Béjaïa : Le génocide ne doit pas rester impuni

Pas moins de 16 ans se sont écoulés depuis les événements du 8 mai 1945 à Kherrata, Melbou, Aokas et Souk El-Tenine, dans la wilaya de Béjaïa. La France a bafoué tous les droits humains.
La population s’est regroupée sur la plage de Melbou sous un soleil de plomb et une chaleur caniculaire, privée durant toute la journée d’eau et de nourriture. Les massacres ont marqué à jamais les populations dans l’Est et constituent un génocide. A Kherrata, c’était un jour de marché et la population vaguait à ses préoccupations quand les nouvelles d’une répression policière à Sétif et Amoucha leur parvenaient. Les rassemblements qui se constitués dans la ville de Kherrata ont créé une grande panique chez les soldats français qui étaient armés et rassemblés dans la forteresse de la ferme Dussy. L’administrateur colonial ordonna un couvre-feu mais la population organise un rassemblement à Kherrata. Au même moment des nouvelles parvenaient aussi de Melbou et Aokas et Ziama Mansouriah. 3.000 soldats ont pris d’assaut les villages. En un laps de temps, les plages grouillaient de personnes civiles, hommes, femmes, enfants, bébés. La nouvelle s’est répandue à travers tous les villages et le lendemain à l’aube, à Kherrata, des groupes cherchaient des armes. Un le juge a été tué. Un autre groupe avait bloqué la route pour retarder l’arrivée des soldats. L’armée arrive sur les lieux et tire sur la population et les villages avoisinants furent bombardés.
Le croiseur le Duguay-Triomphant ouvre le feu. Des victimes sont enregistrées sur l’axe de Melbou, Aokas, Souk El Tenine, Ziama Mansouriah, Darguinah et les Babors. Les canons 155 millimètres ayant une portée de 22 kilomètres ne pouvaient pas atteindre Sétif ou Guelma.
L’aviation bombarde les villages de Kherrata causant des pertes humains. Des populations sont conduites dans des bennes de camions militaires à partir de Melbou et Darguinah vers Kherrata pour être exécutées. Des témoignages retracent le génocide dirigé par l’administrateur, le colonel Rousseau.
Parmi les victimes, figurait l’infirmier Hannouz Arab, son corps fut trainé dans les rues de Kherrata pour être jeté dans le ravin de Chaabet Lakhera et ses trois jeunes enfants subirent le même sort sur le pont qui porte aujourd’hui son nom.
Plus de 2.000 morts sont tombés en quelques jours sous les balles et plus d’un millier de prisonniers entassés dans les geôles de Béjaïa et Kherrata.
Mustapha Laouer

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