Développement de la filière lait en Algérie : Le Cread lance la réflexion

Le centre de recherche en économie appliquée pour le développement a organisé, lundi, un webinaire sur le thème «Les contraintes et perspectives du développement de la filière lait en Algérie».

Deux interventions ont figuré au programme. M. Abbas Khaled, directeur de recherche à l’NRAA, a abordé «les systèmes d’élevage laitiers en Algérie (région semi-aride de Sétif) pour faire un premier constat de base, à savoir que «le système d’élevage est rarement un système de production (spécialisé). Il fera remarquer qu’«au cours des deux dernières décennies, une nette progression des effectifs bovins laitiers a été relevée» et que «les tendances actuelles sont en faveur d’un regain d’importance du bovin dans les systèmes de production». L’intervenant a également souligné que «d'un point de vue économique, l’agro-pastoralisme constitue un moyen optimal de subsistance, de production de richesses et de gestion des risques dans un milieu naturel contraignant et un environnement économique incertain», d’où la nécessité de préserver ce savoir-faire. Il a indiqué, d’autre part, que «la remise en état des pâturages naturels   apparait comme primordiale afin de réinstaller les bases de l’élevage pastoral performant et par la même restaurer des niches écologiques actuellement fortement dégradées». En effet, «des potentialités existent pour la création, mais aussi pour l’amélioration des prairies naturelles par le biais d’une semence préconisée par des projets de coopération méditerranéens ayant donné des résultats très tangibles dans la région de Sétif». Il s’agit aussi, a-t-il indiqué, d’explorer «d’autres voies techniques pour renforcer l’autonomie alimentaire des exploitations agricoles tout en améliorant la fertilité des sols et leur préservation de l’érosion», notamment par «l’introduction de cultures fourragères d’appoint à base de mélanges graminées légumineuses». Plaidant pour l’élevage pastorat extensif, l’intervenant affirme que «réfléchir le développement de l’élevage ou des productions animales revient au développement du système de production en prenant en compte la nature des interactions entre ses différentes composantes», les céréales notamment. Contraintes et perspectives M. Fateh Mamine, conseiller-expert en accompagnement et stratégie des entreprises agricoles et agroalimentaires (France), a, pour sa part, abordé les «principaux freins au développement de la filière lait en Algérie». Il relève ainsi qu’au niveau des exploitations d’élevage laitier, «plus de 55,3% des exploitations ont moins de 5 ha et sont ainsi non éligibles aux subventions publiques (élevage hors sol, ratio UGB (unité de gros bétail) /ha). Il notera aussi que «la production laitière bovine représente environ 73% de la production nationale» pour s’interroger sur «la place des autres laits», dans la filière. «Diversité des systèmes d’élevage, avec une surreprésentation des systèmes extensifs avec un faible cheptel. Le système intensif peine à se développer faute de disponibilité limitée des ressources foncières et en eau. La lenteur de la modernisation de l’élevage laitier par insuffisance d’investissements techniques et humains. La préférence des éleveurs pour la valorisation de la production laitière par l’allaitement des veaux et le manque d’incitations à la production ainsi que la faiblesse du prix minimum garanti, couvrant à peine la hausse des coûts de production. Les ressources naturelles limitées du fait d’un climat semi-aride à aride sur plus de 90% de la surface du pays ce qui est un handicap majeur pour la production fourragère qui nécessite des ressources hydriques importantes, progrès génétique insuffisant sachant que la production nationale affiche un taux de croissance annuel moyen de 5,4 % dont 2,7 % /an, lié à l’amélioration du rendement moyen par vache», sont les principales observations relevées par l’intervenant. Aussi, a-t-il affirmé, plusieurs facteurs ont contribué à la faible efficacité de ces politiques d’importation de génisses. Il évoque «l’absence d’un schéma de sélection et d’un appareil effectif de gestion de l’amélioration et de la sélection génétique, la réticence à l’adoption de l’insémination artificielle dans l’élevage laitier, le manque d’adaptation d’une part importante des animaux importés à leur nouvel environnement d’élevage», d’où leur «réforme et abattage précoce afin de tirer profit de leur valeur bouchère jugée plus rémunératrice (43% durant les trois premières années).» Au niveau de la collecte, les faiblesses résident, entre autres, dira-t-il, dans «le taux de collecte industrielle du lait local qui s’est effondré» au profit de la «transformation de la poudre de lait importée, l’émergence de «circuits informels» sous la forme de vente directe de lait ou de produits laitiers transformés artisanalement, un «système de collecte industriel totalement dépendant de la finance publique (5DA/litre collecté), et «l’absence des mécanismes d’incitation par le marché». Concernant les obstacles liés à la transformation, on relève dans l’intervention de l’expert que la «transformation industrielle est toujours dominée par la poudre importée», que «la filière englobe 15 entreprises du groupe public GIPLAIT et plus de 162 entreprises privées dont la capacité de transformation est très variable», que le taux d’intégration ne dépasse pas actuellement 20% de la production alors qu’il était estimé à plus de 70% au début des années 1960». M. Fateh Mamine a également noté que le «différentiel de prix entre le lait importé (subventionné) et le lait local décourage la structuration de la filière locale» en matière de «régularité de l’approvisionnement régulier, contrôle de la qualité, facilité de transformation, solvabilité de la demande». Il fera état aussi d’«une gestion de la qualité encore peu compatible avec le modèle industriel», de «moyens du contrôle non homologués, de «problème de transparence de contrôle de la qualité par les laiteries», de «contrats d’engagement (conventions) trop limitatifs pour les acteurs de l’amont (bonus/malus)». En matière de perspectives, il estime que «le développement récent des méga-fermes dans la zone steppique peut contrebalancer cette configuration s’il est associé à une gestion durable des ressources hydriques». Il insiste dans le même contexte sur «la labélisation des produits laitiers locaux» comme étant «un levier important pour soutenir la filière laitière locale face à la concurrence internationale» et, enfin, sur la «diversification dans les filières innovantes pour soutenir les revenus des éleveurs».

D. Akila

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