Le sénateur américain James Inhofe : «Permettre aux Sahraouis de s’exprimer sur leur destin»

Le sénateur de l’Oklahoma James Inhofe, président de la Commission sénatoriale des forces armées, défenseur de la cause sahraouie, a présenté le 10 novembre dernier, un plaidoyer percutant sur l’évolution de la situation dans les territoires sahraouis occupés et particulièrement dans la zone tampon de Guergarat, devant les membres de la Chambre haute. En dépit d’un agenda particulièrement chargé au niveau du Sénat en cette période post-électorale, le sénateur Inhofe n’a pas hésité à exprimer en des termes forts sa préoccupation quant à l’exacerbation des tensions au niveau de Guergarat à la suite de l’envoi des troupes de l’armée marocaine dans cette zone tampon. Le sénateur a rappelé la genèse d’un conflit qui n’a que trop duré en dépit des multiples promesses de longues dates des Nations Unies et de la communauté internationale à l’endroit du peuple sahraoui à l’effet de lui permettre de s’exprimer sur son destin.
La persistance de ce conflit et l’absence de résultats tangibles quant à sa résolution a laissé croire qu’il s’agit là d’un conflit gelé, donnant ainsi un alibi à la communauté internationale pour en détourner l’attention, avait-il martelé.
Le président de la Commission a affirmé que qualifier ce conflit de question gelée, contraste avec la réalité des souffrances endurées par des centaines de milliers de sahraouis vivant dans les camps des réfugiés, après avoir été forcés de quitter leurs maisons en attendant le règlement de ce conflit. Il a regretté que la population sahraouie soit abandonnée par la communauté internationale, qui a laissé le processus de règlement s’enliser, leur coûtant ainsi des générations de liberté. Un constat qu’il a eu à faire lui-même, a-t-il affirmé, à l’occasion de ses multiples visites dans les camps des réfugiés, dont la dernière remonte à février 2019. Priver le peuple sahraoui de sa liberté et lui refuser son droit à l’autodétermination ne sont pas les seuls malheurs de ce peuple, a-t-il indiqué, puisque le Maroc exploite illégalement les richesses naturelles (produits miniers et de la pêche) des territoires qu’il occupe illégalement.
Il a précisé que les recettes amassées par le Maroc de cette exploitation illégale servent à financer annuellement des contrats de lobbying à Washington en citant nommément JPC Strategies, Thirdcircle, Neale Creek, qui se chiffrent à des millions de dollars, dans l’objectif de s’ériger comme la partie innocente et faire porter l’habit du diable au peuple sahraoui.
Ce faisant le Maroc entend ultimement faire oublier à la communauté internationale les droits du peuple sahraoui, en profitant du statu quo, qui bénéficie à la partie marocaine au détriment de l’aspiration légitime à l’indépendance du peuple sahraoui.
Sur la situation qui prévaut à Guergarat, le sénateur, cartographie du Sahara Occidental et photos des manifestants sahraouis pacifiques à l’appui, a expliqué que les autorités marocaines exploitent une route dans le Sahara Occidental menant vers la Mauritanie en violation de l’accord de cessez-le-feu des Nations Unies, ce qui a poussé la population à manifester pacifiquement contre cette énième violation.
Le sénateur a regretté l’attitude du Maroc qui, au lieu de reconnaitre le droit des sahraouis à manifester, a, encore une fois, fait appel aux armes pour menacer d’anéantir le droit légitime des sahraouis à protester.
Il a fait état d’informations inquiétantes au sujet de l’envoi par le roi du Maroc des forces militaires dans la région, un pas qu’il a qualifié d’escalade manifeste, au lendemain du discours que le monarque a prononcé pour affirmer que son pays ne compte pas renoncer à sa position.
Il a précisé que ces agissements préoccupants ne sont pas un fait nouveau, puisque le Maroc a longtemps tenté d’exploiter la question de Guergarat pour revendiquer illégalement de nouvelles terres et ressources dans le Sahara Occidental.
Le Sénateur a exprimé son inquiétude face à l’immobilisme de la communauté internationale et son silence devant les abus du Maroc, en mettant en garde contre l’impact de cette nouvelle escalade qui risque de déboucher, selon lui, sur un conflit ouvert. Il a exhorté l’ONU à assumer pleinement et immédiatement ses responsabilités, comme il a insisté sur l’urgence de sortir le processus de règlement de ce conflit de sa léthargie pour l’organisation du référendum d’autodétermination. Il a rappelé que la cause sahraouie jouit du soutien de l’Union africaine mais également de celui de la plupart des membres l’Union Européenne et de ses institutions judiciaires. Il a proposé d’engager deux actions dans l’immédiat pendant que l’on travaille sur la planification du référendum. Il a demandé à l’ONU de dépêcher une équipe d’experts pour confirmer que le Maroc viole l’accord de cessez-le-feu à Guergarat. Il rappelle que son pays avait plaidé en 2017 en faveur du déploiement d’une équipe technique des Nations-Unies à Guergarat, une demande restée sans suite à cause du refus de la partie marocaine. Il a aussi appelé les Nations unies à ne pas s’en tenir au constat et faire respecter l’accord de cessez-le-feu de 1991. Ceci restaurera la bonne foi entre toutes les parties et créera les conditions nécessaires pour réaliser des progrès tangibles pour l’organisation du référendum d’autodétermination, a-t-il conclu.
Ce message est adressé aussi au Congrès, mais surtout à l’exécutif américain à l’effet d’interpeller les Nations unies sur les développements inquiétants dans la zone de Guergarat et de prendre les mesures urgentes avant que la situation ne prenne une autre tournure.

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