Nucléaire iranien : Les petits gestes

Après la menace iranienne de restreindre certaines inspections de l’AIEA dans le pays si les sanctions américaines n'étaient pas prochainement levées, le directeur général de l’agence, Rafael Grossi, en visite en Iran ce week-end, a annoncé qu’un accord a été trouvé entre les deux parties. Provisoire certes, mais cette démarche accorde un nouveau sursis pour remettre l’accord du nucléaire iranien sur les rails. En vertu d’une loi adoptée au Parlement iranien, Téhéran avait informé l’AIEA que le pays allait réduire certaines inspections de l’Agence internationale de l'énergie atomique sur des installations non nucléaires, dont des sites militaires suspects. Une annonce qui a inquiété et poussé le directeur général Rafael Grossi à se rendre en Iran ce week-end. Il a annoncé dimanche soir qu’à son grand regret cette loi entrerait en vigueur mais qu’un compromis a pu être trouvé. «Ne nous voilons pas la face, l’accès sera réduit, mais nous serons en mesure de maintenir le degré nécessaire de surveillance et de vérification grâce à un accord technique et temporaire», a-t-il affirmé. Cet accord sera valable trois mois et permet à l’AIEA de conserver le même nombre d’inspecteurs sur place en Iran. Mais l’espoir évidemment c’est que les négociations pour sauver l’accord de Vienne aboutissent. Celui-ci est de plus en plus fragilisé car en réponse au retrait américain et au rétablissement des sanctions en 2018, l’Iran continue de s’affranchir de certaines limites posées par l’accord. Aujourd’hui, si les deux parties affirment leur volonté de le sauver, personne ne semble prêt, pour l’instant, à faire le premier pas. Par cette attitude, les dirigeants iraniens envoient un signal fort aux signataires de l’accord sur le nucléaire et particulièrement à Washington peut enclin à faire des concessions tangibles pour la reprise des pourparlers sur ce dossier qui envenime la scène internationale. La porte n’est donc pas totalement fermée côté iranien malgré les poussées des conservateurs qui affûtent déjà leurs armes et font de ce volet un cheval de bataille pour les présidentielles de juin prochain. Cette échéance enclenche une véritable course contre la montre chez les Occidentaux pour qui la fenêtre de tir pour aboutir à un retour à l’avant décision de Trump, de faire retirer les Etats-Unis de cet accord, se rétrécit à mesure que les grands rendez-vous politiques au pays des Ayatollahs se rapprochent. Dans cette optique, les réformateurs iraniens ne veulent aussi surtout pas passer à côté du ticket gagnant qui sauvera leur avenir politique en tant que force incontournable sur l’échiquier interne iranien. Ainsi, selon Abbas Araqchi, adjoint du ministre iranien des Affaires étrangères, l'Iran étudie une proposition de l'Union européenne pour une réunion informelle entre les membres actuels de l'accord nucléaire de 2015 et les Etats-Unis. «Nous étudions la proposition de Josep Borrell de tenir une réunion informelle des 4+1 (membres de l'accord nucléaire) avec les États-Unis et l'Iran, et nous consultons nos partenaires, dont la Russie et la Chine, et nous répondrons à cette proposition à l'avenir», a déclaré Abbas Araqchi dans une interview à la télévision d'État. «Cependant, nous pensons qu'un retour des États-Unis à l'accord nucléaire ne nécessite pas de réunion et que la seule façon d'y parvenir est de lever les sanctions», a-t-il ajouté. Samedi, un porte-parole du gouvernement iranien a indiqué que l'Iran pensait que les sanctions américaines seraient bientôt levées malgré de constantes «querelles diplomatiques». Outre Atlantique, on continue de répéter que les Etats-Unis ne prévoient pas de lever de sanctions ou de prendre un décret présidentiel permettant leur retour dans l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien avant d'éventuelles discussions avec l'Iran et les autres puissances impliquées dans ce pacte, selon la porte-parole de la Maison blanche, Jen Psaki.
M. T.

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