Ammar Belhimer : « Notre pays a depuis toujours refusé la soumission et le diktat d’où qu’ils viennent »

Entretien réalisé par Neila Benrahal

Ammar Belhimer, ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement revient, dans cet entretien, sur les grands thèmes des reformes de son secteur. Les questions portent sur une somme très variée de thèmes portant sur l’éthique, la déontologie, la liberté d’exercice et l’accompagnement pour la modernisation du secteur de la communication avec le passage au numérique. Il y explique pourquoi le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, considère ce secteur comme un axe stratégique de la Nouvelle Algérie. Sur le plan extérieur, le ministre réagi au climat offensif que subi l’Algérie sous de multiples formes, cyberattaque ou campagnes de dénigrement relayées par des sources internes, et explique les motivations.
En réponse sur la ligne de communication adoptée face à la pandémie, le professeur Belhimer donne plus de détails sur la démarche du commandement stratégique et les deux niveaux de décision sous l’autorité du président de la République et sur la notion de droit international qui consacre les mesures dérogatoires face à ce qui est vécu comme un «danger public exceptionnel» et ses corolaires.
Parmi les sujets sensibles, le ministre décline les dix principaux chantiers qui devront modifier le paysage national de la communication sur la base des engagements du président de la République. Et sur un autre registre, celui de l’économie, le ministre met en exergue l’impératif d’assainissement du secteur par des assises juridiques pour encadrer le cadre conventionnel qui permet à tout éditeur d’accéder à la publicité de l’Etat.

  • La communication, en ce temps de globalisation où les nations sont mises en concurrence féroce, est devenue une véritable arme de guerre. Nous avons eu à le constater lors des différentes campagnes médiatiques qui ont ciblé le pays. Quelle réponse peut-on envisager devant cette menace ?
    Vous soulevez l’une des problématiques majeures qui marque notre temps et l’actualité dans le secteur de la communication érigée, malheureusement en moyens offensifs contre notre pays en raison de la fidélité à ses principes. Ceci dit, je tiens à vous rassurer que l’Algérie nouvelle, telle que déclinée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a bien évalué l’importance des enjeux à l’ère des guerres médiatiques, à visée néocolonialiste, et des cyber-attaques.
    Dans ce contexte, il est nécessaire de rappeler que le chef de l’Etat fait de la communication l'un des axes favoris de la nouvelle République à travers la création d'un environnement favorable au renforcement du professionnalisme des médias et des journalistes.
    Dans son programme, contenant 54 engagements essentiels, le président de la République accorde un intérêt particulier au secteur et aux professionnels des médias traditionnels et nouveaux.
    Ce programme met ainsi l'accent, notamment, sur la nécessité de respecter le droit à l'information et la liberté d'exercice, dans le respect des règles éthiques et de la déontologie de la profession.

  • A l’aube de la Nouvelle Algérie, cette donne est-elle prise en compte par les pouvoirs publics ? Pouvons-nous avoir quelques éléments de la stratégie des autorités pour répondre à cette exigence ?
    S’agissant des campagnes médiatiques et de dénigrement ciblant l’Algérie, il faut savoir que ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Nous sommes le pays de la résistance et nous en payons les frais, en connaissance de cause.
    Il est clair que de par son rôle moteur dans l’accélération du processus de libération nationale et d’autodétermination, ainsi que son statut de leader régional, à potentiels économique et humain considérables, notre pays a depuis toujours refusé la soumission et le diktat d’où qu’ils viennent.
    L’Algérie a toujours assumé ses positions politiques tant sur le plan régional qu’international. Des positions immuables contre toute forme de colonialisme et en faveur du droit des peuples de décider d’eux-mêmes, de la non-ingérence dans les affaires internes, de l’encouragement du développement de la partie sud de la planète…
    Mais la meilleure façon de répondre à ces attaques médiatiques, basées sur la rumeur et les contrevérités, c’est le travail et l’obligation de résultats. Et c’est ce que nous nous appliquons à faire.
    C’est tout le sens du dispositif légal et pénal qui a été mis en place pour combattre le phénomène des fake-news et deep-fakes, ainsi que la diffamation, l’insulte et l’atteinte à la vie privée, que cela se produise dans la presse conventionnelle ou électronique. Ce cadre juridique concerne également les réseaux sociaux.
  • La communication institutionnelle est, longtemps, restée bloquée dans une logique anachronique centralisée qui a engendré une quasi-rupture entre les professionnels et les institutions. Les médias se plaignent souvent de l’hermétisme des sources d’informations officielles. Un état de fait qui alimente la rumeur et les fake-news et décrédibilise les médias traditionnels, au bénéfice des réseaux sociaux. La création du poste de porte-parole du gouvernement peut-elle être interprétée comme une volonté ferme de mettre fin à cette situation préjudiciable aux deux partenaires que sont la presse et les pouvoirs publics ? Pouvez-vous nous donner plus de détails sur le rôle et les prérogatives du porte-parole du gouvernement ?
    Sur le plan institutionnel, notre stratégie de communication tend, tout d’abord, à informer le citoyen sur les politiques publiques et les programmes de développement afin de l’impliquer dans la dynamique insufflée pour la relance socio-économique.
    Nous œuvrons aussi à renforcer la communication entre institutions pour parvenir à accorder davantage de coordination et de synergie au travail du gouvernement. La cohésion et la cohérence manquaient terriblement dans un passé très proche durant lequel un haut responsable faisait une déclaration le matin pour se voir contredire l’après-midi par un de ses collègues.
    A cet effet, de nombreux journalistes et spécialistes des médias ont été désignés à des postes supérieurs dans différentes institutions de l’Etat, dont la Présidence de la République, afin de contribuer à l’élaboration d’une stratégie de communication efficace et réussir sa mise en œuvre.
