Nouvel an amazigh 2971 : Une matrice et un lien fédérateurs

- Alger : Tout un  cérémonial
- Bechar : Les familles réunies  autour de la gas’âa
- Sétif   : Dans la joie et la convivialité
- Béjaïa  : Un vecteur d’unité  et de cohésion sociale
- Oran  : Le cherchem très  apprécié
- Tipasa : La grand-mère au centre  des festivités
- Région du M’zab : Un événement toujours vivace
- Sour El Ghozlane : L’antique Auzia se met à l’heure  du nouvel an amazigh
- Atlas blidéen :  Attachement des habitants à leur identité
- A l’origine du calendrier : Un indéniable référent identitaire
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Aujourd’hui, les Algériens fêtent le nouvel an amazigh coïncidant avec le 12 janvier de chaque année ; une date emblématique du calendrier berbère.

Le nouvel an amazigh reflète dans sa symbolique un attachement viscéral à la terre nourricière et à l’agriculture. Selon une croyance ancestrale, il augure une année d’abondance.
Yennayer est une des fêtes populaires les plus anciennes de l’humanité qui est célébrée sur une vaste échelle géographique.
Elle survit et s’enracine avec force malgré l’adversité qui lui est infligée au cours des siècles. Largement répandu en Afrique, nous retrouvons Yennayer, sur toute l’étendue nord de ce continent, allant de l’Egypte aux côtes atlantiques, du désert de Siwa jusqu’aux îles Canaries en passant par les tribus Dogons maliennes. Le terme «Yennayer» se retrouve dans toute l’Afrique du nord jusqu’au sud du Sahel avec de légères variations sur la même racine. On peut détecter des similitudes clairement identifiables dans les rituels et dans les mythes qui s’y rattachent.
De ce fait, Yennayer est un dénominateur et un socle culturel communs fortement socialisants par leur ancrage historique, trans-civilisationnel.
Yennayer se distingue par l’organisation de programmes culturels riches
à travers tout le territoire national.
Un panel d’universitaires et de spécialistes fournissent au public des éclairages intéressants sur divers aspects de l’histoire de l’Algérie ancienne, des projections de films documentaires, des rencontres pédagogiques, des concerts de chant traditionnel, des expositions artisanales, notamment la poterie, la tapisserie, la vannerie, le costume traditionnel, les bijoux, les arts culinaires, des livres et des photos avec la participation active du mouvement associatif et des comités de villages, des récitals poétiques, des pièces théâtrales, mettant en valeur la double dimension historique et culturelle
de cette fête qui s’étale sur plusieurs jours.
C’est également, une occasion propice pour faire connaître le patrimoine,
les coutumes et les traditions liés au nouvel an amazigh.
Une meilleure façon d’échapper au «folklorisme» débridé qui a sévi depuis trop longtemps et qui a altéré l’appréhension correcte de cette culture chez nombre de nos concitoyens. Le ministère de l’Education nationale a instruit ses directions afin qu’elles mettent au point un programme spécial et étoffé dans l’ensemble des établissements scolaires dans les trois paliers.
Un cours est prodigué aux élèves sur l’importance et la place que détient cette célébration dans notre mémoire collective.

Une matrice indélébile et un lien fédérateur

Ce rite, qui plonge ses racines dans les tréfonds de notre histoire, se perçoit comme un facteur de rassemblement, de cohésion et d’union de la nation algérienne qui prend sa vivifiante source sur une matrice indélébile de notre identité, de l’authenticité d’une culture pluridimensionnelle.
Ce passage à l’an 2971, accompli dans un contexte sanitaire exceptionnel du à la pandémie de la Covid-19, dans le respect des mesures-barrières, est la preuve d’une Algérie débarrassée de ses vieux démons, soucieuse de la préservation et de la promotion de sa culture, que certains esprits de clocher tentent de remettre en cause pour créer une espèce d’antagonisme d’un autre âge. Le tamazight est consacrée langue nationale et officielle dans la Constitution, Yennayer est consacré fête nationale et journée du 12 décembre, chômée et payée.
Dans son préambule, l’amendement constitutionnel, adopté le 1er novembre 2020, constititutionnalise le mouvement populaire du 22 février 2019, la prohibition du discours haineux et de discrimination et l’insertion de tamazight en tant que disposition qui ne peut faire l’objet de révision.
La reconnaissance de Yennayer correspond à davantage de symbiose entre l’Etat et la nation, incarne une volonté de vivre et de construire ensemble. Le fait de lui conférer une dimension nationale, l’implication de plusieurs secteurs ministériels dans la préparation de ces festivités sont des progrès à valoriser pour le compte de l’affirmation de tous nos repères identitaires. Une étape encourageante qui appelle d’autres conquêtes au profit de la promotion de la culture amazighe.
Pareille volonté ne laisse plus aucune marge ni aucun argument à ceux qui persistent à restreindre ou à faire obstacle à la réhabilitation absolue
et définitive de ce segment essentiel de notre personnalité.
Mohamed B.

