Théâtre régional de Constantine : Abou Laïd Doudou à l’honneur

Le hasard a fait que cet hommage coïncide avec le départ d’une autre pointure des études littéraires, le Pr Hocine Khomri, également traducteur, sémioticien et disciple de la philologue bulgare Julia Kristeva, sous la direction de laquelle il a obtenu un doctorat de 3e cycle à la Sorbonne, et dont il a été l’un des premiers à faire connaitre la sémanalyse au sein de l’université. De même que Doudou a été, a rappelé Abdallah Hammadi, le premier à introduire la littérature comparée en Algérie, et ce dès son retour au pays en 1969, après un périple d’études de 18 ans, qui l’a mené d’Al Ancer (Jijel), où il est né en 1934, à Kehl, en Allemagne, en passant par la Tunisie, l’Irak et l’Autriche, avec à la clé la soutenance d’une thèse sur l’historien syrien Ibn Nadif El Hamaoui. Pour le chercheur, ce retour a été une aubaine pour l’université algérienne, en dépit des conditions difficiles qui caractérisaient les premières années de l’Indépendance. Hammadi a, toutefois, regretté que Doudou n’ait pas entrepris de traduire dans la langue de Goethe des œuvres d’auteurs algériens, ou, dans une veine purement comparatiste, accordé plus d’importance à l’influence de la littérature arabe sur les Allemands, «ce qui peut être dû à une certaine naïveté de sa part, mais surtout au pragmatisme des occidentaux qui ne pensent qu’à promouvoir leur propre littérature». De son côté, Moussa Maïreche, docteur d’État en philosophie, a consacré son intervention à l’ouvrage «L’Algérie dans les œuvres des voyageurs allemands (1830-1855)», publié en 1975, lequel recèle une « sensibilité philosophique certaine ». La motivation principale de l’auteur dénote, selon lui, un nationalisme indéniable : «En tant qu’un des rares Algériens à maîtriser l’Allemand, Doudou s’est fait un devoir de transmettre ces textes, à la valeur incontestable, aux historiens. C’était sa contribution à l’écriture de l’Histoire de l’Algérie», a notamment avancé Maïreche. Le dramaturge, journaliste culturel et traducteur, Djeroua Allaoua Wahbi, a préféré, quant à lui, aborder quelques anecdotes sur la carrière littéraire de « Boulaïd » Doudou, comme il aime à l’appeler, évoquant entre autres ses tentatives poétiques, assez méconnues, ainsi que la traduction en arabe de «L’Âne d’or (Les Métamorphoses) d’Apulée de Madaure», parue en 2001, laquelle, de l’avis des experts, est plus aboutie que celles du Libyen Khachim (1980) et du Tunisien Jelassi (2000), autant sur le plan linguistique que celui de la fidélité à l’esprit de l’œuvre originale. Créé en 2016 à l’initiative du théâtre régional de Constantine, « El Mizhar El Masrahi » se voulait, selon les déclarations du directeur de l’époque, Mohamed Zetili, par ailleurs modérateur de la conférence, le prolongement de l’association « El Mizhar El Qassantini», lancée en 1949 par Rédha Houhou, et un espace de rencontres et d’échanges ouvert aux hommes de lettres, artistes ou académiciens de tous bords et de toutes tendances.
Issam B.

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