    La désignation d’un porte-parole du gouvernement s’inscrit justement au centre de cette stratégie. Cette fonction vise, d’une part, un rapprochement entre le peuple et son Etat à travers la vulgarisation des informations relatives aux politiques publiques et aux différents programmes de développement, et d’autre part, une facilitation de l’accès des médias à l’information institutionnelle en ayant un vis-à-vis officiel et permanent.
  • En matière de communication institutionnelle, comment s’organise la coordination entre le porte-parole du gouvernement et le responsable de la communication du ministère ? Allons-nous vers une redéfinition des fonctions de directeur de la communication et d’attaché de presse ?
    Les deux postes sont très différents. Un porte-parole du gouvernement a pour mission d’expliquer et de promouvoir le travail du gouvernement auprès de l’opinion publique.
    Il s'exprime régulièrement sur l'ensemble des domaines d'action et des sujets d'actualité. Il est chargé, en outre, de rendre publiques les décisions et les mesures prises lors des Conseils de gouvernement. L’attaché de presse est, pour sa part, l’interphase entre les médias et une institution donnée. Son travail consiste notamment à synthétiser les réunions présidées par son ministre, la rédaction des communiqués de presse et l’organisation des conférences et points de presse.
    Il a pour tâche également de soumettre les demandes d’interviews au ministre.
  • La communication relative à la pandémie du nouveau coronavirus a connu deux phases bien distinctes. Au début de la pandémie la stratégie adoptée a permis une mobilisation large de toutes les institutions, du mouvement associatif et des citoyens. Dans une parfaite cohésion et par le biais d’une solidarité sans faille, l’Algérie a fait face à ce nouveau fléau. Mais au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, des failles sont apparues et un certain fléchissement de cette mobilisation, à divers niveaux, a été constaté. Faudrait-il, aujourd’hui, tout en évitant le discours alarmiste, passer à une stratégie de communication ?
    Sur cette question précise qui a surpris l’ensemble de notre planète, il faut rappeler que l’Algérie a été parmi les premiers pays à prendre des mesures salutaires en fermant ses frontières et en décrétant le confinement. Cela s’est fait dès le début de la prolifération du virus Covid-19 dans certains pays européens voisins.
    Trois hiérarchies de commandement ont vu le jour dès la découverte du premier cas épidémiologique dans notre pays : stratégique, opérationnel et tactique.
    Le commandement stratégique a sollicité deux niveaux de décision, sous l’autorité du président de la République : le Haut Conseil de sécurité et le gouvernement.
    Ce niveau de commandement stratégique est requis parce que nous sommes face à ce que le droit international consacre comme «danger public exceptionnel» menaçant l’existence d’une nation pour reconnaître aux Etats des mesures dérogatoires aux obligations inhérentes aux droits civils et politiques admis par le Pacte international de 1966 (droits de réunion, de circulation et de manifestation).
    Le cadre légal général est la prévention des risques majeurs et la gestion des catastrophes, qu’elles soient naturelles, environnementales, humanitaires, alimentaires (vache folle) ou sanitaires.
    La notion de «risque majeur» est associée à celle «d’aléas naturels exceptionnels et/ou du fait d’activités humaines», dont «les risques portant sur la santé humaine».
    «Les dispositifs et mesures de droit mis en œuvre pour assurer les meilleures conditions d’information, de secours, d’aide, de sécurité, d’assistance et d’intervention de moyens complémentaires et/ou spécialisés» sont considérés comme des «actes d’intérêt public».
    Nous sommes ainsi devant ce qui s’apparente à plus grave qu’un «état d’urgence sanitaire», puisque le péril est plus qu’imminent, il est là.
    Autre institution sollicitée : l’exécutif, à sa tête le Premier ministre. Ce dernier a, dès le 21 janvier, pris une circulaire appelant les services compétents à la vigilance et aux premières mesures de pistage.
    Le commandement opérationnel est coiffé par un comité scientifique, installé le 23 mars 2020 et présidé par le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière (MSPRH), le Professeur Abderrahmane Benbouzid.
    Les missions qui lui ont été confiées sont les suivantes : I) veiller au suivi continu de l’évolution de la pandémie de Covid-19 ; II) proposer toute recommandation et proposition en rapport avec la prévention et la lutte contre le Covid-19 ; III) organiser un point de presse quotidien sur l’évolution de la situation du Covid-19.

    Le Comité scientifique a pris en charge trois grandes préoccupations :
    - Un suivi quotidien basé sur des indicateurs et appuyé par la mise en place d’une cellule opérationnelle au sein du MSPRH :
    Ces indicateurs ont, principalement, porté sur le suivi de l’évolution i) de la situation épidémiologique ; ii) de l’offre de soins par rapport au processus de décentralisation du diagnostic virologique et aux capacités existantes et mobilisables pour la prise en charge des patients ; iii) de l’état des approvisionnements en moyens et équipements de protection, de diagnostic, de traitement et de réanimation.
    Ce suivi a été facilité par la mise en place d’une cellule opérationnelle composée de trois unités de veille (surveillance épidémiologique, gestion des lits et des patients, approvisionnements) appuyée par une plate-forme informatique pour la collecte et le traitement des données en temps réel.
    - Un souci constant du partage de l’information avec les partenaires sociaux et de l’association des experts nationaux :
    L’adhésion de l’ensemble des professionnels de la santé a été jugée cruciale. C’est pourquoi, le comité scientifique a entrepris une série de rencontres d’information avec les partenaires sociaux et sollicité, de façon régulière, l’avis des experts nationaux de différentes spécialités qu’il a associés à l’élaboration des directives techniques.
