Opérations de Hammam N’baïl et Medjez Sfa : Une proclamation du déclenchement de la révolution à Guelma et Souk Ahras

Les opérations offensives lancées par les moudjahidine durant la première semaine de novembre 1954 à Hammam N’baïl et Medjez Sfa avaient constitué la proclamation officielle du déclenchement de la Révolution libératrice dans la région orientale de Guelma et des localités limitrophes de Souk Ahras, selon des témoignages recueillis dans la région.
La première opération Révolutionnaire dans la région a été l’assaut donné par le groupe de moudjahidine dirigé par le chahid Badji Mokhtar (membre du groupe historique des 22) et Abdallah Nouaoura contre la mine d’antimoine de la localité El Barnous, dans la nuit du 7 au 8 novembre 1954, une infrastructure sensible pour le colonialisme, a souligné à l’APS, Rachid Debabsa, secrétaire de la Kesma de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) de la commune de Hammam N’baïl (45 km de Guelma).
«Les moudjahidine ont donné un coup dur au colonisateur par cette action qui avait permis de récupérer des armes et munitions du fait que cette mine était placée sous haute surveillance armée assurée par de nombreux agents», selon la même source qui a relevé que les minerais de plomb, zinc et antimoine extraits de cette mine dont l’exploitation a cessé, quelques années après l’indépendance, étaient transportés par voie ferroviaire vers la France et la Belgique.
Après avoir coupé les lignes de téléphone et d’électricité alimentant la mine, les moudjahidine ont lancé leur assaut vers 23h à 00 de la nuit du 8 novembre 1954, parvenant à récupérer des explosifs, 3 fusils de guerre, 3 pistolets, 480 cartouches et un montant de 480.000 francs, selon des témoignages de moudjahidine recueillis par cette kasma de l’ONM.
Dans cette opération, les moudjahidine, selon les mêmes témoignages, ont refusé de tuer les travailleurs français et Badji Mokhtar leur a lancé un discours dans lequel il avait notamment affirmé : «nous ne sommes pas de brigands mais des combattants pour libérer l’Algérie du colonialisme français».
Les mêmes témoins assurent même que les moudjahidine ont signé un bon du montant récupéré et l’ont remis au directeur de la mine pour qu’il ne soit pas accusé de vol et avaient même refusé de prendre les bijoux de l’épouse du directeur qui leur avaient été remis, par peur.
Dans son témoignage, le défunt moudjahid Abdallah Nouanoura qui co-dirigeait la région avec Badji Mokhtar précise qu’après cet assaut, les Moudjahidine s’étaient repliés vers la montagne Legrine puis celle de Béni Salah près de Bouchegouf et avaient ensuite fait exploser le pont Ain Sennour reliant Guelma à Souk Ahras et traversé par le chemin de fer.
«L’explosion causa de sérieux dégâts à l’ouvrage sans le démolir totalement perturbant le trafic ferroviaire vers Annaba et la Tunisie notamment de transport des minerais de fer et de phosphate des mines d’El Ouenza et d’El Kouif», avait assuré le même témoin.

Détermination à donner des coups durs à l’occupant

Grâce à leur détermination à donner des coups durs à l’occupant et faire connaître la Révolution libératrice, le même groupe de moudjahidine dirigé par Badji Mokhtar, avait fait exploser, le 16 novembre 1954, le pont ferroviaire de Tehmimine dans la commune de Medjez Sfa, provoquant le déraillement d’un train de transport de minerais, selon des témoignages recueillis par l’Association de la culture et de l’histoire des grandes batailles de la Révolution libératrice dans la wilaya de Guelma.
Selon les mêmes sources, les moudjahidine qui avaient dû agir vite sur la base d’informations fournies par Djobrane Mebrouk, chef de la gare d’El Machrouha (Souk Ahras), visaient initialement le passage d’un train transportant des militaires venant d’Annaba.
En dépit du succès retentissant de ces opérations menées durant les deux premières semaines de novembre 1954, le 19 novembre 1954 fut une journée de deuil pour la région Est lorsque son vaillant commandant Badji Mokhtar tomba au champ d’honneur, au cours de la bataille qui eut lieu à la ferme Dali--Benchouaf dans la région de Medjez Sfa, près des monts Béni Salah suite à une trahison.
Selon encore le témoignage du défunt, Abdallah Nouaouria, l’ennemi avait encerclé de toutes parts la ferme où se trouvait le groupe de 13 moudjahidine et l’accrochage dura deux jours pendant lesquels tombèrent plusieurs moudjahidine dont Badji Mokhtar et le reste fut arrêté. Seul deux moudjahidine à savoir le témoin lui-même Abdallah Nouaouria et Belgacem Kerkoub, réussirent à s’échapper, assure la même source. «Ce fut un coup dur», a ajouté Nouaouria qui a précisé qu'étant dans l’impossibilité de joindre le commandant de zone-2, Didouche Mourad, il s'est dirigé vers la région des Aurès pour joindre les chefs de la Révolution et apporter des armes puis réorganiser les groupes de moudjahidine et relancer de nouveau la Révolution dans la région.

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