Grand angle : Un luxe ?

Le 18 avril dernier, dès le soir du scrutin législatif, la cheffe du parti vaincu a reconnu sa défaite et a félicité son rival, de la majorité au pouvoir, pour sa victoire. Normal, direz-vous. Les électeurs ont fait leur choix et les chefs de parti sont tenus de l’accepter. Du reste, c’est ainsi que les choses se passent un peu partout dans le monde où la démocratie prévaut. Sauf que dans ce cas précis, cela ne s’est pas passé aux USA, au Canada ou en Europe. Cela est arrivé en Afrique de l’ouest. Plus exactement au Cap-Vert. Pourtant, parce qu'avant le scrutin, aucun des deux partis n’était donné favori, le vaincu aurait pu trouver matière à contester sa défaite. Mais elle ne l’a pas fait. Il est vrai aussi que ce pays est réputé pour être un modèle de démocratie dans le continent africain. Pour preuve, depuis les élections libres de 1991, le Cap-Vert n’a enregistré aucun incident ni violence liés aux élections et à leurs résultats. Le scrutin législatif de 2021 ne pouvait être, de ce fait, une exception. Si cet exemple est cité aujourd’hui, c’est surtout pour souligner que les violences post-électorales en Afrique ne sont pas forcément dans son ADN. Pour peu que les élections soient libres et transparentes, leurs résultats seront nécessairement respectés par tous et ne donneront pas lieu à ces contestations et violences, auxquelles l’Afrique a fini par s’habituer tant elles sont récurrentes. La plupart, pour ne pas dire toutes les crises politiques recensées sur le continent et dont certaines ont donné lieu à des conflits armés qui perdurent encore aujourd’hui, ont pour cause principale, la violation des Constitutions, le non-respect du code électoral et le détournement des voix des électeurs. Autant dire que c’est là, une cause totalement évitable si tant est on s’inscrit dans une démarche qui privilégie le strict respect de la volonté populaire exprimée à travers le vote. Aussi, si aujourd’hui la Somalie, pour ne citer qu’un pays parmi tant d’autres, est en crise et que les tensions politiques ne cessent d’enfler, c’est tout simplement parce son président, dont le mandat a expiré le 8 février dernier, a décidé de prolonger son mandat de deux ans. Une prolongation qualifiée d’anti-constitutionnelle et contre laquelle l’opposition s’est élevée. Le plus grave est qu’elle compromet, selon les analystes, «la paix et la stabilité» en Somalie. Un retour aux combats de rue meurtriers à Mogadiscio est aussi redouté. Pour éviter cette nouvelle crise, il aurait fallu juste organiser une élection présidentielle dans les délais constitutionnels. Et si une leçon devait être tirée de ces deux exemples, c’est que les violences post-électorales ne sont pas écrites d’avance. L’Afrique, pour peu que ses dirigeants fassent preuve de responsabilité et de maturité en mettant en œuvre les belles paroles prônant l’alternance démocratique et la volonté d’organiser des élections transparentes et crédibles. La démocratie et les pratiques qu’elles imposent ne sont pas un luxe pour l’Afrique. Le Cap-Vert en donne la preuve depuis 30 ans.
Nadia K.

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