Ameur Rekhila, chercheur en histoire : «Le droit à l’autodétermination»

Les massacres du 8 mai 1945 ont été un choc violent pour les forces algériennes qui croyaient encore en la possibilité de trouver une solution à la question algérienne dans un contexte français, affirme Ameur Rekhila qui revient sur le contexte réel de ces massacres et leur impact sur le cours du mouvement national. En dépit des lourdes pertes humaines et matérielles de la Seconde Guerre mondiale et de la joie exprimée partout dans le monde à la fin de ce cauchemar, ce fut un facteur encourageant à répondre à la célébration, le 8 mai 1945, de la victoire du monde sur les idéologies du fascisme et du nazisme. « Les Algériens n’étaient pas en reste et se préparaient à leur tour à célébrer cette victoire, motivés par les promesses du général de Gaulle, chef de la résistance française, qui avait promis en 1944 dans un discours prononcé à Constantine que la France se pencherait sur la question algérienne s'ils la soutenaient dans son combat contre le nazisme car il ne faut pas oublier que 170.000 Algériens ont été recrutés à cette époque pour participer avec les Forces françaises à la guerre contre l’Allemagne nazie. Le 8 mai 1945, alors que les Français célébraient la victoire des Alliés marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de milliers d'Algériens sont sortis dans les rues de Sétif, Guelma, Kherrata et dans d'autres villes où il avaient manifesté pacifiquement, avec la participation du Mouvement des amis du manifeste et de la liberté ‘‘Ahbab El Bayane wal Houria’’, aux côtés des scouts musulmans qui étaient aux premiers rangs pour revendiquer l'indépendance de l'Algérie», relate l’historien qui souligne que la réponse du colonialisme français à ces manifestations pacifiques a été des plus sanglantes. La première victime fut le jeune Bouzid Saâl qui portait le drapeau algérien lorsqu’un policier lui a tiré dessus, transformant la ville de Sétif en une marée de sang. «Ces massacres se sont étalés jusqu’au 23 mai et avaient démontré la cruauté des forces coloniales et de leurs milices qui ont pratiqué des tueries de masse, n'épargnant ni enfants, ni femmes, ni personnes âgées. Des personnes ont été transportées par camions militaires et civils pour subir toutes les formes de torture». La répression ne s’est son pas limitée à Guelma, Sétif et Kherrata mais a touché la plupart des villes de l'Est, Annaba, Skikda, Constantine, El Khroub, Bejaia, Tizi-Ouzou, Blida, Mostaganem et Bou Saada même si les trois premières villes ont été les plus touchées par ces tueries. Évoquant le contexte réel des massacres du 8 mai 1945, Rekhila affirme que le motif était de faire taire les voix qui réclamaient l’indépendance de l’Algérie et l’adhésion du Parti du peuple algérien sous la bannière du mouvement de ‘‘Ahbab El Bayane wal Houria’’ qui a perturbé l'administration coloniale, notamment lorsque le président américain adopta les principes fondés sur les droits des peuples à l'autodétermination. «Les massacres ont eu des répercussions directes sur la situation coloniale d'une part, et la position algérienne d'autre part car en dépit des alliances internationales de la France et de son appartenance aux pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale, ces massacres commis sur le peuple algérien n'étaient pas dans leur intérêt, notamment avec l'émergence de l'Organisation des Nations Unies et l’adoption d'une Charte consacrant le principe de l'autodétermination pour les peuples colonisés», explique le chercheur, l'émergence, d’autre part, de l'Union soviétique comme chef de file du pôle socialiste face au camp occidental et le début de la guerre froide n’étaient pas dans l’intérêt de la France. Le discours électoral et politique à cette époque avait perdu de son éclat au sein de la population, notamment avec l’émergence de mouvements politiques algériens. «C’est le passage à l'action directe qui signifie la violence révolutionnaire et la création en 1947 de l’OS, l'Organisation Spéciale, laquelle a joué un rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre de Libération nationale».
Kamélia Hadjib

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