    - Un souci d’une information transparente sur la situation épidémiologique :
    Considérant le caractère sensible de la communication, notamment en situation de crise, le comité scientifique s’est attaché à tenir des points de presse quotidiens et à intervenir régulièrement dans les différents médias.
    Cette action stratégique a été facilitée par le rôle du ministère de la communication dans l’organisation de l’accès aux spécialistes, aux experts et aux membres du conseil scientifique dans les différents médias dans le but de permettre aux citoyens d’être régulièrement informés sur l’évolution de la situation épidémiologique, d’accroître leur prise de conscience sur les risques encourus et d’appliquer les mesures de prévention.
    Cette réactivité a donné ses fruits et évité la catastrophe au pays.
    La mobilisation des moyens humains et matériels de lutte et de prévention contre la Covid-19, a été accompagnée d’une stratégie de communication impliquant l’ensemble des institutions civiles et militaires, ainsi que les médias et la société civile.
    L’objectif consistait à faire prendre conscience au citoyen de son rôle fondamental dans sa propre sauvegarde et celle des autres, et ce, en respectant les consignes de prévention et d’hygiène.
    Le bilan du nombre de morts et de contaminés aurait pu être beaucoup plus lourd si ce n’était la célérité de la prise de décision. Une sagesse ayant permis de faire face à un virus qui paralyse la planète entière et secoue les économies les plus puissantes.
    Cette mobilisation générale conduit à une maîtrise de la situation sanitaire du pays. Cela a contribué surtout à maintenir le bilan des contaminations à une échelle modérée en comparaison avec les pics enregistrés dans d’autres pays.
    L’élan de solidarité dégagé spontanément entre citoyens a, lui aussi, contribué à contenir les conséquences de la pandémie.
    Cela dit, le danger subsiste encore. Je saisis cette opportunité pour inciter nos citoyens à continuer de faire montre de vigilance et à respecter les gestes barrières, la distanciation physique et les règles d’hygiène.
  • Quelle sont les chantiers prioritaires dans votre projet d’assainissement du paysage médiatique national ?
    Notre plan d’action comprend 10 axes ou chantiers visant la réforme du secteur de la Communication, conformément aux engagements du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.
    Le premier chantier concerne le consensus conceptuel pour une pratique sereine et apaisée du métier qui concilie liberté et responsabilité.
    Le professionnalisme des médias a pour base de départ le civisme ou, plus globalement ce qu’on appelle communément la chaîne de valeurs éducatives qui rendent heureuse la vie en société. Le respect, la démocratie, la sécurité physique et affective, l’égalité des chances, le respect de la vie privée, le secret de la correspondance sont parmi les conditions requises d’une vie sociale harmonieuse à laquelle les médias doivent concourir, à l’exclusion de toute autre valeur.
    La haine, le racisme, le régionalisme, le sectarisme, la violence expressive et toute autre forme d’exclusion représentent l’exacte exécrable antithèse de cette chaîne des valeurs éducatives ; il convient de les combattre sans relâche.
    Le second chantier porte sur la garantie du droit à l’information dans un cadre pluraliste, ainsi que la moralisation de la pratique journalistique, loin de toute pratique monopolistique et d’intrusion d’intérêts financiers incompatibles avec le pluralisme.
    Le troisième chantier s’intéresse à combler le vide juridique prévalent dans le secteur pour encadrer la presse écrite et électronique, l’activité des chaînes de télévisions privées et des agences de conseil en communication, outre la régulation du marché de la publicité.
    Le quatrième chantier concerne, quant à lui, l’accélération de la transition finale vers la communication numérique, alors que le cinquième sera consacré à l’activation de la communication institutionnelle.
    Le sixième chantier porte sur l’extension du réseau de l’information de proximité pour renforcer la démocratie participative. Le septième chantier est celui de la promotion de la formation et de la qualification. A cet effet, nous avons entamé la réactivation du Fonds d’aide à la presse, gelé depuis 2014.
    Les huitième et neuvième chantiers portent respectivement sur l’amélioration de l’image de l’Algérie à l’étranger et la restauration de sa place dans les fora internationaux et la réglementation de l’activité du sondage d’opinions, dépourvue de cadre juridique et de réalité économique claire.
    Enfin, le 10e et dernier chantier consiste à aider les hebdomadaires et les publications spécialisées, confrontés à d’énormes problèmes de financement.
    La plupart des chantiers sont bien avancés, notamment ceux visant à mettre en place un cadre juridique adéquat pour régir le secteur de la presse électronique, la mise à jour des statuts de TDA pour la commercialisation des produits offerts par Alcomsat1, la publicité, le sondage, etc.
  • Vous avez annoncé une réforme profonde de la presse publique. S’il est de notoriété que le problème fondamental de ce secteur est d’ordre structurel, il n’en demeure pas moins qu’il y a, en parallèle, urgence à repenser la relation entre médias publics et gouvernants. La presse publique, marquée par la pensée socialiste des premières années post-indépendance, a été conçue lors des deux dernières décennies comme un simple relais des activités officielles. A-t-on engagé une réflexion pour redéfinir cette relation ?
    Il importe de rappeler que dans l’Algérie nouvelle il n’existe pas de différence entre médias publics et médias privés. Ce sont des partenaires ayant pour mission commune le raffermissement de la liberté d’expression et la promotion du droit à l’information. Les médias publics audiovisuels et écrits sont appelés à être réorganisés de manière profonde. C’est l’époque qui l’exige et qui implique de les moderniser et de les transformer en entreprises organisées en portails numériques offrant des produits variés. C'est-à-dire une offre basée sur le texte, le son et l’image, ce qui est une règle valable pour tout le monde : presse écrite imprimée, sites électroniques, radios et télés.

