Grand angle : à quelque chose malheur est bon

Faut-il s’étonner de l’annonce de la tenue prochainement d’élections nationales palestiniennes ? cela aurait pu être le cas, surtout si l’on se rappelle que les dernières remontent à quinze ans. En 2005, Mahmoud Abbas, qui dirige depuis l’Autorité palestinienne, a été élu pour un mandat de quatre ans. Mais cette annonce n’est pas vraiment pour surprendre. Mieux, elle était attendue depuis des mois. le contexte de rapprochement entre le Fatah et Hamas, les frères ennemis, ne pouvait que la favoriser. «Nous avons œuvré ces derniers mois pour surmonter les obstacles et parvenir à une telle annonce», a déclaré un responsable du Hamas. Le décret présidentiel qui fixe les dates des scrutins législatifs et présidentiel, publié vendredi, a été salué par Hamas qui a exprimé sa «forte volonté de faire de cette obligation un succès». Mais le 22 mai, date de la tenue du premier scrutin législatif qui sera suivi par une présidentielle le 31 juillet suivant, est encore loin, et une éventuelle annulation n’est pas à écarter, tant les palestiniens ont du mal à mettre de côté leurs différends. pour rappel, plusieurs élections municipales ont été organisées depuis 2005, mais seulement en Cisjordanie et sans la participation de certaines factions, comme le Hamas. Mais en ce début 2021, la donne n’est plus la même. Aujourd’hui, plus que jamais, l’heure est à l’unité et non pas aux divisions intestines sur lesquelles surfent ceux qui ont tout intérêt à ce que les factions palestiniennes ne parlent pas d’une seule voix. Ces derniers mois notamment ont montré ô combien la cause palestinienne a pâti des divisions. Mieux encore, l’urgence d’unir les forces est vitale. et pour cause, c’est la seule option qui reste aux dirigeants palestiniens pour espérer revenir à la situation d’avant-Trump. Certes, il sera difficile de remonter le temps, mais il n’est pas pour autant impossible de voir le dossier palestinien redevenir une question centrale. Les accords de normalisation, conclus sous l’égide du président américain sortant, Donald Trump, entre certains pays arabes et Israël, sont la preuve que les palestiniens ne peuvent désormais compter que sur eux-mêmes pour faire aboutir leur cause. Car, faut-il s’en convaincre, si aujourd’hui on assiste à un «lâchage» des palestiniens par leurs «frères», c’est surtout parce que toutes ces années de discorde entre les factions ont alimenté le moulin de ceux qui défendent l’abandon de la solution à deux Etats. Mais au final, il est à se demander si ceux qui ont trahi le peuple palestinien ne lui ont pas rendu service, car ils ont obligé les dirigeants palestiniens à dépasser leurs divisions. «A quelque chose malheur est bon».
Nadia K.

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