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Alger
Tout un  cérémonial

La double dimension culturelle et historique que revêt Yennayer, diversement célébrée dans toutes les villes d'Algérie, est mise en valeur à Alger par la célébration de la tradition et des rites populaires dans les atmosphères chaleureuses des réunions familiales, empreintes de joie et de convivialité.
Selon l’archéologue, ethnographe et actuelle directrice du Musée public national des Arts traditionnels et populaires (Mnatp), Farida Bakouri, chaque famille algéroise célèbre Yennayer, "selon les rites ancestraux propres à ses origines", dans une ambiance festive, ravivant notamment la tradition culinaire du fameux diner du nouvel an berbère, communément connu sous l’appellation de "Imensi n umenzu n Yennayer".
Chez certaines familles, ajoute l’ethnographe, le traditionnel couscous, passé à l’huile d’olive et préparé avec une variété de légumes, est généralement accompagné du sacrifice (Asfel) d'un coq, un rite ancestral pour purifier la nouvelle année de tout esprit maléfique.
Ce grand banquet est ensuite "réparti en trois groupes" où les hommes, les femmes et les enfants se mettent séparément autour de grandes assiettes communes avec "des cuillères plantées dans le couscous pour marquer et honorer la présence de chacun", explique-t-elle encore. Na Saâdia, une habitante de la capitale, explique que la préparation de ce diner copieux, autour duquel parents et enfants, oncles et tantes, cousins et cousines se réunissent, se fait "avec les cotisations de tous" pour se dérouler chaque année, après la disparition des grands parents, "chez l’un des chefs de famille proches" dont c’est le "tour d’accueillir chez-lui la soirée de ce grand événement".
"Des plats de "tighrifines" (crêpes) et une soupe à base de pois chiches, de fèves séchées et de viande hachée", sont ensuite servies, avant de passer au rite du "trez", où les enfants, les plus jeunes notamment, s’assoient à l’intérieur d’une grande assiette et se font déverser sur la tête "un flot de bonbons et toutes sortes de friandises pour augurer d’une année pleine de richesses, de joies et de réussites", ajoute la doyenne de la famille.
Une fois le cérémonial du "trez" terminé, chaque membre de la famille "enfile sa plus belle tenue traditionnelle" pour participer à un ensemble d’activités en lien avec la célébration de Yennayer, à l’instar de la "reconstitution de la légende de +thamgharth+" ou "laâdjouza" (la vieille), à travers des chants ou des jeux de rôles, la "déclamation de poésies" ou d’"histoires anciennes" sur le travail de la terre et la récolte des olives, a-t-elle dit. Toutefois, les rites relatifs à Yennayer ne semblent pas "évoluer à la même vitesse", car si le volet culinaire se perpétue sans peine en s’adaptant aux nouvelles habitudes gastronomiques, d’autres traditions sont "délaissées ou simplement en passe d’être oubliées", a fait remarquer la directrice du Mnatp. Ainsi et selon elle, qu’en est- il de la maison qui se voulait totalement nettoyée comme pour la purifier ? Ce qui n’est pas sans rappeler cette coutume de "dalla essaboune", pratiquée par la population de la Casbah d’Alger à l’approche du ramadhan, ou encore, la "nécessité d’achever impérativement", ce jour-là, toute tâche ménagère ou travail manuel entamés. Si ce patrimoine commun qu'on tient en héritage du passé subsiste encore, les générations suivantes, désormais gérantes et garantes de cette mémoire, ont la lourde responsabilité de non seulement le préserver, mais aussi et surtout de le valoriser et le promouvoir, de l'avis de différents participants à des expositions célébrant Yennayer à Alger.
L'inscription de "Yennayer" et des rites qui accompagnent sa célébration sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ne serait, par conséquent, qu’un aboutissement naturel et légitime, après sa reconnaissance comme fête nationale officielle, poursuivent les exposants.
Yennayer, qui signifie "premier jour du mois", est le premier jour de l'an du calendrier agraire amazigh qui correspond au 12 janvier du calendrier grégorien. Il est fêté dans toute l'Afrique du Nord, et jusqu'aux Iles Canaries où subsistent des survivances de la tradition berbère, ainsi que dans certaines régions du Sahel.
L'Algérie est le premier pays d'Afrique du Nord à réhabiliter Yennayer, consacré journée chômée et payée depuis 2018, sans doute une "avancée significative dans la réhabilitation des fêtes propres au peuple algérien", conclut Farida Bakouri.