    Une fois assainies, ces médias publics devraient se diversifier et produire de la richesse pour ne plus avoir à dépendre du budget de l’Etat.
    Les chantiers de la réforme tiennent de deux grandes préoccupations :
    1- le raffermissement de l’exercice démocratique ;
    2- l’encadrement juridique des activités de communication.

    Au titre de la première préoccupation, nous avons retenu :
    - Le renforcement du cadre référentiel (au titre de la vision constitutionnelle) ;
    - La préservation du cadre pluriel et concurrentiel de l’activité de communication (loin des abus de positions dominantes et des concentrations) ;
    - Le développement de la communication institutionnelle ;
    - Le développement de la communication de proximité.

    Au titre de l’encadrement juridique des activités de communication, nous pouvons citer :
    - La codification de l’activité de presse électronique multimédias (écrite, web radio et web télé) ;
    - Une loi sur la publicité ;
    - L’encadrement de l’activité de sondage d’opinion ;
    - Une assise juridique pour les agences de communication ;
    - L’autorégulation de la presse écrite : Conseil national de la presse écrite (CNPE) ;
    - Le rapatriement juridique et technologique des chaînes de télévision privées.
  • La crise financière que connaît le pays depuis 2014 a mis à nu la fragilité de la presse privée. Des titres ont ainsi disparu alors que d’autres sont toujours sous la menace d’une liquidation. Cela renvoie, selon les spécialistes, aux conditions même de sa création, à l’époque de ce qu’on a qualifié d’aventure intellectuelle. En Algérie, dans la grande majorité des cas, ce sont les titres qui ont tenté, avec plus ou moins de bonheur, de créer une entreprise, alors que les standards internationaux exigent l’inverse. Ne faudrait-il pas revoir la loi sur l’information de manière à garantir la pérennité de ces entreprises et mettre fin, par la même, à la précarité des travailleurs, pas seulement les journalistes, de ces organes de presse ?
    La disparition des entreprises qu’elles soient des médias ou autres est un phénomène naturel et mondial qui a toujours existé. Il est tout à fait normal que des titres s’éclipsent pendant que d’autres voient le jour. Cette loi économique est due notamment à une incapacité d’évoluer, de renforcer sa part de marché, de fidéliser et d’élargir sa clientèle auprès des lecteurs ou des téléspectateurs. Autrement dit de faire face à la concurrence et à ses aléas.
    La crise financière affectant la presse écrite est une réalité qu’on observe dans tous les pays. Elle résulte d’un ensemble de facteurs économiques notamment par la cherté du papier et une évolution de la presse électronique qui séduit une part importante de consommateurs grâce aux TIC, cette crise financière va sans doute perdurer. Justement, la décision du ministère de la Communication d’apurer récemment les créances publicitaires des journaux, en raison de la conjoncture exceptionnelle que traverse la presse nationale, s’inscrit dans le cadre des efforts de soutien de l’Etat algérien à la presse. Cependant, l’Etat ne peut pas et ne doit pas intervenir pour soutenir tel ou tel journal au détriment des autres. C’est aux propriétaires de savoir gérer leur entreprise et la pérenniser.
    Par contre, le rôle de l’Etat est de réguler l’activité des journaux, de veiller au respect de la réglementation en vigueur et des règles de la concurrence, ainsi qu’à l’équité dans l’accès à la publicité publique.
  • Professionnaliser la presse audiovisuelle figure-t-elle parmi vos priorités et qu’elle est la matrice de votre démarche dans cette optique ?
    L’urgence de réguler cette activité est dictée par le traitement subjectif et contraire à la déontologie, voire subversif, de certaines chaînes privées à l’encontre de notre pays. Cela permettra l’encadrement de ces chaînes privées par la loi algérienne et contribuera à l’amélioration de l’exploitation des capacités du satellite « Alcomsat-1 ». A cet effet, la révision de la loi organique sur l’information va inévitablement engendrer la révision de la loi relative à l’audiovisuel, notamment en ce qui concerne l’élargissement du champ audiovisuel au privé pour englober les chaînes à caractère général et non plus thématique, comme elles sont injustement qualifiées aujourd’hui.
    Il faut savoir que, les cinquante chaînes privées existantes actuellement sont régies par le droit étranger. Six chaînes sont titulaires d’une accréditation provisoire pour l’ouverture de bureaux de représentation en Algérie.
    Ces accréditations ne peuvent pas faire foi d’autorisations pour la création de chaînes de télévision.
    Concernant le volet réglementaire, il est nécessaire de rappeler que les chaînes de télévisions publiques et privées, activant en Algérie, sont régies par trois textes réglementaires encore ineffectifs. Le premier décret exécutif fixant les conditions et les modalités de mise en œuvre de l’appel à candidature pour l’octroi de l’autorisation de création d’un service de communication audiovisuelle thématique, alors que le second fixe le montant et les modalités de versement de la contrepartie financière liée à l’autorisation de création d’un service de communication audiovisuelle thématique.
    Le troisième décret exécutif est celui portant cahier des charges générales fixant les règles imposables à tout service de diffusion télévisuelle ou de diffusion sonore. Un premier pas a été également franchi en direction du «rapatriement juridique» des activités des chaînes privées de télévision avec la modification des statuts de TDA. Alcomsat-1 est le premier satellite algérien de télécommunications répondant aux besoins des différents secteurs nationaux en matière de télécommunication. Il assure une couverture nationale et régionale (Grand Maghreb et Sahel). La durée de vie de ce satellite étant d’une quinzaine d’années (durée de vie optimale et standard de ce type de satellite), il est fondamental de définir une stratégie d’optimisation, d’exploitation et de commercialisation à court, moyen et long termes, et s’inscrire ainsi dans une approche tendant au renforcement de la souveraineté nationale dans un secteur très sensible et la rentabilité de ce satellite durant sa période d’exploitation.
