Exercices d'Africom : Le démenti de Washington, un coup de grâce pour le Maroc

La conseillère du président sahraoui, chargée du Monde arabe, Nana Labat Rachid, a qualifié jeudi le démenti apporté par Washington sur les exercices militaires "African Lion 2021" dans une partie des Territoires sahraouis, de "coup de grâce pour l'occupant marocain".

Dans une déclaration à l'APS, Mme Labat Rachid a indiqué que "le régime du Makhzen, à l'instar des systèmes coloniaux d'ailleurs, serait comme un mauvais élève qui n'apprend pas ses leçons". Le Commandement des Etats-Unis pour l'Afrique (Africom) avait démenti les propos du Chef du gouvernement marocain, Saad-Eddine El Othmani, qui a indiqué que les exercices militaires américano-marocains "African Lion 2021", prévus du 7 au 18 juin courant, auront lieu en partie dans le désert du Sahara occidental occupé, qualifiant ces exercices de "couronnement" de la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental occupé.
Selon la responsable sahraouie, la nouvelle administration américaine n'a toujours pas pris de position vis-à-vis de cette affaire, et l'entité sioniste n'apportera absolument rien au Maroc car "leurs relations sont anciennes, elles ont juste été officialisées". Quant à la politique d'hostilité adoptée par le Maroc contre les pays en faveur de l'application de la légitimité internationale dans le Sahara occidental, elle a estimé que la presse occidentale n'épargnera, désormais, aucun effort à "dévoiler les pratiques autoritaires du régime marocain" maintenant qu'il a été loin dans sa tyrannie. L'attaque féroce du Makhzen contre Madrid serait "le summum de la folie", a considéré Mme Labat Rachid, affirmant que la position diplomatique de l'Espagne était tout à fait naturelle, claire et en harmonie avec les systèmes humanitaires et politiques, mais l'irrationnel dans cette question serait l'ingérence marocaine dans les affaires internes que n'importe quel pays n'acceptera quel que soit le degré des relations établies. L'ouverture des frontières qui ont laissé affluer des milliers d'émigrants vers un pays souffrant déjà des répercussions de la migration illicite est une affaire très dangereuse, a-t-elle souligné, d'autant plus que la majorité des migrants était des mineurs dont la vie a été mise en péril. Ceci traduit également la violation des accords et conventions signés par le Maroc avec les pays européens portant sur la lutte contre ce fléau. Une telle attitude démontre expressément le véritable visage de l'occupant marocain, et l'Union européenne (UE) a bien compris, aujourd'hui plus que jamais, les tentatives de chantage menées contre elle par le Maroc, les poussant à se prononcer sur sa prétendue souveraineté sur le Sahara occidental, a martelé Mme Labat Rachid qui s'est dit, toutefois, certaine que l'UE ne laissera jamais tomber le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.

Que "des revers diplomatiques"

Le représentant du Front Polisario en France, Mohamed Sidati, a pour sa part affirmé, jeudi, que l'occupant marocain n'avait récolté de son "déchaînement" et de son "impulsivité" que "des revers diplomatiques", ajoutant que le refus par Washington de mener les manœuvres militaires "African Lion" dans des parties des territoires sahraouis occupés, "est un coup dur pour le régime d'occupation". Dans une déclaration à l'APS, M. Sidati a indiqué que le Maroc "vit désormais un isolement international, en raison de ses politiques irréfléchies" et de ses "tentatives" d'exercer un chantage sur de grands pays, pour leurs positions de soutien à la légalité internationale au Sahara occidental.
Les pays sur lesquels le régime du Makhzen misait en vue d'étendre sa prétendue souveraineté sur les territoires sahraouis occupés, lui tournent aujourd'hui le dos, en raison de ses attitudes "irraisonnables". Pour le diplomate sahraoui, "la tension, l'escalade et la menace ne paient plus", relevant que "l'hystérie sans précédent" qui s'est emparée du Maroc, en raison de l'accueil par l'Espagne du Président sahraoui pour des soins, n'a fait que renforcer l'attachement du gouvernement espagnol "à la légalité internationale, en vue du règlement du conflit au Sahara occidental". Selon M. Sidati, le régime du Maroc a essuyé "un revers retentissant", lorsque plusieurs Etats, comme l'Espagne, voire même la France, l'Allemagne et l'Union européenne (UE), ont refusé de suivre la voie de Trump et lui reconnaître sa prétendue souveraineté sur le Sahara occidental. Le diplomate sahraoui a relevé que "le monde connaît désormais la vérité du régime marocain, comme un régime d'occupation expansionniste qui n'hésitera pas à sacrifier son peuple dans l'objectif de tirer des acquis politiques".
Le même diplomate estime que le fait que le régime marocain a misé sur l'entité sioniste est déjà un "pari perdu" qui prouve "l'état de tourmente" que vit le Makhzen, ce qui l'a poussé, a-t-il dit, à troquer la cause palestinienne, bien que cette dernière soit une cause centrale pour le peuple marocain qui est hostile à l'occupation sioniste et se solidarise entièrement avec le peuple palestinien. Rappelant que les Marocains considèrent la normalisation comme "un pacte avec le diable", le diplomate sahraoui a indiqué que l'objectif de l'alliance maroco-sioniste est une conspiration contre la région du Maghreb tout entière.
Il a également cité l'éditorial du quotidien français le Monde qui a appelé les pays européens à être fermes avec le régime marocain car c'est un "régime totalitaire", ajoutant que la France a tenté de drainer un appui au Maroc au sein des pays de l'UE, mais "ses chantages et ses actes ont démontré qu'il n'est plus digne de confiance".
Concernant le démenti du Département de la Défense des Etats-Unis d'exécuter des exercices militaires dits "African Lion" sur des parties des territoires sahraouis occupés, comme annoncé le weekend dernier par Rabat, le diplomate sahraoui a affirmé que le communiqué du Pentagone a donné "un coup dur au régime de l'occupant marocain et un nouveau revers à la diplomatie de la propagande et des mensonges".
Un peu plus tôt, la militante sahraouie des droits de l'Homme, Aminatou Haidar, s'est félicitée de la décision de la Haute Cour d'Espagne qui a rejeté une demande de mise en détention provisoire du président sahraoui, Brahim Ghali, qualifiant cette décision de victoire pour la justice et pour les droits du peuple sahraoui. "Votre victoire, Monsieur le Président, est avant tout une victoire pour la justice et une victoire pour les droits de tout le peuple sahraoui", a écrit la militante sahraouie sur sa page Twitter, louant le courage et la bravoure habituels du peuple sahraoui, qui "a pu vaincre le régime marocain envahisseur, déjouer ses plans et exposer au grand jour les traîtres et les agents" du Maroc. Mardi, la Haute Cour d'Espagne a affirmé qu'il n'y avait pas lieu de prononcer la détention provisoire, ni tout autre type de mesures préventives contre le président sahraoui Brahim Ghali, qui est désormais libre de ses mouvements, précisant que les plaignants n'ont fourni aucune preuve démontrant sa responsabilité dans les crimes présumés objet de la plainte examinée. Motivant sa décision, la Haute Cour explique que le rapport des accusations ne contenait pas des preuves corroborant les propos des témoins et par conséquent les accusations ne constituent pas une preuve suffisante pour tenir M. Ghali responsable d'un quelconque délit.

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