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Bechar
Les familles réunies  autour de la gas’âa

Les habitants de la vallée de la Saoura célèbrent Yennayer, la fête du fellah pendant laquelle on prépare un plat bien connu sous l’appellation le Mardoud garni de morceaux de viande séchée et de petits haricots appelés tadelakhte. C’est aussi l’occasion de réunir tous les membres de la famille autour de la gas’âa. Le dessert est essentiellement composé de toutes sortes de fruits secs et de confiserie. Casser les noisettes et les noix, surtout pour les enfants, est devenu à la longue un rituel aussi bien tant attendu que très prisé. Yennayer est cette tradition qui resserre le tissu familial permettant de perpétuer cette coutume pour consolider les liens familiaux, dans la joie et le partage.
Ramdane Bezza

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Sétif
Dans la joie et la convivialité

Yennayer est fêté dans la joie et la convivialité au pays du cheikh El Fodhil el Ourtilani et sur ces montagnes des Beni Yala. Du nord au sud de cette wilaya, c’est chaque année un sentiment fort qui prévaut en ce jour du 12 janvier, du pays de Cheikh el Fodhil el Ourtilani, berceau de la culture, jusque sur les hauteurs des Beni Yala ou la richesse de la nature n’a d’égal que la formidable hospitalité de ses enfants, Guenzet qui a enfanté tant de femmes et d’hommes dont les noms et les œuvres resteront gravés dans l’histoire du mouvement national et des tablettes de notre culture partagée, vivent déjà au rythme de la formidable richesse et la diversité de notre patrimoine.
Sur l’autre versant sud de cette wilaya, sur les montagnes d’El Hamma et de Boutaleb comme tant d’autres contrées, Beni Azziz, Babor et Sétif, ce premier mois de l’année dans le calendrier amazigh relève encore d’une fête ancestrale, d’un événement qui nous replonge dans ce sublime héritage commun, forgé par bien des valeurs que véhicule encore Amenzu n Yennayer. Des valeurs de partage et de solidarité qui se fondent harmonieusement dans des gestes, des coutumes et ces pratiques d’autant plus fortes du vivre ensemble d’Algériens fiers de leur amazighité.
Yennayer sera célébré cette année dans respect des mesures préventives et des gestes barrières non sans mettre en exergue bien des rites et des traditions liées à cet événement. A Guenzet, Omar n’oublie pas ce succulent couscous préparé par ces vieilles qui y mettent du cœur et de la sensibilité pour donner la dimension qu’il mérite à cet évènement et consolider davantage toutes ces traditions par la dégustation de tighrifines et galettes aux œufs avant la distribution de friandises aux enfants. Dans cette localité réputée aussi par ses zaouïas, c’est le moment opportun pour dire aux enfants les prouesses de leurs aînés et leur raconter la grande victoire de Chachnag. Dans ces contrées de la commune de Bouandas, Mansour n’oublie pas Yennayer déterminant la fin des labours et le milieu des cycles humides, ces moments indiqués pour les plantations nouvelles. Yennayer qui constitue le début d’une ère nouvelle d’unité et de prospérité et intervient en cette fin de récolte des olives, rehaussé par un bon dîner familial autour d’un couscous dont la sauce est enrichie de légumes secs après que l’on ait pris le soin aussi d’égorger un poulet du terroir. C’est un repas de communion agrémenté par la distribution de fruits secs, des noix, des figues et des amandes.
Dans cette ambiance familiale toute d’espoir et de convivialité, Yennayer est aussi le moment fort de repas copieux, de tant de traditions culinaires et de rites qui trouveront dans des dimensions toutes de symboles, tant de prières et de vœux augurant d’un avenir meilleur de prospérité. Des moments d’espoir et convivialité relevés par un repas frugal, un succulent abissar, couscous aux fèves séchées que l’on assaisonne soigneusement de la viande d’un poulet du terroir ou d’un morceau de viande séchée que l’on aura gardé de la dernière fête de l’Aid pour un bon plat de tikerbabine en cette période de laachour d’une cuisine à l’huile d’olive et d’une dégustation de ftayers.
Des moments symboliquement forts du henné pour les enfants ou de la première coupe de cheveux pour les plus petits.
F. Zoghbi

