Célébration du 41e anniversaire du printemps amazigh : D’importants acquis ont été réalisés

  • Le Pr Djellaoui, enseignant  à l’Université de Bouira : L’Académie de langue ouverte sur la recherche
  • Chaîne IV de la télévision nationale : Produire des films relevant la diversité linguistique
  • Tizi Ouzou : Consolider l’unité nationale
  • Ghardaïa : Lenteur dans la promotion de la culture
  • Illizi : Tamahaq, un patrimoine ancestral
  • Béchar : Sauvegarder tachelhit, langue des ksour de la Saoura

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Le Pr Djellaoui, enseignant  à l’Université de Bouira : L’Académie de langue ouverte sur la recherche

Le chercheur et enseignant de tamazight à l'université de Bouira, Pr Mohamed Djellaoui, a indiqué que la promotion de la culture et de la langue amazighes a réalisé d'importants acquis, malgré quelques carences, appelant à s'ouvrir davantage sur la recherche universitaire.

Nommé en janvier 2019 à la tête de l'Académie algérienne de la langue amazighe (AALA), M. Djellaoui a saisi l'occasion pour rendre un vibrant hommage à tous les militants de la cause amazighe, pour que cette langue atteigne ses principaux objectifs. «C'est grâce aux efforts de lutte et à tous les sacrifices consentis depuis de longues années, que d'importants acquis ont été réalisés, comme l'officialisation de tamazight, la consécration de Yennayer fête nationale et officielle et l'introduction de cette langue dans le système éducatif», a-t-il affirmé, dans un entretien à l'APS. La création de départements de littérature et de la langue amazighes dans diverses universités algériennes, et l'ouverture de l'audiovisuel, ainsi que des éditions d’ouvrages et de recherches en tamazight «sont aussi des acquis à valoriser davantage».
M. Djellaoui a jugé «insuffisants», les acquis atteints jusque-là, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les efforts pour généraliser l'enseignement de tamazight dans le système éducatif, avec l'abrogation indispensable de son caractère facultatif. «Ce caractère facultatif freine la promotion de la langue et de son enseignement dans le pays. Nous devons aussi nous ouvrir plus sur la recherche universitaire en créant des laboratoires de recherche qui prennent en charge les questions en suspens, pour donner à tamazight ses pleins droits en tant que langue nationale et officielle, et l'introduire dans divers domaines, en particulier les institutions de l'État, telles que la justice et d'autres services publics», a-t-il souligné.

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Chaîne IV de la télévision nationale
Produire des films relevant la diversité linguistique

Le directeur de la Chaîne IV de la télévision nationale, Youcef Athmane, a affirmé que l'enjeu de la phase actuelle est de produire des films de haute qualité mettant en valeur la diversité linguistique de l'Algérie. En plus de donner aux artistes l'opportunité d'exprimer leur talent, le cinéma joue un rôle important dans la transmission des différents types de messages au téléspectateur, connu pour être plus réactif au cinéma qu'à la télévision. Dans un entretien à l'APS, à l'occasion du 41e anniversaire du printemps berbère, M. Athmane a indiqué que dans sa nouvelle orientation, la chaîne TV4 tend à renoncer au doublage des feuilletons, films et documentaires, et à éviter, au maximum, de recourir aux archives pour remplir sa grille de programmes. Elle aspire également à s'ériger en tribune de la diversité linguistique, précisant que cette même différence se veut «un facteur à même de consolider l'unité et la cohésion nationales». Le message de la chaîne est purement médiatique en ce sens qu'elle tend à rapprocher ces différents dialectes, a-t-il fait savoir, saluant, par la même occasion, les efforts consentis pendant 11 ans d'existence pour enrichir la grille des programmes de la chaîne Tamazight, notamment ces deux dernières années, pour répondre aux aspirations des différentes franges de la société. Il a rappelé, dans ce sens, la diffusion depuis janvier dernier de la première émission hebdomadaire «ArracNegh» (nos enfants), destinée aux enfants. La chaîne a lancé un nouveau programme «Azar N'tdoukli» (les racines de l’unité), supervisé par des chercheurs, des linguistes et des intellectuels. En sus des journaux télévisés et des émissions traitant des différents sujets s'intéressant principalement aux citoyens, la grille des programmes comporte également «Tasrthith» (la politique), une émission dédiée aux questions internationales. Une grille des programmes a été élaborée, à l’occasion du mois de Ramadhan. À cet effet, 6 films, un feuilleton, quatre émissions documentaires et deux sitcoms ont été produits, précise le directeur de la chaîne, qui a affirmé que la pandémie de Covid-19 avait causé un «recul» en matière de production.
S’agissant de la célébration du printemps amazigh «20 avril», une émission de 90 minutes a été réalisée sur les acquis du tamazight, en sus d’un bilan de 25 ans du Haut-Commissariat à l'amazighité (HCA), qui a œuvré, depuis sa création, à l’accompagnement des efforts de l’État dans la promotion de la culture et de l’identité nationales.

