Union européenne - Turquie : Tentatives de normalisation

Le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se rendaient hier à Ankara afin de soumettre au président Erdogan les conditions de l'UE pour une reprise graduelle des relations économiques et discuter du soutien pour les réfugiés installés en Turquie. C’est la visite symbole qu’attendait Ankara. Après le Conseil européen de mars qui a décidé de ne pas sanctionner la Turquie au vu notamment de la baisse des tensions en Méditerranée orientale et l’ouverture d’un agenda dit «positif», place aux travaux pratiques. Il ne s’agit pas de concrètement négocier, mais d’une première prise de contact directe. Cette visite est une nouvelle démonstration de la ligne choisie par les Européens vis-à-vis de la Turquie. Les Vingt-Sept mettent notamment sur la table certaines facilités de visas pour les ressortissants turcs et la modernisation de l'Union douanière. Certains membres de l’UE souhaitent qu’Ursula von der Leyen et Charles Michel évoquent également la question de l'État de droit et des droits de l’Homme en Turquie. «Pas question de se montrer complaisants», dit un diplomate. Mais c’est avant tout sur les sujets régionaux que l’UE attend des signes, notamment sur l’attitude jugée agressive d’Ankara en Libye, en Syrie ou dans le Caucase. Les 27 attendent également des résultats des négociations en cours après les tensions en Méditerranée orientale. Mais c’est sur le dossier des réfugiés essentiellement syriens en Turquie que l’on peut s’attendre à des avancées concrètes. Recep Tayyip Erdogan veut renégocier le pacte migratoire signé en 2016 et obtenir plus de financement pour l’accueil de quatre millions de réfugiés. Côté turc, si l’on ne peut pas vraiment parler d’une «offensive de charme», Recep Tayyip Erdogan a nettement modéré ses propos à l’égard de l’UE ces derniers mois. L’arrivée de Joe Biden à la tête des États-Unis et la situation préoccupante de l’économie turque empêtrée dans l’inflation, le chômage et les difficultés monétaires ont forcé le chef de l’État à revoir son attitude vis-à-vis des Occidentaux. Recep Tayyip Erdogan espère que l’économie bénéficiera de cet apaisement et qu’il pourra lui-même aborder les élections de 2023 dans un climat politique plus favorable. Mais le chef de l'État est dans une situation compliquée : il courtise l’électorat nationaliste et religieux et ne veut donc pas donner l’impression de faire des concessions sans contreparties. Raison pour laquelle la Turquie s’est dit prête à répondre par «des pas positifs» aux éventuels gestes des Vingt-Sept, alors qu’en réalité, c’est l’Europe qui attend des gestes concrets de la part de la Turquie.

R. I.

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