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Béjaïa
Un vecteur d’unité  et de cohésion sociale

A l’instar des autres régions du pays, les populations des localités de la wilaya de Bejaia célèbrent depuis samedi, la fête de Yennayer. Les citoyens procèdent aux derniers achats : poulet et viande d’agneau. Les dattes, les figues sèches et la semoule de caroube feront parties des emplettes. L’après-midi, les femmes, vêtues de leurs robes kabyles et du foulard bariolé (amendil), préparent des beignets (lakhefaf ou sefendj), des crêpes à l’huile d’olive (tibou3djadjine) et des plats de thataminet oukharoub (pâte de caroube). Le dîner familial sera composé des plats de berkoukes et de couscous au poulet et viande d’agneau et même de la viande de chèvre agrémentés de légumes avec de la courge, des navets et de la carotte, le tout accompagné de piment piquant. Certains villageois préparent le plat de la soirée avec de la viande séchée (achelouh ou aquedid) et une sauce de légumes secs composée des fèves ou des petits pois cassés (abissar). Les vieux enveloppés dans leur burnous blanc s’entourent de leurs progénitures pour leur raconter des histoires. Tous les membres de la famille se souhaitent Assegas ameggaz.
Des festivités culturelles sont organisées à travers les communes de la wilaya. La cérémonie officielle a débuté samedi à partir du site de la Casbah avec un programme riche et varié élaboré par la commune de Béjaïa en étroite collaboration avec la direction de la culture et des arts qui comporte diverses activités et qui s’étalent du 9 au 14 janvier sous le slogan «vecteur d’unité et de cohésion sociale». Ainsi le site historique de la Casbah abrite le marché de Yennayer à sa troisième édition avec une exposition vente de produits de terroir, habits traditionnels et d’artisanat et une collation autour des plats traditionnels.
Une randonnée pédestre s’ébranlera de la Casbah au mausolée Sidi Aissa avec un grand couscous qui sera offert aux invités. La bibliothèque principale abritera trois conférences. L’une de Brahim Tazarart, écrivain sous la thématique « Chashnaq personne de l’histoire de l’Afrique du Nord », une seconde conférence vente-dédicace du livre intitulé Gueldamen du docteur Farid Kherbouche et enfin une dernière conférence animée par Mme Moussaoui Fairouz, enseignante et chercheuse au département amazigh de l’université sur le thème «Enseignement de tamazight, bilan et perspectives». Cette infrastructure abrite également une exposition sur l’histoire libyco-romaine, une exposition sur le patrimoine immatériel algérien classé par l’Unesco, une exposition sur la grotte Afalou Bourmel, une promotion de livre amazigh, une exposition sur l’histoire du couscous ainsi qu’une présentation de tableaux de peinture de l’artiste Chaffaa Ouzani. Par ailleurs une visite d’expositions et ateliers des adhérents ont été organisés à la maison de la culture. Le théâtre régional Malek-Bouguermouh abritera un concours culinaire, un défilé de mode (miss Béjaïa) et une présentation d’une fête de mariage traditionnel.
Mustapha Laouer

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Oran
Le cherchem très  apprécié

