Mohamed Achir, économiste : «Il faut une restructuration des avantages fiscaux»

Adoption du projet de loi de finances par l’APN - Ph. : Billal
Adoption du projet de loi de finances par l’APN - Ph. : Billal

Le projet de loi de finances a été adopté par l’APN. Si le texte constitue un acte juridique permettant à l’État une autorisation de dépenses et une perception de recettes, son contenu, commente Mohamed Achir, économiste,souffre quelques ambiguïtés.

À ses yeux, les dispositions du texte «devraient répondre à un programme de réformes structurelles et de relance économique». Or, l’universitaire constate une «absence de stratégie globale et d’un plan de stabilisation et de relance». Pour les anomalies, il cite la reproduction des mêmes niveaux de dépenses, au moment où le déficit s’élèvera à 2700 milliards DA. En effet, le PLF 2021 prévoit que les dépenses budgétaires totales augmenteront pour passer de 7.372,7 mds de dinars dans la LFC 2020, à 8.113,3 mds de DA en 2021 (+10%), ensuite à 8605,5 milliards de DA en 2022 (+ 6,07%), puis à 8 680,3 mds de DA en 2023 (+0,9%). Dans sa répartition du budget en termes de dépenses pour l’année 2021, le projet de la loi de finances n’a pas apporté beaucoup de changements en termes d’orientation et de priorité budgétaire, et ce, malgré plusieurs facteurs qui entrent en jeu dans la conjoncture de préparation de la loi de finances 2021. En dépit de la crise de coronavirus, le ministère de la Santé est resté à la quatrième position avec un peu plus de 410 mds de dinars. Pour M. Achir, la situation actuelle impose «la restructuration des dépenses, notamment les différentes subventions et l’introduction de mesures d’inclusion de la sphère économique informelle pour élargir l’assiette fiscale, ainsi que la restructuration des avantages fiscaux accordés et qui ne procurent pas un réel retour sur investissement». Pour le volet budgétaire, l’économiste propos de «jumeler certains ministères pour faire des économies», précisant que «31 budgets ministériels, c’est excessif». Répondant à nos questions, M. Achir préconise également de «clarifier les charges communes, réduire les subventions d’énergie et les dépenses en capital, notamment les bonifications des taux d’intérêt». D’autre part, le gouvernement, après une récession en 2020 à cause des effets de la pandémie sur l’économie nationale, devrait renouer avec la croissance selon les projections attendues, et table sur une progression de Produit intérieur brut (PIB) de 4,0%, après une contraction de - 4,6% au terme de cette année. A ce sujet, les experts, unanimes, relèvent le risque de se situer à mille lieues de l’objectif fixé, et ce, pour au moins deux raisons. D’une part, cette reprise dépendra de la fin de la pandémie du Covid-19, qui a handicapé l’économie algérienne, notamment à cause du confinement et des dépenses exceptionnelles consacrées à la lutte contre la pandémie. D’autre part, la croissance attendue dépendra fortement d’un autre facteur hérissé d’incertitudes : l’évolution du cours du baril de pétrole. Rappelons que le ministre des Finances a rassuré quant au financement du déficit budgétaire qui, selon lui, s’effectuera à travers l’utilisation d’«une partie des réserves et affectations constituées par la Banque centrale». Une autre partie des fonds propres de la BA sera placée «en bons du Trésor». S’y ajoutent la dynamisation du marché des bons du Trésor, à travers le rachat d’importants crédits bancaires communs, et le refinancement des bons du Trésor émis en contrepartie du rachat de ces crédits bancaires communs.
Fouad Irnatene

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