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Tizi Ouzou
Consolider l’unité nationale

La célébration du 41e anniversaire des événements du 20 avril 1980 s’est déroulée hier à travers l’ensemble des localités de Tizi Ouzou. La journée est marquée par des hommages à tous les militants de la cause identitaire nationale, au même titre que l’arabe et l’islam. La consécration de Tamazight comme langue nationale et officielle, un fondement pour lequel des générations se sont consacrées et lutté, depuis le mouvement nationaliste jusqu’au moment de la reconnaissance de cette culture millénaire du peuple algérien est là une décision sage, courageuse et historique qui ne maquera pas de cimenter davantage l’unité nationale. L’institutionnalisation de Yennayer comme journée nationale fériée, chômée et payée est venue pour renforcer davantage ce processus de réappropriation identitaire dans notre pays, enclenché d’une manière effective et concrète par l’État déterminé à réconcilier le peuple avec son identité millénaire et l’immuniser contre toute tentative et tentation de division et de déstabilisation. Grâce à ces historiques et courageuses décisions en faveur de Tamazight, cette dernière est désormais unanimement adoptée par les Algériens et Algériennes, et la nécessité de sa promotion et prise en charge effective n’est plus la revendication exclusive des militants seulement, mais elle est devenue une quête consensuelle de tout le peuple algérien.
Durant ces dernières années, la célébration de Tafsut Imazighen revêt un caractère particulier, du fait du passage de notre identité du stade de la revendication à celui de la consécration effective, avec la constitutionnalisation de Tamazight. Tamazight est consacrée depuis le mois de février de l’année 2016, langue nationale et officielle dans la nouvelle Loi fondamentale. Dès lors que Tamazight est consacrée langue nationale et officielle, son enseignement est assuré à travers le territoire national et Yennayer consacré fête nationale.
Les académiciens ont beaucoup à faire au profit de cette langue.
Bel. Adrar

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Ghardaïa
Lenteur dans la promotion de la culture

