Le droit à la résistance

Le piège d’El-Guerguerat s’est irrémédiablement refermé sur le Maroc, coupable d’une violation «flagrante et manifeste» du cessez-le-feu, vidé en fait de sa substance par le reniement des engagements internationaux, conclus sous l’égide des Nations unies et de l’Oua, devenue l’Union africaine, le mépris affiché envers les instances onusiennes, la Minurso en l’occurrence fragilisée par l’épisode de l’expulsion humiliante de ses 83 fonctionnaires civils, le black-out imposé aux délégations étrangères et aux médias internationaux, et, au summum de l’insoutenable légèreté, la démission des représentants du secrétaire général de l’Onu, qui, de l’ancien secrétaire d’État américain, James Baker, à l’ancien Président allemand, Horst Köhler, ont préféré jeter l’éponge pour ne pas cautionner le statu quo intenable.
Aux antipodes de la volonté de paix de la Rasd, la politique du fait accompli, dont l’ouverture des 3 brèches dans la zone tampon d’El-Guerguerat est une preuve supplémentaire, s’inscrit dans une occupation illégale dénoncée par toute la communauté internationale — y compris par ses alliés les plus proches — qui ne reconnaît pas la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Cette dérive guerrière d’un régime aux abois, ébranlé par les succès diplomatiques et politiques du Front Polisario, et plus que jamais soumis à un isolement international, tient pour seul responsable du casus belli le Royaume marocain pris en flagrant délit d’agression et usant, comme à l’accoutumée, de «stratagème», dénoncé par le Président sahraoui, Ibrahim Ghali, faisant accroire à une quelconque adhésion au cessez-le-feu qu’il a lui-même violé et qu’il n’a jamais respecté. En vérité, l’offensive foudroyante de l’Armée populaire de libération sahraouie (APLS), soutenue de jeunes volontaires, a semé un vent de panique et une confusion qui ont touché les plus hautes sphères du Makhzen. L’acte inqualifiable d’El-Guerguerat a ouvert une brèche dans le dispositif militaire dépassé qui subit de plein fouet les errements de la politique expansionniste. Le droit à la résistance est légitimement proclamé par un peuple privé depuis plus d’un demi-siècle de son droit inaliénable à l’autodétermination et pleinement respectueux, malgré l’inertie de l’Onu et l’impuissance de la Minurso, des accords de paix souscrits en septembre 1991 prévoyant la tenue d’un référendum dans une année. Ni les violations systématiques des droits de l’homme dans les territoires occupés, ni le génocide à ciel ouvert commis à Gdeim Izik, ni la récente bravade d’El-Guerguerat n’a eu d’effet sur une Minurso frappée de discrédit. Le droit à la résistance reste la seule arme pour un peuple déterminé à restaurer ses droits nationaux et à poursuivre la lutte jusqu’à la victoire finale. Les attaques intensives et incessantes, lancées depuis le 13 novembre le long du mur de la honte, traduisent la détermination d’un peuple las d’attendre les «promesses non tenues de l’Onu», dénoncées par la fondation américaine US Western Sahara Foundation, appelant, par la voix de sa présidente Suzanne Scholte, l’instance onusienne à «cesser d’être un outil de l’agresseur». Autant que l’occupant, l’Onu est responsable de «l’une des tragédies oubliées», condamnées par l’ancien secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, qualifiant la présence marocaine d’«occupation illégale».
El Moudjahid

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