    Le satellite Alcomsat-1 dispose de neuf transpondeurs (capacités de neuf bouquets de chaînes TV et radio) pouvant diffuser jusqu’à une centaine de chaînes, voire plus ; le nombre exact dépendrait de la qualité des chaînes à diffuser (standard définition (SD) ou haute définition (HD)) ainsi que de leur thématique (sport ou autre).
    Sur les neuf transpondeurs, deux sont exploités par l’établissement public depuis le 1er novembre 2018 pour la diffusion de deux bouquets des chaînes publiques.
    Par conséquent, il y a lieu d’exploiter les sept transpondeurs (capacités) restants. Les futures chaînes algériennes autorisées, conformément au cadre juridique et réglementaire existant, ne peuvent à elles seules constituer un panel «de clients» suffisant pour permettre un retour sur investissement et l’optimisation maximale de l’exploitation du satellite algérien Alcomsat-1.
    Le recours à la diffusion pour un objectif purement commercial de chaînes dont les régies finales de diffusion sont établies en dehors du territoire national sur Alcomsat-1 constituera une alternative pour l’optimisation de son exploitation et sa rentabilisation. Cependant, le cadre réglementaire institué par le décret exécutif n°12-212 du 9 mai 2012, modifié, fixant le statut de l’établissement public de Télédiffusion d’Algérie, ne permet pas la diffusion de chaînes dont les régies finales de diffusion sont établies en dehors du territoire national, et les chaînes télévisuelles « offshore » diffusant en Algérie, ne disposent pas d’autorisations, telles que prévues par les dispositions de la loi n°14-04 du 24 février 2014 relative à l’activité audiovisuelle.
    Aussi, afin de s’inscrire dans cette approche, le ministère de la Communication a modifié l’article 7 du décret exécutif n°12-212 du 9 mai 2012, modifié, fixant le statut de l’établissement public de Télédiffusion d’Algérie, pour lui permettre de conclure également après accord du ministre chargé de la Communication «tout contrat commercial à titre onéreux» afin de fournir une prestation de service de diffusion directe par satellite pour les services audiovisuels, par tout moyen technique approprié, la location des capacités satellitaires appropriées sur des satellites nationaux ou étrangers.
    De fournir aussi sur des satellites nationaux ou étrangers, des prestations de service de diffusion directe par satellite des programmes de chaînes audiovisuelles dont les régies finales de diffusion sont établies en dehors du territoire national.
    Les contrats commerciaux ci-dessus cités sont soumis en matière de contenu des programmes, aux obligations relatives au respect de l’unité nationale, de la sécurité et de la défense nationale.
    S’agissant de la modernisation et du redéploiement de la télévision publique, il a été procédé au lancement de plusieurs chaînes thématiques par l’Entreprise publique de la télévision (EPTV), comme celle d’"El Maarifa" et "TV6", outre la chaîne A3 qui a été érigée en chaîne d’information en un temps court.
  • L’idée de la chaîne de la Mémoire revêt pour vous une certaine importance ?
    Absolument. Dans la même perspective, cette chaîne de "la mémoire" a été tout récemment lancée constituant ainsi une consécration de l’approche du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune qui a déclaré que "celui qui ne connaît pas l’histoire de l’Algérie ne peut être affecté par les images médiatiques déformées que lancent certaines sites" et qu'"il est temps d’accorder à la jeunesse algérienne une chaîne consacrée à sa mémoire". La diffusion de ces chaînes passera prochainement de la simple diffusion (SD) à la haute définition (HD), après parachèvement des mesures administratives et techniques nécessaires à cette étape.
  • L’un des gros chantiers concerne la gestion de la publicité publique. Qu’elle est votre avis sur la gestion de cette manne qui a prévalue dans un passé récent et comment comptez-vous gérer cet épineux dossier et encadrer cette activité de manière à ne pas tomber dans les dérives du passé ?
    Seule la mise en œuvre d’un cadre juridique adéquat permettra l’organisation de la gestion de la publicité publique, longtemps entachée d’irrégularité et d’opacité.
    Il importe que la publicité, quasiment monopole de l’Etat, soit organisée sur le principe de l’égalité entre opérateurs.
    En attendant l’adoption du décret exécutif relatif à cette branche d’activité, l’ANEP a entrepris, en sa qualité de régie exclusive de l’Etat, de mettre en conformité l’accès aux annonces publiques avec les lois de la République, par une série de critères transitoires, quinze en tout, qui prendront effet à partir du 1er janvier 2021.
    Cette mesure s’inscrit dans la volonté des pouvoirs publics de mettre fin aux anciennes pratiques en arrêtant d’activer dans le non-droit, l’informel de la presse et les prête-noms, et à l’impératif d'‘‘assainir le secteur par une contractualisation basée sur des normes juridiques claires, des bases juridiques qui vont encadrer dorénavant le cadre conventionnel qui permet aux éditeurs, quel que soit le média, d’accéder à la publicité de l’Etat”.
    Les médias doivent ainsi disposer d’un registre du commerce, d’un agrément auprès du ministère de la Communication, d’une déclaration d’existence, de justifier de leur situation vis-à-vis des impôts, des attestations d’immatriculation au numéro d’identification des statistiques (NIS) et au numéro d’identification fiscale (NIF). Les critères portent également sur la situation des employés vis-à-vis des organes de la sécurité sociale, l’obligation de la publication des mentions légales régissant le tirage des journaux, la nature du journal (local, régional ou national).
