Rationalisation

Le phénomène du gaspillage a trop duré. Cette dure réalité suscite une préoccupation légitime. Il est constaté la perte de l’équivalent de milliards de dollars en produits jetés dans la décharge à ordures, alors que l’État mobilise des moyens financiers colossaux pour assurer le financement des produits de première nécessité. À l’ouverture du forum sur l’investissement agricole et agroalimentaire, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a mis le doigt sur la plaie béante des importations des produits alimentaires qui coûte près de 10 milliards de dollars. Certes, en net recul à la faveur des bonnes performances du secteur agricole, la facture pèse lourdement sur le budget de l’État. Le phénomène du gaspillage atteste de l’ampleur d’un fléau qui contribue au dérèglement du marché national et génère des tensions sociales alimentées par la faune des spéculateurs sans foi ni loi. Tous les spécialistes reconnaissent les effets de la surconsommation et du gaspillage effréné dont le montant est estimé à 35 milliards de dollars annuellement. Des tonnes de pain sont quotidiennement jetées. Selon le président de la Fédération des boulangers, sur les 50 millions de baguettes de pain quotidiennement livrés, 20% sont gaspillés. Soit presque 10 millions de baguettes jetées ou réexploitées partiellement par les éleveurs de bétail. «Personne ne tire profit de ce phénomène qui produit parfois une instabilité du marché suite à la croissance injustifiée de la demande sur certains produits de large consommation, notamment avec l’avènement du mois de Ramadhan», a assuré le président du Conseil économique, social et environnemental (Cnese), Rédha Tir, lors de la journée d’étude sur la rationalisation de la consommation. Cette problématique impose, outre une prise de conscience collective et un civisme accru, une révision en profondeur du système des subventions qui doit réellement profiter aux plus méritants dans les couches sociales les plus vulnérables et les plus démunies, auxquelles le soutien de l’État est garanti. L’urgence d’un changement du mode de consommation est donc prônée pour préserver les ressources de l’État et favoriser un investissement dans les secteurs névralgiques de la Santé, de l’Éducation, de l’Enseignement et de l’Habitat. Le temps de la rationalisation de la consommation est venu.
El Moudjahid

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