Journée nationale de la mémoire : Un tournant dans le mouvement national

Sétif : Le refus de l’oubli

«Une mémoire qui refuse l’oubli», c’est avec ce slogan qu’a été commémorée pour la première fois à Sétif, la Journée nationale de la mémoire qui coïncide avec le 76 e anniversaire des massacres du 8-Mai 1945 qui ont fauché la vie, au prix d’une répression atroce, de 45 000 Algériens sortis dans la rue pour revendiquer le droit à la liberté et à l’indépendance.

Instituée en 2020 par le Président de la République en reconnaissance aux énormes sacrifices consentis par le peuple algérien lors des massacres du
8-Mai 1945 et du déclenchement de la guerre de Libération nationale le 1er novembre 1954, la Journée nationale de la mémoire à été marquée cette année par plusieurs activités tendant à mettre une fois encore à nu le génocide qui a été imposé à notre peuple par la France coloniale, perpétuer et ancrer dans la mémoire de nos jeunes le prix fort payé par leurs ainés pour le recouvrement de sa souveraineté.
C’est dans cette voie que s’inscrivent les différentes manifestations qui ont été mises en œuvre depuis jeudi passé à la maison de la culture «Houari-Boumediene» en presence de Laid Rebigua, secrétaire général du ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, du wali Kamel Abla, des autorités de la wilaya, ainsi que les représentants de l’ONM, de la famille révolutionnaire, des représentants du mouvement associatif et des citoyens. Une imposante exposition sur la thématique de la mémoire nationale organisée par le musée du Moudjahid de Sétif en collaboration avec le musée régional de Khenchela et la direction de la culture à été inaugurée. Dans la chronologie des grandes étapes de la résistance populaire, du mouvement national et de la glorieuse Révolution de Novembre, chaque document historique, chaque photo étaient révélateurs des sacrifices endurés par le peuple et sa fierté d’avoir reconquis par la force d’une lutte de 132 ans d’un peuple sa souveraineté spoliée par l’occupant français. Dans ce contexte, l’espace consacré aux massacres du 8-Mai 1945 a drainé de nombreux visiteurs venus de différents coins de cette wilaya pour rendre un vibrant hommage aux précurseurs de Novembre.
Lors de la conférence donnée par le Dr Bouabdalah Abdelhafidh, chef du département d’histoire de l’université Md Lamine Debaghine Sétif 2 sur «L’histoire et la mémoire», l’intervenant s’est penché sur les grands dossiers inhérents «aux archives nationales qui ont été déplacés en très grande quantité par l’occupant vers la France et constituent un maillon fort dans l’écriture de notre histoire. Des archives qui constituent la preuve irréfutable des crimes commis par le colonialisme français en Algérie», indique l’historien qui met aussi l’accent sur la questions des milliers de disparus dont le dossier doit également être ouvert après que la France à reconnu sa responsabilité dans la mort de Maurice Audin et Ali Boumendjel. 
L’impact produit par «les 14 essais nucléaires de Reggane et 4 autres de In Ecker de Tamanrasset au cours desquels des citoyens et près de 200 moudjahidine ont été utilisés comme cobayes» avec des déchets qui continuent a faire des ravages parmi les populations, sont relevés avec force par le conférencier qui qualifie ensuite les massacres du 8-Mai 1945 de «Crime contre l’humanité» dans sa dimension horrible d’extermination.
La signature de deux conventions cadre entre la direction des moudjahidine et des ayants droit et celle de l’éducation et de la jeunesse et des sports sera suivie de la projection d’un film documentaire réalisé par l’écrivain, Kamel Beniaiche, et Touffik Mezaache sur les massacres du 8-Mai 1945.,
F. Zoghbi

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Déconstruire le récit colonial

Une «journée de la Mémoire» en souvenir des massacres du 8-Mai 1945 perpétrés par la France coloniale dans le Constantinois, que d'aucun ne peut ignorer le fait que sont des «crimes contre l'humanité», même si une certaine élite révisionniste à Paris tente de nier. Takieddine Boukaâber, chercheur en histoire à l'université Yahia Farès de Médéa explique que «la mémoire ne se matérialise pas uniquement dans l'examen minutieux des faits historiques, mais elle est belle est bien le sentiment de la nation, son cœur qui bat».
«La mémoire est aussi ce que nous vivons aujourd'hui», explique le chercheur, regrettant que l'entreprise de révisionnisme historique «veut détacher le présent du passé de la nation, et créer une rupture avec les racines de l'histoire pour que le présent soit délibérément déformé dans le but d'aliéner les générations futurs sans lien avec le passé». Et c'est ainsi, souligne le chercheur, «qu'on facilite le processus de soumission au désir des bourreaux, anciens et néocolonialistes» «L'attachement à l'histoire est l'un des facteurs et éléments les plus importants qui font qu'une société soit solidaire», indique M. Boukaâber car «l'histoire représente l'identité des peuples, leurs affiliations et leurs racines qui déterminent d'une manière ou d'une autre le chemin qu'ils tracent pour leur avenir», a-t-il ajouté. Pour le chercheur, «il ne fait aucun doute que l'instauration du 08 mai de chaque année comme une Journée nationale de la mémoire mérite d'être loué, en particulier pour sa symbolique historique et culturelle». Le 8 mai est une date clé dans l'histoire moderne de la nation, fait savoir l'universitaire en expliquant : «C'était le jour de la rupture totale et la confirmation que l'écart qui sépare les Algériens et les oppresseurs français, était bien réel en dépit des promesses artificielles de l'administration française et ses représentants collaborateurs». Et de poursuivre : «Un jour qui incarne les sacrifices du peuple algérien qui n'ont jamais accepter le fait accompli que la France coloniale a tenté d'imposer depuis que ses forces ont mis les pieds sur cette terre». Précisant que les massacres du 8-Mai étaient également un facteur accélérateur de la prise de conscience en la nécessité de la lutte armée pour restaurer la souveraineté du peuple algérien,
M. Boukaâber note que l'instauration d'une Journée de la mémoire est «une poursuite de la lutte contre les forces néocoloniales, car même si la lutte armée a pris fin, le conflit culturel et civilisationnel existe toujours à travers les manœuvres des courants hégémoniques et lobbies racistes de l'autre rive de la Méditerranée».
L'universitaire rappelle que «le passé colonial est fortement présent dans notre réalité quotidienne», expliquant «la question de la torture, les massacres et crimes contre l'humanité, la question des déportés et des déplacés, la question des archives spoliées et notamment celles qui précèdent la période coloniale française, la problématique de l'indemnisation des crimes et essais nucléaires, et de nombreux autres dossiers en suspens qui ne doivent en aucun cas être ignorés, oubliés ou sacrifiés au nom des compromis sous la bannière de l'histoire commun si chère aux élites françaises». «Envisager un avenir entre les deux pays est un idéal légitime et nécessaire, mais cela ne doit pas se faire au détriment de notre identité, de notre histoire et des sacrifices de nos martyrs», stipule le chercheur pour qui tous ces dossiers «doivent être discutés en toute franchise, clarté et efficacité loin des tentations hégémoniques de la France officielle».
Tahar Kaidi

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