L’historien français Gilles Manceron : «L’aboutissement de révoltes depuis 1830»

La Révolution du 1er Novembre 1954 contre la colonisation française était l’aboutissement des mouvements de révolte qui ont débuté dès le débarquement des armées françaises en Algérie en 1830, a affirmé l'historien français, Gilles Manceron.
Le déclenchement de la lutte armée le 1er Novembre 1954 était «l'aboutissement de plusieurs mouvements de révolte contre la domination coloniale française, lesquels ont commencé dès le débarquement des armées françaises en 1830», a déclaré à l'APS Gilles Manceron. Il a précisé que ces mouvements de révolte contre le colonisateur ne se réduisaient pas en la résistance armée menée par l'Emir Abdelkader dans l’ouest de l’Algérie, mais comprenaient aussi la lutte d’Ahmed Bey contre la prise de Constantine et les révoltes d'Ouled Sidi Cheikh, de Mohamed Ben Toumi Ben Brahim dit Cherif Bouchoucha, de Lalla Fadhma N’Soumer, de Cheikh Boubaghla, d’El Mokrani, de Cheikh El Haddad, de Cheikh Bouamama et de bien d’autres tout au long du XIXe siècle. «La répression massive qui s’est produite dans le nord-Constantinois en mai-juin 1945, et qui a fait des dizaines de milliers de morts, a montré aux Algériens qui souhaitaient, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, participer au mouvement général d’émancipation des colonies, que les autorités françaises ne laissaient d’autre issue aux partisans de la conquête de libertés démocratiques que la voie de la lutte armée», a-t-il relevé.

Une victoire de lutte des maquis, de la population et de la diplomatie

Cette lutte armée, a-t-il noté, a été déclenchée le 1er novembre 1954 par des jeunes Algériens ayant fondé le Front de libération nationale (FLN) et abouti à l'indépendance de l'Algérie en 1962, «une victoire politique au terme d’une lutte des maquis, de la population civile et de la diplomatie». «Parmi la génération qui atteignait l’âge adulte à cette époque, des hommes ont pris la responsabilité de déclencher la Révolution et sont parvenus à impliquer dans leur combat les différentes forces de la société algérienne, l’Union démocratique du manifeste algérien, les oulémas, et même les communistes algériens qui s’affranchissaient progressivement de la tutelle des communistes français», a-t-il souligné. Il a fait observer que le FLN a accompagné «l’émergence d’un sentiment national qui s’est affirmé au fil de la guerre de Libération nationale, en raison de la généralisation, par le colonialisme, de la répression des populations algériennes». Il a cité aussi l’ouverture par le FLN d’un nouveau front en France en 1958 et qui a été une motivation supplémentaire pour «les combattants des maquis (moudjahidine) qui étaient en position difficile face à une armée française plus nombreuse et bien équipée», mais aussi «la participation massive de l’émigration algérienne de la région parisienne aux manifestations du 17 octobre 1961 qui a accéléré la décision des autorités françaises de reconnaître l’indépendance de l’Algérie». A la question de savoir si la France ouvrirait l'ensemble des archives liées à sa période de colonisation en l'Algérie, M. Manceron a dénoncé «les restrictions imposées par les autorités françaises» sur ce dossier sous prétexte qu'il est soumis au «Secret défense». «C’est une question essentielle, car on ne peut dépasser les affrontements hérités de la période coloniale qu’en établissant les réalités de son histoire, ce qui implique le libre accès aux archives sans les restrictions imposées», a-t-il dit, soulignant que «cette bataille pour l’ouverture des archives françaises concerne aussi bien les historiens français qu'algériens».

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