Grand angle : La démocratie à l’épreuve de la pauvreté

Lorsque le 14 janvier 2011, les tunisiens ont fait chuter Ben Ali au terme d’une révolte qui a donné le la à ce qui est appelé «les printemps arabes», ils étaient loin de s’imaginer que l’euphorie suscitée par un tel exploit allait, au fil des années, se transformer en amertume et en colère. A telle enseigne qu’à chaque fois qu’elle atteint son paroxysme, la rue redevient le lieu de leur défouloir. Et c’est le cas une nouvelle fois en ce mois de janvier 2021. Les nouvelles manifestations nocturnes que la Tunisie a vécues à l’occasion du dixième anniversaire de sa révolution témoignent du ras-le-bol généralisé. Car si la démocratisation du pays est saluée, car espérée sous le règne de l’ancien président déchu, il n’en reste pas moins qu’en l’absence de progrès social, d’aucuns en arrivent aujourd’hui à se demander si les sacrifices consentis en valaient la peine. Mardi, plusieurs jeunes et des familles des blessés et martyrs de la révolution ont tenté de manifester à Tunis, alors que ceux qui ont bravé le couvre-feu instauré pour cause de la Covid-19 ont entre 15 et 20 ans. En 2011, ils étaient des enfants. Ils ont grandi bercés par les espoirs suscités par la révolution menée par leurs aînés. C’est dire que la désillusion est à la hauteur des rêves nourris pour un lendemain meilleur. Au cours de ces dix dernières années, le pays n’a pas pu, faute de moyens, leur offrir les opportunités pour réaliser leurs rêves. Il est vrai aussi que les attentes étaient immenses et que les difficultés rencontrées par le pays dans le sillage de sa révolution peuvent expliquer, en partie au moins, l’incapacité des autorités à répondre à toutes les demandes. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir imaginé des solutions et élaboré des plans. Mais si depuis 2011, douze gouvernement et plus de 467 ministres ont gouverné le pays, la situation ne s’est pas améliorée pour autant. La pandémie de Covid -19 a aussi contribué à la rendre inextricable. La conséquence est qu’aujourd’hui, la Tunisie est, selon les spécialistes, un «Etat techniquement en quasi-faillite, avec un pouvoir d’achat tronqué de 35% , un dinar divisé par deux et une pauvreté qui fait ravage». C’est pourquoi, estime le président du Parti des Travailleurs tunisiens, «l’explosion sociale à laquelle la Tunisie est actuellement confrontée était bel et bien attendue, compte tenu de la détérioration des conditions sociales et économiques dans le pays». Le nouveau gouvernement proposé hier au vote du Parlement apportera-t-il les réponses attendues par les Tunisiens ? Il est certain que quand bien même il disposerait des moyens financiers suffisants pour assurer la relance de l’économie du pays, l’amélioration espérée ne se verra pas dans l’immédiat, à plus forte raison que la pandémie du coronavirus n’a pas été endiguée, ce qui impacte négativement le secteur touristique. Dès lors, la question qui se pose est de savoir si la population pourra faire preuve de patience. Ce qui est certain, c’est que les récents actes de pillage et de violence visant les biens privés et publics donnent à penser que la limite de ce qu’elle pouvait supporter a été atteinte.
Nadia K.

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