Les vitrines des boutiques, les grandes surfaces commerciales et les marchés populaires sont habillés aux couleurs de Yennayer à la grande joie des familles qui se réunissent autour du célèbre repas de Yennayer appelé Cherchem. Des offres promotionnelles sur différents produits sont proposées par des boutiques en ligne à l’occasion de Yennayer. Le marketing est aussi présent particulièrement dans les grands marchés populaires comme ceux de Mdina El Jedida et les Aurès. Les Oranais ont célébré le nouvel an amazigh dans la pure tradition avec l’achat du mkhalat, une confiserie avec les arachides, dattes, châtaignes, cacahuètes, figues sèches, pistache et bonbons en chocolat. La veille de Yennayer, on prépare le Cherchem (un repas à base de grains de blé bouillis mélangés aux pois chiches) pour le dîner. Il s’agit du plat principal qui caractérise la célébration de cette fête chez les populations de l’ouest. Après le dîner, la famille se réunit autour d’un thé et du mkhalat. On distribue aux enfants leur part de mkhalat dans des petits sacs en tissu. Cette fête est une occasion pour renforcer les liens familiaux et inculquer aux enfants les valeurs liées à leur identité, dit une mère de famille. Pour cette dernière, l’institution et de Yennayer comme fête nationale est un grand acquis et une fierté la fois. Par ailleurs, les restrictions liées à la crise sanitaire ont privé la population d’Oran d’un nombre de manifestations et activités auxquelles elle s’est habituée depuis quelques années. Parmi elles, le carnaval Ayred qui symbolise la perpétuation de la culture berbère, le grand couscous de Yennayer offert au public à la médiathèque d’Oran, également les défilés d’habit traditionnel et les spectacles de danse de rue.
Amel Saher

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Tipasa
La grand-mère au centre  des festivités

La grand-mère (l’ainesse de la famille ou de la maison) est au centre des festivités de célébration du nouvel anamazigh à travers les différentes régions de Tipasa.
La nuit du 12 janvier, les familles de Tipasa se réunissent dans la grande maison, chez la grand-mère
- personnalité centrale autour de laquelle s’articulent les traditions de Yennayer. Une soirée familiale est organisée à cet effet durant laquelle la grand-mère raconte des histoires et des légendes aux enfants, l’autre axe principal (enfants) des festivités de Yennayer. «C’est le secret de sauvegarde de ce patrimoine séculaire par les Amazighs de Tipasa», a estimé, à ce propos, Abdelkader Bouchlaghem, producteur de programmes en tamazight à la Radio de Tipasa.
«Ce rôle joué par la grand-mère ou la mère, depuis la nuit des temps, est perpétué, à ce jour, par les grand-mères d’aujourd’hui et la femme algérienne amazighe, après 2971 ans. Ce qui est le reflet du rôle prépondérant de la femme dans la famille amazighe, d’une part, et d’autre part de l’attachement des Amazighs à la culture du respect des «aînés» de la famille, à l’origine de la cohésion et de l’union à l’intérieur de la famille, et partant dans toute la société», a-t-il expliqué.
Selon M. Bouchlaghem, spécialiste de la culture locale, il n’y a pas de «différence fondamentale entre les coutumes de célébration de Yennayer chez les habitants de Tipasa, en partant de Chenoua, El Beldj, et Hamdania, jusqu’à Sidi Amer, Menaceur et Hadjout au sud, puis Cherchell, Sidi Ghiles, Gouraya et Damous, à l’extrême ouest, et Koléa, Bou Ismail, Fouka et Bouharoune à l’est».

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Région du M’zab
Un événement toujours vivace

