La légitimité d’un combat

La conjuration n’a plus de secret pour personne. Plus de cinq mois après le retour à la guerre, le Conseil de sécurité a encore une fois failli à sa mission première en matière de maintien de la paix. L’échec du projet de déclaration, proposé par les États-Unis, signifie si besoin est l’incapacité manifeste d’un règlement juste et définitif de la question de décolonisation du Sahara occidental, lorsque, partout ailleurs dans le monde, les missions de paix onusiennes imposent le respect de la légalité internationale. Le déni de liberté est fondamentalement généré par le black-out total entretenu par les anciennes puissances coloniales, coupables de partialité et d’un pillage systématique des richesses sahraouies. La préservation des intérêts géostratégiques a donc prévalu, au détriment des valeurs de liberté et du droit inaliénable à l’autodétermination d’un peuple épris de paix et de justice. La dérive n’est pas seulement dans l’absence d’une quelconque dénonciation de l’agression militaire marocaine bénéficiant d’une impunité totale. Elle se traduit également par la prime à une occupation coloniale qu’aucun État dans le monde, y compris les alliés de la monarchie, n’a osé reconnaître. Plus de trois décennies de frustration et de déception suffisent à exprimer la dénaturation du processus de règlement onusien, qui, comme le souligne opportunément le Front Polisario, «a plus servi l’occupation que la paix». Le constat se fonde sur «une volonté d’occulter la guerre qui se déroule dans les territoires occupés, afin de protéger le statu quo bénéfique pour le Maroc et ses puissants alliés», souligne le Front Polisario, brandissant l’arme de la résistance pour faire valoir les droits du peuple sahraoui à une existence souveraine et libre. À la faveur du soutien indéfectible de l’Union africaine, du renforcement du puissant mouvement de solidarité internationale et d’un consensus fort, acquis au retour à la légalité internationale, la légitimité de la lutte armée reste le seul choix pour un peuple qui a fait le deuil des promesses évanescentes traduites, encore une fois, par l’absence d’une riposte appropriée au risque d’escalade aux conséquences dangereuses pour toute la région. Plus qu’une simple désignation d’un nouvel émissaire, confrontée à des «difficultés» reconnues par le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, et davantage frappée du syndrome des «missions impossibles» vécu par les 4 envoyés spéciaux démissionnaires, la relance du processus de paix est tributaire de la mise en place d’un nouveau cadre de négociation, défendu par le Front Polisario, pour le rétablissement de la question sahraouie dans son véritable contexte de décolonisation inachevée.
El Moudjahid

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