Note de lecture, «Paroles de symboles», de Noureddine Hamouche et Hanifa Hanchi : Le peintre et l’esthète des sèmes errants

C’est à l’occasion de la célébration de Yennayer, dans l’ambiance feutrée du palais des Rais au Bastion 23, que nous avons rencontré, dimanche dernier, Noureddine Hamouche, artiste plasticien, auteur de l’ouvrage intitulé «Paroles de symboles». L’artiste plasticien était en train de le dédicacer à quelques visiteurs adeptes de la symbolique méditerranéenne dans la symbolique algérienne.

A priori, l’ouvrage de Nouredinne Hammouche et Hanifa Hanchi semblait modeste eu égard à la qualité de sa réalisation. Mais ce n’est qu’une fois qu’on l’a parcouru qu’on s’aperçoit qu’il contient 150 pages d’un remarquable travail de fond : pratiquement un répertoire complet — ou presque—de tous les motifs stylisés, de surcroit légendés par des récits versifiés, qu’on a l’habitude d’observer tant sur les poteries traditionnelles que sur les tissages anciens. Et là, tout y passe : svastikas, points, carrés, cercles, losanges, triangles, lignes brisées, damiers, etc. bref, tout ce qui relève pratiquement de la symbolique méditerranéenne, qui a la caractéristique d’être rectilinéaire et ce, contrairement à l’orientale faite de courbures, d’entrelacs, d’arcs de cercle, etc. auxquels s’ajoutent des motifs floraux.
Ici il va sans dire que certains éléments attirent le regard plus que d’autres. C’est soit une série de triangles ou de losanges, soit des rectangles, soit un soleil stylisé ou la clé d’une porte traditionnelle targuie. Aux motifs et signes des ancêtres, l’artiste plasticien accole des légendes versifiées de Hanifa Hanchi, co-auteure de l’ouvrage, comme pour nous faire comprendre que ceux-ci —les motifs et signes—peuvent et doivent s’inscrire dans une dynamique liée aux préoccupations d’aujourd’hui.
Qu’on en juge plutôt à travers la légende ci-après intitulée «Taureau» : «Ses cornes sont le pilier du monde. / Quand le ciel boude et la terre gronde, / Quand la terre bouge et déverse sa colère / Déterrant un fiel terrible et latent, / Quand la montagne, lasse, pousse des murmures / Et psalmodie un liturgique et triste chant / De l’illustre Azzgar se dégage / Une puissance cosmique/ Qui concentre les forces spirituelles et mystiques». (Page 30). Et que penser de cette autre légende, «Swastika», se rapportant à un motif représentant les quatre branches correspondant à la ronde des quatre saisons : «Epanouissement de l’homme, fraternité / Pour la survie de l’humanité. / Pulsion pour l’amour et la paix / Dans un monde usurpé, / Elan vital créateur, / D’un pacte nouveau, géniteur». (Page 106)
Telle une linguiste ou une ethnologue, Hanifa Hanchi…
Ou encore de cette autre légende intitulée «Porte» : «Je suis une porte grande ouverte aux cœurs / Et mes deux battants ne sont pas un leurre ! / Mais seuls les initiés possédant une clé, / Pourront, sciemment, y pénétrer. / La tête de ma clé sur un feuillage en coussinet, / Comme une fleur sur un croissant lunaire est posée / Des douze mois de l’année accréditée, / Elle ouvre l’accès à un monde intime et secret. / Ou intrigues, legs et discordes sont bien gardés». (Page 108).
Noureddine Hamouche semble donc percevoir les signes et symboles traditionnels qui sertissent sa peinture comme des éléments signifiants, lesquels renvoient certes à une histoire qui se trouve être celle du peuple algérien, mais il se garde de les sacraliser, voire de les exploiter à des fins politiques ou de revendications identitaires. Ainsi devine-t-on, chez l’artiste plasticien, plutôt une volonté de comprendre ces signes et symboles du passé afin de leur redonner du sens, et c’est ce qui fait la différence avec les autres artistes qui font souvent de la culture traditionnelle un cheval de bataille dans un objectif de revendications politiques.
Quant à Hanifa Hanchi, on peut dire que, telle une linguiste ou une ethnologue et «grâce à ses vers, elle investit les profondeurs de la signification géométrique. Les objets, les lieux, les insectes, les oiseaux, les végétaux sont presque décodés par le poète qui les interprète par la légende des âges lointains où les rites, les sacrifices, les superstitions réglementaient la vie».
Pour en revenir à Noureddine Hamouche, on a pu observer qu’il n’instrumentalise pas le signe, bien au contraire : sa préoccupation est de nous le restituer dans sa beauté primale tout en essayant, du mieux qu’il peut, de l’intégrer dans le présent. Un livre à lire absolument tant les peintures et récits versifiés s’avèrent être «de véritables épopées célébrant la tradition et le patrimoine, mêlant légendes et croyances, exaltant les grands sentiments».
Kamel Bouslama

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