La promotion de la culture et de la langue amazighes dans la région de Ghardaïa fait son petit bonhomme de chemin, même si elle connaît une lenteur, estiment de nombreux amazighophones de la région du M’zab. Les défenseurs de la culture amazighe soutiennent l’élargissement du champ de l’utilisation de cette langue maternelle dans les différents domaines de la vie, tout en encourageant les recherches sur le patrimoine identitaire des Amazighs. La langue amazighe, corpus linguistique millénaire, partie intégrante du patrimoine culturel national, doit être «obligatoire» et «généralisée» dans tous les secteurs de la vie quotidienne, avec la mise en place d’une stratégie visant son épanouissement par la standardisation linguistique, la disponibilité des manuels pédagogiques et des moyens audiovisuels pour son enseignement, a souligné H. Mahfoud, un jeune universitaire à Ghardaïa. Pour S. Bakir, un jeune fonctionnaire, les recherches sur le patrimoine identitaire des Amazighs et la langue, ainsi que des publications et autres programmes radiophoniques en tamazight ont vu le jour, ces derniers temps sur l’initiative de nombreux jeunes de la région. Dans ce contexte, un producteur à la radio de Ghardaïa, Youcef Lassaker, a réussi à traduire l’œuvre du poète de la révolution Moufdi Zakaria, l’Iliade, vers l’amazigh local et sera publiée prochainement, de même qu’un chercheur en patrimoine linguistique du Ksar de Melika, Brahim Abdeslam, qui a édité dernièrement un recueil de devinettes en tamazight du M’zab. La langue amazighe locale est fortement pratiquée entre les citoyens à différents niveaux, à travers la promotion de l'utilisation de cette langue dans les supports d’information et de communication, en particulier les sites web, la radio et les réunions.
L’Algérie a réalisé des avancées «significatives» pour la promotion et l’enrichissement de l’enseignement de la langue amazighe dans toute sa diversité et ses 13 genres parlés en Algérie, a souligné Brahim Abdeslam.
Pour ce chercheur, «la promotion de la culture amazighe nécessite la conjugaison des efforts de l’ensemble des acteurs, institutions, individus et collectivités».

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Illizi
Tamahaq, un patrimoine ancestral

La société targuie dans le Grand Tassili N’Ajjer, s’étendant sur le territoire des wilayas d’Illizi et de Djanet, veille à la préservation du dialecte local, connu sous le nom de Tamahaq, en tant que patrimoine et legs étroitement lié à la culture amazighe des Imohag (Touaregs).
Face aux mutations induites par la modernité, la diversité des langues et dialectes et leur interaction, et donc du risque d’un impact négatif sur le parler targui authentique, des efforts sont déployés localement pour la sauvegarde de Tamahaq en tant que patrimoine culturel authentique, dont les calligraphies en Tifinagh figurent sur les gravures et peintures rupestres de Tidjelahine, dans les régions d’Iherir et Tadraret, dans les confins du Tassili.
C’est à ce titre justement qu’œuvre Amoud Slimani, chercheur dans le domaine du patrimoine amazigh de la région du Tassili N’Ajjer, à l’enseignement du parler targui dans son authenticité, plus particulièrement auprès de la jeune génération, par le biais de l’association «Anouar Satiaâ», fondée à cet effet, ainsi que l’édition de plusieurs de ses publications sur l’évolution du dialecte local, et tout ce qui l’a accompagné comme mutation socioculturelle.
M. Slimani a évoqué la contribution du dialecte targui au renforcement du sentiment d’appartenance et de la cohésion entre les membres de la société targuie en tant que creuset de la culture et de l’identité Imohag.

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Béchar
Sauvegarder tachelhit, langue des ksour de la Saoura

Tachelhit reste à ce jour la langue de communication des populations des ksour de la Saoura, notamment Béni-Ounif, Lahmar, Mougheul, Mazer, Igli, Boukais et surtout la localité agricole de Wakda (5 km au nord de Béchar).
Tachelhit reste la plus importante langue usitée dans ces Ksour, compte un nombre très important de locuteurs et reste transmise de génération en génération, constituant ainsi le socle des sociétés de ces localités, indiquent des chercheurs et universitaires locaux.
Dans ces ksour, Tachelhit est la langue de communication de tous les jours, car les enfants font son apprentissage dès leur naissance, d’où sa pérennisation et son ancrage dans ces sociétés, et ce malgré la prédominance de la langue arabe.
Cependant, il est constaté un manque criant de recherches et d’études liées à cette langue maternelle dans la région, d’où le besoin de création d’un laboratoire de recherches académiques au sein de la faculté des sciences sociales, consacrées au parler Korandji et à Tachelhit, comme a tenu à le faire savoir M. Yahiaoui, enseignant de sociologie à l’université Tahri-Mohamed de Béchar.

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