Grand angle : Saut dans l’inconnu

Pour le président américain Joe Biden, l’élimination de Oussama Ben Laden en 2011 et l’affaiblissement d’Al Qaïda en Afghanistan sont des raisons amplement suffisantes pour que les troupes américaines présentes sur le sol afghan commencent à quitter ce pays, conformément à l’accord signé entre l’administration Trump et les talibans. Le dernier des soldats doit quitter le pays avant le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre. «Rien ne justifie le fait que nous y soyons encore en 2021», a-t-il déclaré dans une allocution prononcée ce 14 avril sur la voie à suivre en Afghanistan. Et de rappeler qu’ «en 2001, les Etats-Unis étaient partis en Afghanistan pour chasser Al Qaïda, pour prévenir de futures attaques terroristes contre les Etats-Unis qui seraient planifiées en Afghanistan», après ceux perpétrés le 11 septembre de la même année sur le sol américain. «Notre objectif était clair. La cause était juste», a tenu à justifier ( ?) Joe Biden. Pourtant, après l’élimination de leur ennemi public numéro 1, ils sont restés dix ans. Dix de plus. Dix ans de trop. Car 20 après, le coût de la guerre la plus longue menée par les Etats-Unis s’est avéré bien lourd. Des milliards de dollars ont été dépensés et les pertes humaines sont considérables. 2 488 soldats et personnels américains sont morts, alors que 20 722 ont été blessés. Et plus grave encore, ils quittent l’Afghanistan en le laissant dans l’incertitude quant à son devenir. Même la menace terroriste que les américains sont partis combattre a évolué. «Depuis 2001, elle s’est dispersée et métastasée dans le monde entier», reconnait le président américain. Dès lors, il est évident que la présence des troupes américaines en Afghanistan ne se justifie plus. Les «raisons pour rester en Afghanisatan sont devenues moins claires», selon Biden, pour qui la guerre en Afghanistan, déclarée par l’ancien Président Busch, «n’était pas censée durer plusieurs générations». Reste cependant à se demander ce qu’il adviendra de ce pays après le départ des troupes alliées. Selon la conviction du 46e Président américain, «seuls les Afghans avaient le droit et la responsabilité de diriger leur pays, et que l’arrivée sans fin de plus en plus de forces américaines ne pouvait ni créer ni maintenir un gouvernement afghan durable». Pourtant, de nombreux analystes craignent que l’Afghanistan ne plonge dans la guerre civile après le départ des troupes alliées. La promesse américaine d’un soutien substantiel avec des investissements et une aide au développement pour construire un avenir prospère n’est pas pour mettre le pays à l’abri du chaos qui le menace. L’influence des talibans risque d’augmenter, mettant en péril les rares libertés individuelles dont jouissent notamment les femmes afghanes. Or, le seul avertissement qui leur a été adressé est contre toute attaque qu’ils seraient tentés de mener contre les Américains pendant leur retrait. Plus encore, leur réaction après la décision de Joe Biden de repousser au 11 septembre prochain le départ des troupes américaines n’est pas insignifiante. L’empressement des talibans, qui dénoncent «une violation de l’accord de Doha», de les voir partir alimente les inquiétudes. Autant dire qu’après le 11 septembre l’Afghanistan risque de faire un saut dans l’inconnu.
Nadia K.

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