    Au titre de la création des journaux, un critère énonce qu’une même personne morale de droit algérien ne peut posséder, contrôler ou diriger qu’une seule publication périodique d’information générale de même périodicité.
    Dans une perspective préventive de la lutte contre la corruption, la condamnation du directeur de la publication pour corruption peut engendrer la suspension de la publicité, de même que le recours au prête-nom interdit par la réglementation en vigueur ainsi que la diffamation, c’est-à-dire ne pas faire l’objet d’une condamnation infamante.
    Les critères fixent également le taux de la publicité attribué à une édition qui ne peut dépasser le tiers du nombre de pages de l’édition.
    Enfin le cadre contractuel repose sur les critères relatifs à l’éthique, la publication des comptes sociaux annuels et la nature de l’édition qui ne peut être celle d’un parti ou de toute autre organisation partisane ou associative.
  • On a vu ces derniers temps des journalistes arrêtés et placés en détention provisoire pour des faits qui n’ont pas de liens avec leurs activités journalistiques. Quelle interprétation donnez-vous à ces réactions ? Le journaliste algérien bénéficie-t-il d’une protection légale particulière dans l’accomplissement de sa mission d’information ?
    A mon sens, et je crois bien ne pas être le seul à le soutenir, la fonction de journaliste, au sens professionnel du terme, est un exercice qui ne doit pas se confondre avec les agissements d’un activiste, Cheval de Troie, qui utilise ce noble métier comme tenue de camouflage. Nos obligations de vigilance pour protéger notre pays ne nous permettent pas de laxisme devant ces agitateurs, quels que soient les théoriciens du chaos qui les programment et les soutiennent, ici ou à l’étranger.
    Comme je l’ai précisé dans un entretien accordé à vos confrères dernièrement, il n’existe pas de prisonniers d’opinion en Algérie.
    Et je ne suis pas le seul à être convaincu que seul un Etat de droit, à l’exclusion de tout autre logiciel de gouvernance, peut donner corps aux idéaux de démocratie, de justice et de progrès social qui ont toujours été les miens depuis cinquante ans.
    Je suis d’autant plus attaché à cet Etat que sa Loi fondamentale énonce à l’article 50 que «le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté».
    Il ne faut pas, pour des motivations occultes, faire l’amalgame entre l’emprisonnement d’un journaliste pour délit d’opinion et le caractère sacro-saint de la justice lorsqu’un délit est commis, quand bien même par un journaliste.
    Le journaliste a des devoirs et des droits garantis et protégés par la loi en sa qualité de professionnel de l’information. Mais lorsqu’il commet des délits il est justiciable comme tout citoyen qui enfreint la loi. Nul n’est au-dessus de la loi.
    Dans un communiqué, nous avions invité les parties à un procès impliquant un journaliste à user des voies de recours dans un climat apaisé, loin de toute politisation, de toute manipulation et de toute ingérence, notamment étrangère.
    Aussi, n’attendez pas d’un membre de l’Exécutif, de surcroît ancien professeur de droit, de s’immiscer dans le fonctionnement de l’institution judiciaire, qu’il s’agisse du respect du secret de l’instruction, ou de l’autorité de la chose jugée et ce, quel que soit le statut du justiciable.
    Des peines ont été prononcées dans des décisions de justice et les voies de recours légales ont été épuisées ; je m’abstiendrai naturellement de les commenter.
    Il s’agit ici d’autorité de la chose jugée par une institution, une autorité, un pouvoir disposant du double statut de l’indépendance et de la séparation des autres pouvoirs. Et toute mesure d’amnistie est du ressort du président de la République.
    Ces règles sont sacrées dans un Etat de droit qui ne mérite cette qualification que s’il assure à savoir l’effectivité de ses lois, d’une part et l’exécution de ses décisions de juste, d’autre part.
    Au-delà des quelques cas sanctionnés, la trame que portent certains combats est celle du chaos, avec les «printemps du désert» arabe et leurs appels récurrents à la période de transition qui passe par un processus dit «constituant», qui n’est rien d’autre qu’un saut vers l’inconnu.
    En effet, le logiciel constituant qui la porte est criminel.
  • Ces faits ont donné lieu à des vagues de réactions y compris d’ONG et d’institutions internationales. Quelles observations en tirez-vous ?
    Pour avoir publié quelques ouvrages sur la question, j’observe, comme vous, qu’aucun des pays ayant emprunté la voie du processus constituant issu des laboratoires atlantistes n’est sorti indemne de la partition territoriale et de la guerre civile.
    Les bouleversements préfabriqués – exportés principalement par les nouveaux acteurs du droit international que sont les organisations dites non-gouvernementales — révèlent chaque jour davantage leur caractère offensif contre-révolutionnaire. Plus particulièrement en direction de notre pays, des ONG qui ont pignon sur rue à Genève ou à Londres, des résidus irréductibles de l’ex-FIS (porteurs d’une «religiosité exploiteuse et habile», comme le soulignait Mostefa Lacheraf) travaillent d’arrache-pied pour propager les mots d’ordre de désobéissance civile, de troubles et de recours à la violence.
    Dans ce magma infecte, rassemblant la chose et son contraire, certains ne perdent pas espoir de capitaliser leur présence, assidue mais stérile dans le pôle dit de «l’alternance démocratique» pour récupérer à leur profit les gains attendus du «néo-Hirak». Ils cherchent à installer durablement leur hégémonie sur le formidable mouvement d’aspiration démocratique, d’espérance sociale et d’exigence ardente de plus de dignité.
    Leur ambition, malsaine, les met en infraction grave avec la Constitution, la loi sur les partis et plus largement l’ordre public. Elle les érige en pouvoir constituant, séditieux et de désobéissance civile.
