Réforme du conseil de sécurité de l’Onu : Une option incontournable

A l’heure des grandes mutations géopolitiques, l’organe censé assurer un équilibre mondial, indispensable à la gestion juste et équitable des conflits qui naissent partout, semble en deçà du rythme marqué par les priorités et les besoins de plus en plus croissants et divers de chaque nation. Le conseil de sécurité de l’Onu a, dès sa naissance, été ballotté entre «stop and go»; une sorte d’alternative viscérale qui n’a cessé d’alimenter les blocages successifs que connait cet organe. Mais ce qui est nouveau, c’est l’ampleur, la visibilité et la durée de l’opposition entre les tendances qui composent cet instrument.
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont été mis, lundi, sur la sellette lors d'un débat organisé par l'Assemblée générale de l'ONU sur l'avenir de cet organe, paralysé par leurs «intérêts concurrents». «A de nombreuses reprises, le Conseil a failli à sa responsabilité de maintenir la paix et la sécurité internationales», a dénoncé le président de l'Assemblée générale, l'ex-ministre turc Volkan Bozkir, sans donner d'exemples concrets.» Les intérêts concurrents de ses membres et le recours fréquent au droit de veto ont limité l'efficacité du Conseil de sécurité», a-t-il ajouté. «Même dans certaines des crises humanitaires les plus urgentes, le Conseil n'a pas pu apporter une réponse opportune et adéquate. C'est un grave revers par rapport aux principes fondateurs de l'ONU et à nos efforts communs pour construire un monde pacifique», a poursuivi Volkan Bozkir. Selon lui, «la réforme du Conseil de sécurité est un impératif inévitable, à la fois difficile et essentiel». Pour l'Algérie, qui appelle à une réforme approfondie de cet organe, tout nouveau membre d'un Conseil élargi devrait pouvoir disposer du droit de veto. Les Etats-Unis et la Russie ne veulent pas, de leur côté, le voir diluer.
L’exemple de la guerre en Irak en est l’illustration parfaite de la mise à l’écart du rôle fondamental qui incombe à ce conseil au profit des calculs mercantiles des puissants. Ainsi, la coalition armée contre l’Iraq, muée en force d’occupation, n’a pas hésité à se situer délibérément hors —voire contre — des résolutions pourtant adoptées par le Conseil avec l’aval de ses membres. Les violations successives des résolutions par ceux même qui les ont adoptées nous témoignent, en réalité, qu’il y a non pas une, mais plusieurs ONU, ou plus exactement plusieurs dimensions des Nations unies. On peut distinguer, et en partie opposer, trois types au moins d’ONU : l’ONU de l’Assemblée générale, qui est celle des petites puissances ; l’ONU du Secrétariat, dirigé par le Secrétaire général, le seul à incarner l’institution, à s’exprimer et à agir en son nom; l’ONU du Conseil, qui est celle des grandes puissances. Le régime ordinaire de leurs rapports est celui de la cohabitation. Dans cette galaxie, le Conseil apparaît comme un organe singulier, voire unique. Et même s’il fonctionne, il ne remplit pas, cependant, de façon exemplaire les missions qui lui sont confiées par la Charte. Non seulement il n’apporte pas de solutions aux questions qu’il est censé résoudre, celles de la paix et de la sécurité internationale, mais encore, il est en lui-même un problème institutionnel. D’abord, par la disposition du droit de veto, puis par le nombre actuel de sa composante qui ne donne pas une image exacte de la société internationale dans ses diverses composantes. Face aux échecs répétés dans la gestion des affaires du monde, cet organe onusien demeurera-t-il une citadelle inaccessible aux moins puissants ? Dans tous les cas, l’option de la réforme s’affiche plus que jamais être incontournable.
M. T.

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