Loin d’être un rituel évanescent de notre histoire, Yennayer (nouvel an amazigh) continue dans la région du M’zab de jalonner le temps comme une fête multiséculaire toujours vivace avec ses pratiques rituelles, ses couleurs et ses traditions culinaires. Célébré la nuit du 6 au 7 janvier dans le M’zab, le nouvel an amazigh obéit à une tradition liée aux activités agricoles et aux ressources essentielles à la vie paysanne, et marque le début de la saison hivernale et de l’année agraire dans cette région au climat aride. Pour les habitants de ces oasis, l’événement, qui coïncide avec la fin de la cueillette de la production phœnicicole, constitue une étape cruciale pour passer en revue la situation environnementale des palmeraies et annoncer le début de l’opération de soin et de toilettage des palmiers dattiers productifs, a indiqué à l’APS, Hadj Bakir, propriétaire d’une palmeraie à Melika. Le but de l’opération est de débiter à la scie tranchante ou à la hache les palmes sèches, les rémanents et autres arbustes morts, la pousse des rejets et les restes des hampes florales afin de permettre au sol de conserver l’humidité et les éléments nutritifs et de réduire le danger d’incendie, a-t-il
expliqué.
Cet évènement constitue une aubaine pour la répartition des taches dans la famille vu la rareté de la main-d’œuvre pour l’entretien et le suivi des travaux agricoles dans la palmeraie, notamment la pollinisation ainsi que l’opération de toilettage touchant les réseaux de partage des eaux d’irrigation des palmeraies, a précisé Hadj Bakir.
De son coté, le Dr. Ahmed Nouh, notable de Béni-Isguen, a souligné que cette journée du nouvel an amazigh, qui présage une année féconde, constitue pour la gent féminine une occasion de discuter sur la situation de la femme, notamment les nouvelles mariées, et une aubaine pour les familles élargies de se réunir pour rendre hommage aux ancêtres et remercier Allah devant une table sur laquelle trônent des plats succulents.
«Chaque famille offre un plat de «r’fis» à la nouvelle mariée et les femmes se conseillent sur la vie du couple, l’éducation des enfants et s’enquièrent de la situation des veuves et des divorcées, dans un climat de solidarité et de partage», a-t-il expliqué. Le «r’fis», est un plat du terroir incontournable lors de la célébration du nouvel an amazigh, qui se prépare essentiellement à base de semoule, sucre, lait et œufs, que la ménagère fait cuire sous forme de galette qui est ensuite effritée et passée à la vapeur. Imbibé de smen (graisse naturelle) et décoré avec du raisin sec et des œufs durs, ce plat réunit la grande famille dans une ambiance ponctuée ensuite de l’inévitable verre de thé accompagné de fruits secs (cacahuètes, amandes, pistaches) avant qu’une prière suivie du verset de la Fatiha du Saint Coran ne soit prononcée pour implorer Dieu de faire de la nouvelle année, une année faste pour l’agriculture et l’hydraulique.
La soirée de Yennayer dans la vallée du M’zab s’achève en famille dans une atmosphère rituelle avec des jeux traditionnels appelés «aliouènea, une sorte de bouqala.
Ces rituels, qui tirent leur résilience historique de l’attachement des habitants du M’zab à leur culture ancestrale et consolident la cohésion sociale et la solidarité, varient entre le désir de s'attirer la bénédiction et s'assurer une année faste et éloigner le mauvais sort.
Chaque année, Yennayer est célébré à la manière des ancêtres avec la même ferveur, le même recueillement et surtout le même cérémonial habituel autour des plats spéciaux minutieusement préparés pour la soirée du nouvel an Amazigh et qui doivent contenir que des ingrédients de couleur blanche (sucre, semoule, lait, etc.) afin, dit-on, que la nouvelle année soit une année de paix et de bonheur.

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Sour El Ghozlane
L’antique Auzia se met à l’heure  du nouvel an amazigh

La ville antique Auzia, actuelle  Sour El Ghozlane, située au sud de Bouira, vit depuis quelques jours au rythme des préparatifs des festivités pour célébrer le nouvel an amazigh (Yennayer 2971) avec au programme une série d’expositions dédiées au patrimoine culturel amazigh. Au théâtre de verdure de la ville, ce sont les associations locales, à leur tête «Dhiae El Fan», qui ont pris l’initiative cette année d’organiser deux grandes expositions pour faire connaître le patrimoine culturel amazigh de la région. Cette manifestation, organisée depuis jeudi, continue à drainer une foule nombreuse, qui vient découvrir les traditions ancestrales. Dans cette ville, qui recèle plusieurs sites et vestiges historiques dont les grandes murailles et les quatre portes légendaires qui remontent à l’ère coloniale, la célébration du nouvel an amazigh demeure un fait marquant
Le passage au nouvel an amazigh revêt une importance pour les familles de cette région. Les personnes âgées ainsi que les jeunes de Sour El Ghozlane ont exprimé leur grande fierté d’appartenance à cette région, qui, disent-ils, «regorge de vestiges historiques retraçant sa culture et son identité». Le mausolée légendaire du roi berbère Takfarinas, érigé par le chef de l’armée romaine, Garguilus Quintus, après sa victoire sur une tribu amazighe de Frakssen vers les années 439, est «témoin de l’histoire antique de cette région», a expliqué de son côté l’historienne et archéologue, Aziza Benzid, attachée de conservation à la direction de la culturelle de Bouira
Selon les témoignages livrés à l’APS par Fatma, une septuagénaire venue d’El Hakimia pour participer aux expositions, cette fête séculaire ne passe pas inaperçue dans la région de Sour El Ghozlane, où beaucoup de familles commencent les préparatifs bien avant le jour de la célébration. «Outre le couscous à la sauce rouge avec du poulet, nous préparons également des gâteaux traditionnels (makrouts, galettes, ainsi que du berkoukes sucré et salé) pour célébrer le jour de Yennayer en famille», a raconté Fatma. «Les femmes s’habillent en robes traditionnelles spécifiques à la région», a-t-elle dit. Par ailleurs, une visite guidée au tombeau de Takfarinas est organisée par le club de la presse de Bouira et la direction de la culture à l’occasion de la célébration de Yennayer.
«Cette visite sera au profit des journalistes ainsi que des historiens et archéologues de la wilaya»,
a expliqué la directrice de la culture,  Mme Salima Gaoua.

