Gestion des conteneurs séjournant plus de 30 jours au niveau des ports : La nécessité d’une instance de coordination

Le ministère des Transports a annoncé récemment l’intention de son département d’instaurer des amendes graduelles, selon la durée, à l’encontre des opérateurs dont les conteneurs séjournent au niveau des ports au-delà de 30 jours générant des surestaries élevées. Selon les experts du cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), si «cette mesure peut paraître, à première vue, raisonnable et justifiée, il reste toutefois qu’il faut, comme pour toute mesure d’ordre légal ou réglementaire, prendre le soin d’analyser au préalable la nature du problème effectivement posé». Sinon, comment expliquer le fait que les opérateurs prennent «le risque de payer entre 40 USD et 100 USD par jour et par container en frais d’entreposage plutôt que de vider rapidement les conteneurs et de les restituer à leur propriétaire ?» Autrement dit, «l’application potentielle d’amendes financières serait vraiment efficace et dissuasive s’il s’agissait de sanctionner des choix de gestion opérés par les entreprises que ce soit de manière délibérée ou par négligence». Dans cette optique, les économistes de Care indiquent «qu’il n’y a aucune objection à ce que des amendes financières alourdies soient appliquées sur tout conteneur qui ne serait pas restitué dans un délai encore plus réduit, soit dix à quinze jours, après l’autorisation d’enlèvement des marchandises délivrée par les services des douanes». Cela «même si le coût des surestaries de 40 USD à 100 USD par jour et par container est en lui-même objectivement assez dissuasif». Toutefois, soulignent-ils, la question des délais et des procédures douanières doit être traitée à fond, car «la situation est beaucoup plus complexe, en ce sens que les opérations de dédouanement impliquent toujours de nombreux intervenants aux tâches multiples et totalement enchevêtrées». Aussi, «il serait hasardeux et économiquement injuste d’en faire supporter le poids et la responsabilité aux seules entreprises importatrices» dans les conditions actuelles. «Dans un tel contexte, on ne peut que recommander la mise en place d’une instance de coordination de l’action des différents intervenants, comme il en existe dans tous les ports du monde. L’enjeu de cette forme de coordination est de faire en sorte d’aider les entreprises locales à enlever leurs marchandises aussi rapidement que possible et avec un coût aussi réduit que possible». Dans son analyse, Care relève qu’«en plus des faiblesses de la coordination au sein des enceintes portuaires, il faut souligner l’impact néfaste de certaines incohérences de nos réglementations», notamment «l’interdiction de l’importation de conteneurs usagés». Une mesure assouplie dans la LFC 2020, mais qui maintient «l’interdiction pour les équipements de transport de marchandises, ce qui inclut les conteneurs». Une mesure «absurde», d’autant plus que les entreprises sont amenées à payer des surcoûts élevés pour cause d’immobilisation de leurs conteneurs, alors que, pour le même prix, elles achèteraient les containers tout simplement. En conclusion, «dans la mesure où les autorités souhaitent vraiment réduire le niveau des surcoûts en devises sur les transferts liés au transport maritime de marchandises, dans le contexte actuel de tensions très fortes qui s’exercent sur les comptes extérieurs du pays, l’axe de travail sur lequel elles devraient se concentrer est sans conteste celui consistant à réduire le délai de séjour des navires dans les ports algériens». Celui-ci est en moyenne de 3 à 4 fois la norme à travers le monde, souligne Care. En définitive, «les autorités économiques ne devraient pas s’engager dans des mesures précipitées qui, outre qu’elles pénalisent lourdement les entreprises, ne s’attaquent pas aux sources profondes des surcoûts qui grèvent la gestion de notre commerce extérieur». En fait, «il serait plus indiqué de procéder au préalable aux expertises techniques des différents volets de l’organisation de nos échanges extérieurs et d’y apporter des réponses rapides et appropriées».
D. Akila

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