Assurance «Takaful» : Une réglementation spécifique souhaitée

Le développement de l’assurance takaful ne portera pas le nombre des travaux d’Hercule à 13, mais elle n’est qu’à ses premiers balbutiements.
Seule Salama Assurance, créée en 2000, y active. Destinée à accompagner l’essor de la finance islamique, ce type d’assurance a connu, pourtant, à travers le monde, une croissance phénoménale. Sur de nombreux marchés locaux, le takaful continue de croître plus rapidement que l’assurance conventionnelle.
Les actifs mondiaux des opérateurs takaful ont atteint 46 milliards de dollars en 2017 et devraient atteindre 72 milliards à l’horizon 2023. À l'échelle mondiale, on estime à 324 le nombre d'opérateurs takaful et retakaful et de fenêtres takaful (113 mixtes, 112 généraux, 76 familiaux, 21 retakaful). A titre d’exemple, en Malaisie, le takaful familial et le takaful général ont progressé respectivement de 9,8% et de 5.8% en 2016.
Une question se pose : pourquoi cette effervescence ne touche pas l’Algérie ? Sollicité par nos soins, Ezzedine Ghlamallah, fondateur du cabinet SAAFI, désigne «un désintérêt des assurés et une absence de réflexe assurantiel en assurance de personnes», «un déficit en termes de pénétration et un manque d’offre», «un retard considérable dans le domaine des produits de capitalisation absents du marché», «une concentration entre les mains des acteurs publics» ainsi qu’«un manque de démocratisation de l’offre, de culture assurantielle et de campagnes de sensibilisation». Que faire face à cette multitude d’inconvénients ? M. Ghlamallah relève que l’avenir de l’assurance takaful est tributaire de deux conditions majeures : «opter pour une stratégie de différenciation, basée sur la conformité mais aussi sur l’incarnation des valeurs alternatives proposées», et «légiférer afin de rendre d’autres branches d’assurances obligatoires et adopter une régulation adaptée aux spécificités du takaful comme ont su le faire la Tunisie et le Maroc».
L’expert voit d’un bon œil l’avenir de cette assurance «en raison de données démographiques et socio-économiques favorables. De plus, le développement d’internet doit profiter au secteur». Aussi, enchaîne-t-il, «le changement des habitudes de consommation et la prise de conscience des consommateurs vers des produits plus conformes à leur éthique et valeurs religieuses doivent également contribuer à dynamiser l’activité». Quant au volet réglementaire, M. Ghlamallah indique que dans la continuité du règlement adopté par la Banque d’Algérie pour les opérations de finance participative, «une réglementation spécifique aux opérations takaful devrait être adoptée prochainement».
Dans ce chapitre de solutions, l’expert propose également d’adopter une approche permettant l’adaptation, l’amélioration et la création de nouveaux produits qui répondent aux besoins et aux valeurs socioculturelles des individus. Autrement dit, opter pour une stratégie de différenciation, basée sur la conformité mais aussi sur l’incarnation des valeurs alternatives proposées.
Fouad Irnatene

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