Le droit à la liberté

Le tournant stratégique d’El-Guerguerat a permis incontestablement le recentrage de la question sahraouie, qui retrouve, après des décennies de reniements de l’occupant et d’une impuissance caractérisée de l’Onu, ses fondamentaux en matière d’exigence de la légalité internationale et du droit inaliénable à l’autodétermination qui conditionne et donne toute sa raison d’être au cessez-le-feu, balayé d’un revers de la main par le Royaume du Maroc encouragé dans son aventure guerrière par des puissances tutélaires. Dans le monde entier, secoué par l’effondrement d’un statu quo précaire, jugé intenable par tous les émissaires onusiens et même par l’ancien secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, en visite dans les camps de réfugiés, bouleversé par les souffrances indicibles du peuple sahraoui, des dirigeants appellent au retour à la légalité internationale, incompatible avec la logique du coup de force et du fait accompli marocain. Dans un entretien téléphonique avec son homologue marocain, le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, a plaidé pour le règlement de la question sahraouie, «exclusivement par des méthodes politiques et diplomatiques fondées sur les principes universellement reconnus du droit international». De Londres, le ministre délégué, chargé du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, auprès du ministre des Affaires étrangères, James Cleverly, a appelé les deux parties à éviter une «nouvelle escalade» et à revenir le plus tôt possible au processus politique sous l’égide de l’Onu.
Cette évolution significative, confortée par le soutien des organisations internationales dénonçant le dépassement de la légalité internationale par l’occupant marocain et appelant l’Onu à ne pas être «un instrument de l’agresseur», traduit une prise de conscience réelle sur les conséquences de la rupture unilatérale du cessez-le-feu par l’occupant, qui, comme le souligne opportunément le Président sahraoui, Ibrahim Ghali, ne comprend que le langage de la force.
Il suffit seulement de rappeler que, sous la pression des armes et le poids de l’endettement provoqué par l’effort de guerre, le Royaume marocain a été contraint, après 15 années d’occupation, de signer l’accord de paix de septembre 1991 prévoyant la tenue du référendum dans une année.
L’acte inqualifiable d’El-Guerguerat est suivi par l’annonce du Président sahraoui proclamant une «guerre ouverte» dans toutes les zones désormais prohibées à toute activité.
Face à l’inertie coupable de la Minurso, encore une fois incapable de réagir à la situation illégale imposée par le Maroc dans la zone démilitarisée, le droit à la résistance est la voie qui reste pour un peuple uni et déterminé à arracher ses droits légitimes internationalement consacrés. «À la lumière des conditions de cette guerre violente imposée à notre peuple, la République arabe sahraouie demeure attachée aux principes du droit humanitaire international, ainsi qu’au droit légitime de notre peuple à la riposte», a souligné le Président sahraoui, prêt à interagir avec les efforts internationaux pour le règlement pacifique de la question sahraouie, dans le cadre du respect du droit international et du droit à l’indépendance. Dans les zones libérées, comme dans les territoires occupés, soumis à une vague de répression qui vise particulièrement les militantes des droits de l’homme — Sultana Khaya et Aminatou Haider, respectivement interdites de déplacement à Boujdour et en Espagne —, la soif de liberté mobilise les Sahraouis de l’intérieur et de la diaspora qui n’ont d’autre choix que le recours à la résistance armée pour faire entendre leur voix, après avoir vécu la désillusion d’une paix fictive.
El Moudjahid

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