Ajustement des politiques publiques : Un impératif pour une maîtrise du change

L’ajustement des politiques publiques est plus que jamais inscrit au chapitre des urgences. Dans le cas contraire, Abdelrahmi Bessaha, économiste au FMI, indique qu’avec des perspectives déjà défavorables pour 2021 et 2022, «le pays se dirigera vers une crise de change en 2022/2023, avec le risque de compromettre l’indépendance économique du pays».

Tout report des réformes, affirme-t-il, sentencieux, «ne fera qu’aggraver cette récession et rendre les mesures correctives qui sont incontournables encore plus douloureuses pour la population». Joint par nos soins pour davantage d’éclaircissements, notamment sur l’éventuelle existence d’une marge de manœuvre pour contourner ce scénario qui risque d’être fatal, Souhil Meddah, expert financier, relève que la question des réserves de changes dépasse la problématique de la quantité de stock en réserves. Selon lui, la réaction des pouvoirs publics reste «largement limitée et figée autour de logiques protectionnistes tarifaires et non tarifaires». Le rôle de ces actions protectionnistes, précise-t-il, «n’est qu’un rôle régulateur ou de correction, qui ne peut en aucun cas s’inscrire dans le cadre d’une stratégie globale, lointaine à moyen et long termes». D’autre part, M. Meddah précise que le soutien ou le maintien des niveaux élevés du stock des réserves de changes «peut être ressourcé à travers d’autres canaux d’approvisionnement, car en dehors du solde unique de la balance commerciale, la balance des paiements peut s’approvisionner à partir d’un autre compartiment qui est lié aux mouvements des capitaux et des dettes». Sur ce plan, l’expert explique que «l’apport des IDE est un apport fondamentalement important qui permet de faire des ajustements sur le dinar déjà existant ou en voie de création qui sera appuyé par les apports en valeurs monétaires des devises étrangères (la hausse de la demande sur le dinar)». Toutefois, précise-t-il, cette perspective des IDE «ne peut être efficace que dans le cas où les volumes des IDE ne s’arrentent pas, afin de permettre un équilibre entre ressources en IDE et transferts en dividendes sur IDE». Dans une autre mesure, l’expert financier indique que «l’autorisation des investissements sur portefeuilles étrangers peut apporter son lot de financement en devises contre des dinars, sur des affaires ponctuelles bien ciblées». Dans le même ordre d’idées, il souligne que la question des réserves de changes «ne se limite pas uniquement aux compartiments des exportations et des importations, mais elle obéit aussi à d’autres logiques de capitalisation, d’échange et de placement financiers entre économies, qui répondent à leur tour aux besoins immédiats de lubrification d’une activité économique en plein développement et en forte mutation». Rappelons que, pour les solutions, le Dr Bessaha avait préconisé, entre autres, un mix basé sur une politique budgétaire visant à réduire le déficit du budget, une politique monétaire devant contenir l’inflation par le biais d’une bonne gestion de la liquidité, une politique de change visant à réduire la surévaluation du dinar algérien. Selon lui, «la poursuite d’une dépréciation du taux de change est incontournable». Ce mix, dit-il, est «crucial et incontournable pour assurer la viabilité des finances publiques et du secteur extérieur. Le mix macroéconomique doit être accompagné d’une politique sociale précise et ambitieuse qui doit protéger les segments vulnérables de la population».

Fouad Irnatene

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