    Il n’existe pas meilleure protection pour le journaliste que de respecter l’éthique et la déontologie dans l’exercice de sa profession. Il est inconcevable qu’un professionnel de la presse puisse avoir des démêlées avec la justice s’il exerçait son métier dans le respect de la loi.
    Durant l’année 2020, plusieurs communiqués ont été rendus publics par notre département ministériel, pour sensibiliser sur cette question cruciale qui est le respect de l’éthique et de la déontologie dans l’exercice du journalisme.
  • Pensez-vous que les notions d’éthique et de déontologie soient un chantier de l’ordre du possible ?
    C’est mon credo et je suis optimiste sur l’attachement des professionnels algériens dans l’exercice de leur noble fonction. Vous avez certainement dû remarquer que dans chaque entretien que j’avais accordé, depuis ma prise de fonction de ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, j’insiste sur le respect de ces notions d’éthique et de la déontologie de la profession de journaliste. Cela découle de ma conviction qu’il est impossible d’obtenir une presse professionnelle et performante sans ce respect-là.
    A cet effet, nous avions invité l’ensemble des acteurs du champ médiatique national à lancer une réflexion collective, sérieuse et constructive, visant à identifier les voies et moyens de pallier certaines pratiques anti-professionnelles entachant l’exercice du métier de journaliste dans notre pays.
    Pour nous, l’usage inconsidéré des pseudonymes ou encore l’ambivalence de la relation de travail avec les organes employeurs figure parmi les plus manifestes de ces pratiques anti-professionnelles. Il s’agit également de réfléchir pour trouver des solutions au phénomène émergent communément appelé «pages confidentielles», ainsi qu’au foisonnement des articles anonymes, provoquant le doute chez le lecteur autour de leur authenticité et de leur source. Il est donc impératif de favoriser, par attachement au principe d’autorégulation, une meilleure pratique du journalisme en Algérie par la rédaction d’une Charte algérienne consensuelle d’éthique et de déontologie pour régir le secteur de la presse.
    Nous demeurons convaincus qu’un travail de réflexion et de concertation responsable entre la tutelle et l’ensemble de la corporation (employeurs, journalistes, experts), peut permettre d’atteindre l’objectif tant escompté, consistant à contribuer à l’émergence d’un journalisme professionnel en Algérie.
    Une formation de qualité, au sein des universités et établissements spécialisés, ainsi qu’un encadrement efficient et éclairé, au niveau des médias, mettant en avant la sacralité du respect de l’éthique et de la déontologie, sont l’autre condition sine qua non pour la «production» d’un journalisme consciencieux et professionnel.
  • Quels sont les dispositifs et mesures qui encadrent l’activité des journalistes et techniciens de médias étrangers accrédités en Algérie ?
    Les règles qui régissent le fonctionnement des journalistes professionnels exerçant pour le compte d’un organisme de droit étranger, à titre permanent ou temporaire, sur le territoire national ne sont pas très différentes des lois en vigueur dans la plupart des pays. En ce sens, nous n’avons rien inventé de plus coercitif ni de plus libéral qu’ailleurs. Les journalistes bénéficient d’une accréditation, dont les modalités sont fixées par voie réglementaire préinscrites par le décret exécutif n° 14-152 du 30 avril 2014, fixant les modalités d’accréditation des journalistes professionnels, exerçant pour le compte d’un organe de droit étranger.
    Pour ce qui est des journalistes professionnels de nationalité étrangère désireux d’exercer pour le compte d’un organe de droit étranger en Algérie, ils doivent être en possession d’un visa de presse en cours de validité, délivré par la mission diplomatique ou la représentation consulaire algérienne du pays où la demande de visa a été formulée, et ce, conformément à la législation et à la réglementation en vigueur.
    La réglementation en vigueur stipule que tout journaliste professionnel, de nationalité algérienne ou de nationalité étrangère, devant exercer en Algérie pour le compte d’un organe de droit étranger doit être muni d’une carte d’accréditation professionnelle à titre permanent ou temporaire, valable pour une année.
    La carte d’accréditation des journalistes professionnels à titre permanent ou le document, portant accréditation à titre temporaire, peuvent être retirés à tout moment, en cas de non-respect par leurs bénéficiaires des dispositions des lois et règlements en vigueur et des dispositions du présent décret.
    Le journaliste professionnel, qu’il soit de nationalité algérienne ou étrangère, ne peut exercer en qualité de correspondant permanent pour le compte de plus d’un organe de droit étranger.
    En se référant à ces dispositifs, les journalistes professionnels exerçant, en Algérie pour le compte d’un organe de droit étranger accrédités à titre permanent ou temporaire, doivent signer leurs articles du nom figurant sur le document, portant accréditation ou sur la carte d’accréditation.
  • L’Algérie a décidé de lancer un vaste chantier visant à arrimer le pays au numérique. A quel stade se trouve le processus ?
    Le numérique est un impératif pour rejoindre le rang des pays en voie de développement et développés. Tout repose de nos jours sur le numérique et le digital. C’est pour cela que le numérique constitue la passerelle vers l’Algérie nouvelle.
    Il faut rompre avec les anciennes pratiques vantant des slogans creux. Il faut désormais du concret. C’est pourquoi le gouvernement vient de décider l’acquisition d’un quatrième câble sous-marin en provenance d’Europe, pour augmenter le débit de l’Internet et sa généralisation en Algérie.
    Le plan d’action du gouvernement vise également à encourager la création et la promotion de start-up activant dans le domaine des TIC et dans le monde du numérique et du digital.
    La numérisation des process de gestion et de production garantie leur transparence et traçabilité.
