Grand angle : Un combat permanent

Aujourd’hui, les électeurs tchadiens sont appelés aux urnes pour élire leur Président. Idriss Déby Itno briguera, à cette occasion, un 6e mandat. Et celui qui est au pouvoir depuis 30 ans devrait, une nouvelle fois, l’emporter face aux six candidats en lice. Le Bénin aussi organise son élection présidentielle ce dimanche. Le Président sortant Patrice Talon, qui fait face à deux autres candidats, devrait aussi être déclaré vainqueur à l’issue de ce scrutin. Pourtant, rappelle-t-on, au moment de son élection en 2016, il avait affirmé vouloir faire un mandat unique. Avant le Tchad et le Bénin, c’est à Djibouti qu’une autre élection présidentielle a été organisée vendredi dernier. Le président sortant, Ismaël Omar Guelleh, à la tête du pays depuis 22 ans, a postulé pour sa part pour un 5e mandat. Alors que l’opposition historique a boycotté le scrutin, le Président candidat aura à affronter un seul rival. «Un parfait inconnu» selon les médias. Mais dans les trois pays, l’élection se tient dans un contexte caractérisé par un mouvement de rejet de la candidature du Président sortant candidat à sa propre succession. Toutefois, il est peu probable que ce rejet soit en mesure d’impacter le cours des évènements. L’élection, comme cela est souvent le cas en Afrique, est jouée d’avance. L’alternance démocratique n’est plus de mise, si tant est qu’elle l’a été un jour, comme ce fut le cas pourtant dans quelques pays, dont le Bénin. Mais cinq ans après son premier mandat, celui qui aspire à rester à la tête de l’Etat récuse lui-même toute référence au «modèle démocratique béninois». Selon le classement du think tank britannique, Freedom House, «le Bénin ne fait plus partie des dix pays les plus démocratiques du continent». La tentative de coup d’Etat contre le nouveau Président élu du Niger est aussi révélatrice de cette culture qui veut qu’à défaut de remporter une élection par la voie des urnes, on tente de s’accaparer du pouvoir en renversant celui que les résultats, systématiquement contestés, ont désigné vainqueur. Cependant, cette culture dont l’Afrique n’arrive pas à s’affranchir, car bien ancrée dans les mentalités, porte préjudice à l’image du Continent noir. Alors que dans les foras internationaux, les dirigeants africains se vantent d’être animés de velléités d’émancipation et de démocratisation de leur pays et leur corollaire, une alternance pacifique du pouvoir dans les faits leurs pratiques sont en total contradiction avec ce discours. «On n’organise pas les élections pour les perdre», aurait déclaré l’ancien Président gabonais Omar Bongo. Selon un spécialiste de l’Afrique, «héritée de l’Occident, mais ensuite adaptée aux réalités politiques et sociales du continent, l’élection en Afrique ne débouche pas automatiquement vers plus de démocratie». Toutefois, si pour d’aucuns cela suffit pour déclarer que la démocratie est en recul en Afrique, d’autres refusent de s’avouer vaincus et poursuivent le combat pour instaurer une démocratie réelle sur le Continent noir. Le combat doit être permanent.

Nadia K.

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