La torture au camp de Ksar Ettir : Le cauchemar permanent

Le camp de concentration de Ksar Ettir, à quelque 30 km au sud du chef-lieu de wilaya, est ce lieu de torture abjecte et de la mort lente auxquelles furent soumis de nombreux moudjahidine et militants de la cause nationale.

Aujourd’hui encore, bien des souvenirs atroces resurgissent, secouent la mémoire au grand jour pour nous remémorer les pires sévices qui ont été imposés aux moudjahidine dans cet espace lugubre que beaucoup qualifiaient de camp de la mort lente.
Baptisé Ksar El Abtal aujourd’hui, pour effacer une triste réputation de ce camp, le symbole d’un colonialisme abject, il fait partie de tous ces lieux symboles de sacrifices. La torture inhumaine imposée aux habitants de Ouled Tebben, érigée en zone interdite dès 1958 et dont les populations furent déportées, perdant du coup plus de 700 enfants qui périrent de soif et de faim sur le plateau rugueux de Bazer Sakhra.
«Dès leur arrivée au camp, les moudjahidine étaient torturés jusqu’à en perdre conscience. Tout était mis en œuvre pour empêcher ces derniers de communiquer entre eux et de rester isolés dans ce quotidien atroce qui se renouvelait jusqu’à en mourir», témoigne le moudjahid, Belgacem Bouchareb, qui a survécu à la torture. Un camp dont l’odieuse réputation était à la mesure des sévices qui y étaient imposés, des travaux forcés, des lavages de cerveaux imposés à près de 3.000 détenus qui défilèrent dans ces espaces lugubres que sont les camps de concentration. S’étalant sur une superficie de plus de 12 hectares, le camp de Ksar Ettir était alors fermé de trois barrières, la première de fil barbelé d’une hauteur de 6 mètres, jonchée de mines antipersonnel, la seconde électrifiée, équipée de projecteurs et la troisième de protection avec des espaces de circulation constamment investis par des chiens, ne permettait donc pas la moindre évasion. Les formes de torture pratiqués sont multiples mais «le moment le plus cruel pour tous les prisonniers intervenait lorsqu’on venait vous acheminer de force vers la place centrale du camp pour saluer l’emblème français, ne se doutant point que tous ceux qui étaient là, préféraient mourir que de renoncer à un idéal pour lequel on était là, disait un jour Saffih Baghdadi qui n’est plus de ce monde et portait de son vivants les stigmates de la torture.

On forçait les détenus à creuser leur tombe

«Nous étions soumis à des travaux forcés horribles, on nous imposait de tailler la pierre les mains ensanglantées alors que des chiens nous harcelaient de partout», ajoute-t-il. Belgacem Bouchareb n’oublie pas le chien Moumousse qui portait le grade de sergent-chef et par lequel on attentait à la dignité de tous ces détenus en les obligeant vainement à saluer la bête au passage. «C’était en fait pour nous faire peur», dit-il, mais «c’était sans compter sur le courage inébranlable qui nous animait». Dans ce camp, au cœur des localités de Ain Oulmène et Sétif, les nuits n’étaient que des espaces de cauchemars au cours desquelles, les prisonniers étaient réveillés pour être dirigés nus vers des marres d’eau infectes, jonchées d’éclats de verre et de sangsues. L’horreur était à son comble quand on forçait ces mêmes détenus à creuser leurs tombes, s’y loger le temps de mourir un peu et de remblayer avant d’aller investir un autre terrain aussi dur que la roche, y retirer la terre, la pétrir et la façonner en briques qu’ils portaient ensuite sur leurs dos vers d’autres parcelles où ils étaient contraints de réduire de nouveau en terre. Dans camp qui comptait 9 sections et où la vie se confondait avec la mort, les valeureux moudjahidine faisaient montre d’un courage exemplaire et étaient prêts à mourir pour que vive l’Algérie, on utilisait les tenailles pour arracher à vif les ongles et dents des prisonniers pour tenter de leur soutirer la moindre information. Des bourreaux sans foi ni loi qui se plaisaient à enterrer vivants des détenus laissant leur têtes au grand air, à la portée des voraces, des reptiles et insectes jusqu’à ce que mort s’en suive. Les bains tantôt bouillonnants, tantôt de givre faisaient partie de ces pratiques tout comme celles qui consistaient à faire asseoir des détenus sur les tessons de bouteilles ou de déchiqueter leurs corps et y déverser du sel, sont également citées dans ce manuel édité voilà plus de 10 ans par la direction de wilaya des moudjahidine.
F. Zoghbi

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