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Atlas blidéen :
Attachement des habitants à leur identité

À l’instar des autres wilayas du pays, le nouvel an amazigh est célébré par les habitants de Blida, dont particulièrement ceux des villages de l’Atlas blidéen, à travers la remise au goût du jour d’us et coutumes légués par les ancêtres depuis près de 3000 ans. Les familles des villages de l'Atlas blidéen «demeurent attachées à ces traditions millénaires», a indiqué, à l’APS, Maâmar Bensouna, un spécialiste du patrimoine amazigh de la région.
Les Archs de «Smata» (ouest de Blida), Beni Salah (sud -ouest), Beni Messaoud (mont Hamdania), Ghelai (route de Chréa), et Beni Misra de Hammam Melouane (est) ont sauvegardé, à ce jour, les traditions des ancêtres dans la célébration du nouvel an amazigh, considérées comme partie prenante de leur identité», a souligné M. Bensouna. Il s’agit, a-t-il ajouté, d’un «legs hérité de père en fils et de génération en génération, doté d’une symbolique particulière pour la population, car lié à la terre des ancêtres», a-t-il expliqué. les festivités dans ces régions commencent à partir du 10 du mois de janvier, pour se poursuivre durant trois jours, a-t-il signalé. Ces festivités sont précédées par de nombreux préparatifs, dont donner un coup de peinture aux maisons et l’acquisition de nouveaux ustensiles en poterie, voire même le remplacement des pierres du «kanoun» traditionnel, utilisé (par certains) pour la préparation des plats de Yennayer, a indiqué le même spécialiste. À pareille occasion, les femmes se font un devoir de sortir dans les champs et les forêts environnantes pour cueillir une multitude d’herbes utilisées dans les mets traditionnels de Yennayer.
Yennayer c’est une occasion pour les familles de Blida pour mettre en application le dicton qui dit : «Nhar hchich, nhar aich et nhar rich» (un jour des herbes, un jour du pain et un jour des plumes). Les mères de familles s’appliquent ainsi, à partir du 10 janvier, à préparer un plat diététique composé d’herbes et de légumes, dont "El hechlaf", un mets préparé avec les herbes de la montagne, «ketaà oua rmi», ou encore la «tbikha», qui sont des plats à base de toutes sortes de légumes, au même titre que «batata fliou», plat préféré par excellence des Blidéens. Le second jour des festivités de Yennayer, les mamans préparent des plats à base de pâtes, dont le fameux «baghrir», les «khfaf» et les «maârek», pour augurer d’une «bonne et douce année», outre le couscous et le «berkoukes» (plomb). Le couronnement de ces festivités interviendra le 3e jour, avec la réunion de tous les membres de la famille autour d’une table bien achalandée de mets composés de viande de poulet et de pâtes, une majorité des familles préférant particulièrement les «f’tayer» et la «rechta». Une autre tradition de Yennayer, particulière à cette région, consiste dans l’affectation d’une part du dîner aux membres absents de la famille. «Une part qui sera offerte, après la fin du dîner, à des personnes de passage ou nécessiteuses», a encore expliqué
M. Bensouna. «Même les animaux domestiques ont leur part de ce dîner, qui se veut être la plus haute expression des valeurs de solidarité, de générosité et de charité», a-t-il souligné, citant, entre autres, expression de ces hautes valeurs humaines, «les échanges d’assiettes pleines de différents mets entre les voisins et les proches». À cela s’ajoute la tradition du «deraz» , qui consiste à remplir un grand plat avec différentes sortes de fruits secs et des bonbons, que l’on versera en pluie sur la tête du plus jeune membre de la famille, pour augurer d’une année pleine de douceurs et de bonnes choses.
Le contenu est ensuite partagé par le membre le plus âgé de la famille à tous les membres de la famille et à parts égales.

