Le déni de légalité et la loi de l’impunité

La provocation de trop d’El-Guerguerat, une zone tampon pourtant régie par les dispositions de l’accord militaire n°1 portant sur les mouvements militaires et prescrivant la nécessité d’éviter tout contact avec les personnes civiles et de ne recourir à l’usage des armes qu’en cas de légitime défense, est la prime à la loi de l’impunité et du silence coupable de la communauté internationale, tout particulièrement les apôtres du «devoir d’ingérence humanitaire» désormais frappé du sceau de la complicité active dans le génocide des Sahraouis. La dérive n’est surtout pas fortuite, elle révèle encore plus le caractère belliqueux et la mauvaise foi de l’occupant poussé dans ses derniers retranchements et acquis à la stratégie de la tension permanente traduite par la tentative de goudronnage de la route de la zone démilitarisée de Guerguerat, lancée en 2016 avant le retrait entrepris en février 2017. La mauvaise foi est d’autant plus évidente que le nouvel épisode de Guerguerat, réprimant la manifestation pacifique de la population sahraouie, intervient le jour même où des discussions sont prévues entre le chef de l’Onu et le Front Polisario. Face à la volonté de paix, scrupuleusement respectée par la République arabe sahraoui démocratique (RASD), la politique expansionniste marocaine imprime le refus viscéral d’une solution pacifique et durable de la question de décolonisation. Il s’agit assurément d’un acte prémédité, visant à torpiller les efforts de règlement du conflit et à saper les fondements d’un cessez-le-feu. Cette énième tentative a été dénoncée par le président sahraoui, Ibrahim Ghali, dans une lettre adressée au secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, se déclarant «gravement préoccupé» par les «conséquences possibles» de l’agression marocaine. Cette situation explosive traduit en effet l’inertie de l’Onu, minée par la partialité et le soutien d’un membre du Conseil de sécurité à l’occupant marocain, incapable d’organiser le processus référendaire prévu par la charte onusienne, dans le cas des territoires non autonomes, et consacré par l’Accord de paix conclu, en septembre 1991, entre le Maroc et le Front Polisario. Le déni de légalité, clairement exprimé par l’expulsion manu militari, en mars 2016, des 83 fonctionnaires de la Minurso et le départ en cascade des envoyés spéciaux engage pleinement et totalement la responsabilité de l’Onu appelée en conséquence par le président sahraoui à intervenir en urgence pour mettre fin à cette agression contre le peuple sahraoui et son territoire. Cette «violation directe et flagrante» place les Sahraouis en état de légitime défense, prévue par l’Accord militaire n°1, pour défendre la souveraineté et l’intégrité de son territoire. Elle interpelle l’ONU et la Minurso appelées par l’Algérie à accomplir leur mission, sans entrave, sans restriction et en toute impartialité exigée par les développements aux conséquences dangereuses pour la stabilité de toute la région. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a préconisé une «cessation immédiate des opérations militaires» et faire prévaloir le sens de responsabilité et de retenue par les deux parties, le Maroc et le Front Polisario, invitées au strict respect de l’accord militaire n°1 qu’elles ont signé à l’Onu. Le retour à la table de négociations, passant par la nomination d’un nouvel envoyé spécial, est inévitable.
El Moudjahid

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