    Concernant le secteur de la Communication, la transition numérique de la presse écrite est désormais une nécessité impérieuse, au regard de l'évolution de la scène médiatique, marquée notamment par l'abandon par plusieurs journaux de l'édition papier pour se tourner vers l'édition électronique.
    Il faut savoir que les tirages papier de la presse écrite ont reculé de 80% entre 2010 et 2019. Ce taux avait encore baissé avec la propagation de la pandémie Covid-19 à travers le monde, impliquant une transition impérative vers la presse numérique.
    L’établissement d’une liaison électronique entre les différents médias, dont la presse électronique et les chaînes de radio et de télévision via le web, est désormais immuable.
    D’autre part, les engagements internationaux de l'Algérie lui imposaient une transition définitive vers l'ère numérique le 17 juin dernier. Voilà pourquoi nous avions accéléré l'opération et nous avons réussi à atteindre l'objectif fixé.
    Dans le cadre de la numérisation de la diffusion télévisuelle et radiophonique en Algérie, TDA a procédé depuis cette date à l’extinction (ou Switch Off) de la diffusion analogique télévisuelle terrestre et son remplacement par le réseau d’émetteurs de la télévision numérique terrestre TNT.
    En effet, le Switch Off ou l’extinction de la télévision analogique terrestre est un processus au terme duquel les stations de télévision analogique terrestre fonctionnant en bande de fréquence VHF III (fréquences comprises entre 174 et 230 MHz) sont éteintes. La diffusion terrestre de la télévision sera ainsi, à terme, assurée exclusivement par les stations de télévision numérique terrestre (TNT) dans la bande de fréquence UHF (fréquences comprises entre 470 et 862 MHz).
    La raison principale du Switch Off est l’engagement de l’Algérie, signataire de l’accord international de Genève 2006 (GE06), qui stipule que l’arrêt de la diffusion analogique terrestre dans la bande de fréquence VHF en Afrique est fixé pour le 17 juin 2020. De plus, cette extinction de la télévision analogique terrestre permettra à l’Algérie de récupérer les fréquences VHF et les utiliser pour l’introduction de la radio numérique terrestre RNT. Cette technologie numérique permettra de répondre à un éventuel nouveau besoin en termes de programmes à diffuser, car La RNT permet de diffuser plus de 15 chaînes radio numériques (bouquet radio) dans une seule fréquence grâce à la norme DAB (Digital Audio Broadcasting).
  • Quid également de l’encadrement de l’activité de conseil en communication ?
    L’activité de l’agence de communication est actuellement régie par les seules dispositions du code de commerce. Cette activité est considérée par la réglementation en vigueur comme étant purement commerciale, au même titre que toutes les activités soumises à inscription au registre du commerce.
    L’attrait de cette activité, porteuse à court terme de retombées financières importantes, suscite l’engouement de nombreux opérateurs de divers horizons qui évoluent en l’absence d’un cadre juridique définissant les conditions et les modalités de son exercice. De ce fait, elle génère souvent des situations incontrôlées portant souvent préjudice aux intérêts de l’Etat et du consommateur. Par conséquent, il est devenu impératif de procéder à la réglementation de cette activité pour la préserver des éventuelles dérives, eu égard à son caractère spécifique.
    C’est pourquoi, le ministère de la Communication propose un projet de décret exécutif fixant les conditions et les modalités d’exercice de l’activité de l’agence de communication ayant un double ancrage juridique : l’article 130 de la loi organique n° 12-05 du12 janvier 2012 relative à l’information, d’une part ; et les articles 24 et 25 de la loi n° 04-08 du 14 août 2004, modifiée et complétée, relative aux conditions d’exercice des activités commerciales, d’autre part. Par ailleurs, ces activités s’inscrivent pleinement dans les dispositions du 29 août 2015 fixant les conditions et modalités d’exercice des activités et des professions réglementées soumises à inscription au registre du commerce, et ce, en raison de leur impact sur l’ordre public, la sécurité des biens et des personnes, la préservation de la santé publique.
    Le projet de texte proposé, répond aux conditions édictées aux articles 3, 4 et 5 du décret n° 15-234 sus cité, qui fait obligation au ministre concerné par l’activité d’élaborer une réglementation spécifique prise par décret exécutif. C’est pourquoi, le projet de décret soumet l’activité visée, à une autorisation préalable délivrée par le ministre chargé de la Communication.
  • La presse écrite publique a connu de timides réajustements…
    La presse écrite publique n’est pas en reste des ajustements requis. Elle subit une double mutation amorcée cette année : technologique et managériale.
    Deux grandes plates-formes multimédias prennent forme autour des quotidiens Ech-Chaab et El Moudjahid, avec le lancement de leurs sites électroniques interactifs et la diversification envisagée de leur offre d’information.
    Au plan managérial, la recomposition des conseils d’administration des titres de presse publique a obéi au souci d’associer les compétences du secteur (dans les organes de gestion courante) aux experts de l’université (dans les organes d’administration), parallèlement aux organes de participation. Le tout agencé dans le respect de l’autonomie de gestion, loin de toute tutelle de quelque nature qu’elle soit. Les réajustements dont vous parlez font également la part belle à la presse régionale ou de proximité, à l’instar d’El Djemhouria à Oran et d’En Nasr à Constantine.
    Pour conclure cet entretien, permettez-moi de souligner que tous les objectifs réalisés dans le secteur de la Communication durant l’année 2020, n’auraient pu aboutir sans l’étroite collaboration institutionnelle, particulièrement avec des départements ministériels des affaires religieuses, des Affaires étrangères, de la Santé et de l’Education, sans omettre l’apport inestimable et soutenu des services de communication de la Présidence de la République.
    N. B.

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