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A l’origine du calendrier
Un indéniable référent identitaire

Premier jour de l’an du calendrier amazigh, Yennayer est chaque année fêté avec faste en Algérie ainsi que dans toute l'Afrique du Nord, et sa célébration peut durer plusieurs jours.
Si le calendrier amazigh paraît plus ancien que le calendrier grégorien, sa création, toutefois, n’en est pas moins récente. Elle remonte à l’année 1980 et on la doit au militant chaoui, Ammar Negadi. Une interrogation tombe alors sous le sens : d’où vient le chiffre 2971 pour indiquer l’année amazighe qui correspond présentement à 2021 de l’année universelle ? Eléments de réponse ci-après : A l’image de l’ère chrétienne qui commence à partir de la naissance du Christ, et du calendrier musulman (de l’Hégire) qui a pour point de départ l’exil du Mohamed (Qsssl) de La Mecque vers l’oasis de Médine, il fallait, au concepteur du calendrier amazigh, trouver un événement marquant dans l’histoire du peuple amazigh, autrement dit un fait historique incontestable pour en faire le point zéro du calendrier. Le choix d’Ammar Negadi s’est alors porté tout naturellement sur l’an 950 avant Jésus-Christ.
Très simple : il faut savoir que cette date correspond à l’installation du roi berbère Chachnaq 1er (orthographié également Chichnaq, Chichneq, Sheshonq …) sur le trône de l’Egypte et, par-là même, à la fondation de la 22e dynastie pharaonique qui régna sur l’Égypte jusqu’à l’an 715 av. J-C. Ce roi berbère avait ainsi réussi à unifier l’Egypte pour ensuite envahir la Palestine. On dit de lui qu’il s’empara des trésors du temple de Salomon à Jérusalem. La date en question est mentionnée dans la Bible et constitue, par là même, la première date de l’histoire berbère sur un support écrit. Après avoir trouvé la date-repère de l’ère berbère, Ammar Negadi s’attaqua à la conception du calendrier qu’il fera publier en 1980. Il dira à ce propos : «Le calendrier, très simple et très modeste, à la mesure de nos moyens à ce moment-là, se présentait de la façon suivante : il était à la fois manuscrit et dactylographié, au format 30 x 42 cm ; en son centre, sur les trois-quarts du haut, il représentait un Targui prêt à dégainer son glaive ; l’écriture et le dessin étaient en bleu indigo».
Il faut savoir aussi qu’avant même sa «transcription» moderne par Ammar Negadi, c’est ce calendrier qui est utilisé depuis toujours ­— pour ne pas dire depuis la nuit des temps — par les paysans algériens et nord-africains. A l’image du calendrier universel ou grégorien, c’est un calendrier solaire, perpétuel (sans millésime d’année), fonctionnant au rythme des saisons. Ici on a pu observer que les populations nord-africaines, immuablement mêlées à la terre nourricière dans une solide harmonie avec les éléments naturels, ont vécu, durant des millénaires, au rythme des saisons dont le déroulement a réglé le cours des journées, dicté les occupations de chacun, conditionné les travaux agricoles et assimilés. A ce titre, on peut avancer que Yennayer est un indéniable référent à la fois identitaire et culturel puissant pour la population algérienne.

Quelle signification donner aux rites de Yennayer ?

Les rites liés à Yennayer sont, entre autres et avant tout, «destinés à écarter la famine». Par conséquent, le repas doit être copieux. Comme pour les labours, les aliments servis, blé dur, lentilles, pois chiches, fèves… sont bouillis ou gonflés à la cuisson, «cherchem». Ce soir-là, on y consomme de la volaille. Tous les membres de la famille doivent manger jusqu’à satiété. Cette «gloutonnerie de bon augure», pour reprendre l’expression, qui est de mise partout en Afrique du Nord. Les forces de l’invisible n’étant pas oubliées elles non plus, la maîtresse de maison dépose leur part, ici au gardien du métier à tisser, là au gardien du moulin à bras et là encore à celui du foyer. Ce jour-là a lieu la première coupe de cheveux du garçon et son père lui achète une tête de bœuf — afin qu’il devienne une «tête» dans la communauté — tête de bœuf donc qui sera consommée entre les membres d’une même famille, amis, voisins, passagers et mendiants.
Ce qu’il faut retenir aussi de Yennayer, c’est qu’à l’occasion de sa célébration, on change tout ce qui est vieux et usé dans la maison. Il est de coutume, notamment de remplacer les pierres du foyer. Il est de bon ton aussi, lorsque arrive Yennayer, que toute entreprise en cours soit terminée avant l’avènement en question, par exemple un ouvrage sur le métier à tisser.
Kamel Bouslama

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