer enfin ensemble, de se réconcilier et de construire une relation saine, tournée vers le futur, mais qui n’ignorerait plus les blessures et les séquelles du passé», assurant que «la réconciliation franche ne pourra être faite qu’à cette condition».
Tout en rappelant qu'«en 132 ans de présence coloniale en Algérie, la France a fait subir aux Algériens les pires supplices», le député de Seine-Maritime a estimé qu'eu égard à ce passé fait de «pans entiers liés à la torture, aux disparitions forcées, aux crimes contre l’humanité et massacres, la page est impossible à tourner».
Interpellé sur la reconnaissance de la «responsabilité» de la France dans l’assassinat, en 1957, de l’avocat Ali Boumendjel, le militant communiste qualifie la stratégie du président Macron sur la question mémorielle en Algérie de «politique des petits pas», arguant de «l'absence» de remise en question globale et d'excuse quant à la colonisation française en Algérie.
Tout en faisant état de «gestes localisés et précis sur telle ou telle affaire» de la partie française, J-P Lecoq explicite encore : «Certes, ces gestes sont importants pour l’apaisement des relations algéro-françaises, mais au fond, ce que je redoute, c’est que tant que l’on ne remet pas en cause la colonisation et ses effets de manière globale, on sous-entend qu’il y a eu du positif dans la colonisation, ce que les communistes ont toujours refusé de croire».
Et de rappeler que M. Macron avait fait la «promesse» d'une reconnaissance qui ne serait pas «un acte isolé», tout en adoptant une «stratégie de reconnaissance sujet par sujet, geste après geste, qui lui permet d’avancer doucement sans remettre en cause, de manière totale, la colonisation et son système d’oppression raciste ainsi que l’exploitation d’une main-d’œuvre considérée comme inférieure».
«En tant qu’anti-impérialistes, les communistes ont toujours refusé la colonisation d’un pays par un autre, et c’est aussi l’une des racines de mon engagement pour l’autodétermination et la liberté du peuple sahraoui», relève-t-il, avant de commenter la récente décision du président français de «déclassifier» les archives de plus de 50 ans : «Comme je l'indiquais, Emmanuel Macron mène une politique de petits pas, mais loin de moi l’idée de considérer que ces derniers sont inutiles. Je milite pour la transparence de tous les Etats, et j’accueille toute déclassification de documents comme un événement positif qui va permettre aux chercheurs et aux personnes concernées de mieux comprendre certaines zones d’ombres du passé».
A la question de savoir pourquoi ce n’est que sous la présidence d’Emmanuel Macron que la «restitution de l'histoire de l’Algérie commence à avoir gain de cause», M. Lecoq est d'avis que «la question de la colonisation commence à devenir un sujet de plus en plus "historique" et donc de moins en moins "vécu directement"». Cela, explique-t-il, «au sens où la génération qui a vécu la Guerre d’Algérie s’éteint progressivement, laissant la place à une génération qui n’a pas vécu cela directement».
Il considère, en outre, que «pour les décideurs politiques, il est plus simple d’agir maintenant plutôt qu’il y a 10 ou 20 ans», avant de soutenir que «les déclassifications sont, par exemple, moins dangereuses pour du personnel fonctionnaire, potentiellement coupable d’exactions, encore en activité. Les découvertes qui y seront faites étant moins explosives pour l’opinion publique».
Et de faire observer, tristement, «un manque de courage politique douloureux», l’Etat français ayant attendu presque 60 ans après les accords d’Evian pour «avancer sereinement», avant de relativiser en «reconnaissant qu'au moins, les choses bougent enfin».
Le député français soutiendra enfin que «tant que l'Etat français ne remet pas en cause la colonisation en Algérie et ailleurs, de manière globale, cela sera toujours insuffisant».

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Tlemcen : Les restes mortuaires de cinq martyrs exhumés

Les restes mortuaires de cinq martyrs de la guerre de Libération nationale ont été exhumés dans diverses régions de la wilaya de Tlemcen, tandis que les fouilles pour retrouver les restes de deux autres sont en cours, a-t-on appris jeudi d'un responsable à la direction locale des Moudjahidine.
Une opération de fouilles pour retrouver des restes mortuaires de deux martyrs assassinés en 1958 par les forces coloniales a été lancée sur les hauteurs de la région de Mezzouza, dans la commune de Fellaoucene.
Les fouilles se déroulent en présence des autorités locales et des responsables de la direction des Moudjahidine ainsi que des représentants des diverses organisations et des membres de la famille des deux martyrs.
Aussi, les restes mortuaires de cinq chouhada de la guerre de Libération nationale ont été exhumés, après l'accomplissement de toutes les procédures judiciaires et l'obtention des autorisations nécessaires, en vue de leur réinhumation aux carrés des martyrs.
Le 8 mars dernier, les ossements d'une chahida, Dahmani Rabiaa, ont été exhumés dans la région de Nedroma. Le lendemain, les ossements d'un autre martyr, Bouknadil Ahmed, ont été exhumés dans la région d'Ain Fettah, relevant de la daïra de Fellaoucene.
Les restes mortuaires des deux martyrs seront réinhumés au carré des martyrs de cette même daïra, lors de la célébration de la Fête de la victoire, coïncidant avec le 19 mars de chaque année, a-t-on précisé.
Par ailleurs, les restes mortuaires de trois autres chouhada ont été exhumés dans la commune de Souk Tleta. L'identification de trois martyrs par le médecin légiste est en cours, selon le responsable.
La région de Fellaoucene, située à 36 km au nord-ouest du chef-lieu de wilaya, est connue par sa célèbre bataille qui a eu lieu le 20 avril 1957 et qui a duré trois jours. Les historiens estiment que c'est une véritable épopée dans l'histoire de la Révolution durant laquelle un nombre très réduit de moudjahidines de la wilaya V historique, avaient occasionné d'importants dégâts soldats français engagés en grand nombre dans cette bataille.

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